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La baleine noire de l'Atlantique nord

Photo: Moira Brown, New England Aquarium

Baleine noire de l'Atlantique nord

Au premier regard

Cet animal:

-est l'une des baleines les plus rares au monde

-se nourrit de minuscules invertébrés en filtrant l'eau de mer

-passe l'été dans les eaux canadiennes

-était perçue par les Mi'kmaq comme étant le maître de la vie dans les océans, et une alliée du créateur, Glooscap

-a été chassée presque jusqu'à son extinction vu qu'elle était particulièrement appréciée des baleiniers, car ils la trouvaient fréquemment près des rivages et elle avait tendance à demeurer à la surface lorsque tuée


Description

La baleine noire de l’Atlantique Nord (Eubalæna glacialis) est l’une des grandes baleines les plus rares. Elle peut peser jusqu’à 63 500 kilogrammes et mesurer jusqu’à 16 mètres. C’est la longueur d’un chariot de transport et deux fois son poids! La femelle a tendance à être un peu plus grosse que le mâle – elle est, en moyenne, plus longue d’un mètre. Par rapport à son poids, la baleine est relativement courte, ce qui lui donne une apparence trapue et rondelette. Sa tête constitue environ un quart de la longueur de son corps, et sa gueule est caractérisée par sa mâchoire hautement courbée. On retrouve des callosités (des taches blanches ou grises rugueuses et surélevées) sur sa tête, ses lèvres inférieure et supérieure, ainsi qu’autour de ses yeux et de son évent. Ces callosités peuvent sembler blanches ou crème en raison des crustacés de la famille des cyanidés qui s’y attachent. Le reste de sa peau est lisse et noire, mais certains individus ont des taches blanches sur le ventre et le menton. Sous sa peau, il y a une couche de graisse de qui peut atteindre les 30 centimètres et qui l’aide à maintenir la température de son corps dans les eaux froides et à emmagasiner de l’énergie. Elle a de grandes nageoires pectorales en forme de triangle. Sa queue lisse et noire, qu’on appelle aussi nageoire caudale, est large de six mètres. C’est pratiquement la même largeur que la queue du rorqual bleu, bien que ce dernier soit deux fois plus gros. Au contraire de la plupart des autres grosses baleines, la baleine noire n’a pas de nageoire dorsale.

Pour plusieurs raisons, dont sa rareté, les chercheurs savent très peu de choses à propos de ce grand mammifère. Par exemple, il y a peu de données sur la longévité de la baleine noire, mais la photo-identification de baleines vivantes et l’analyse des os d’oreilles et d’yeux de baleines mortes peuvent donner une idée de leur âge. On croit que cette baleine vit au moins 70 ans, peut-être même plus de 100 ans, car c’est la durée de vie des espèces qui y sont étroitement apparentées.

Caractéristiques uniques

En anglais, la baleine noire porte un nom un peu inhabituel. On la nomme « right whale » (bonne baleine) et l’on croit que ce nom lui a été donné par les baleiniers, car il s’agissait de la « bonne » baleine à pêcher en raison de sa tendance à se tenir près du rivage et à flotter une fois qu’elle est morte. En français, son nom est définitivement plus direct.

Signes et sons


Étant donné qu’elle n’a aucun motif distinct sur sa nageoire caudale, comme le rorqual à bosse, et très peu de marques ailleurs sur le corps, les chercheurs identifient les individus grâce aux callosités. Le motif des callosités est unique à chaque baleine.
Durant l’observation des baleines, on peut identifier la baleine noire grâce :
- à l’absence d’une nageoire dorsale
- aux grands groupes enjoués auxquels elle se joint dans ses aires d’alimentation et qu’on appelle « groupes actifs en surface » (GAS).
- à son évent, qui a une forme en V distincte le long de son corps et qui peut atteindre les 7 mètres de hauteur.

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Habitat et habitudes

Bien que la baleine noire de l’Atlantique Nord soit exclusivement aquatique, elle doit respirer l’oxygène qui se trouve dans l’air comme les autres mammifères. Entre les voyages à la surface pour une bouffée d’air, elle plonge en moyenne pendant six à huit minutes, mais elle peut passer jusqu’à 60 minutes sous l’eau. Elle a tendance à demeurer entre 100 et 150 mètres de la surface, puisque la majorité de ses proies s’y retrouvent, mais elle peut plonger jusqu’à 200 mètres. Pour se faire, elle ralentit son rythme cardiaque et limite sa circulation sanguine aux endroits qui en ont le plus besoin. Son sang et ses muscles spécialisés peuvent emmagasiner plus d’oxygène et l’utiliser plus efficacement.

La plupart des baleines noires aiment rester dans les eaux côtières peu profondes, mais nous savons très peu de choses au sujet de leurs habitats. Puisque les baleines de différents sexes et âges restent habituellement ensemble dans des endroits totalement différents, les chercheurs pensent qu’elles ont peut-être des besoins légèrement différents en matière d’habitat, bien qu’ils ne sachent pas exactement ce que sont ces besoins. Toutes les baleines noires de l’Atlantique Nord migrent vers des latitudes supérieures durant le printemps et l’été, mais les chercheurs ne savent toujours pas comment elles s’y rendent. Leur migration est sûrement orientée par la répartition des proies, les baleines se déplaçant vers les lieux abondant en nourriture.

La baleine noire a le requin et l’épaulard comme prédateurs océaniques naturels, mais elle est seulement vulnérable lorsqu’elle est jeune. On croit que la baleine noire demeure dans les eaux peu profondes, surtout durant la mise-bas, pour réduire les chances de prédation.

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Aire de répartition

 Distribution de la baleine noire de l'Atlantique Nord

Pour plus de 20 ans, les chercheurs ne savaient pas si toutes les baleines noires de la planète faisaient partie de la même espèce et, si non, comment elles étaient apparentées. En 2000, après avoir étudié la morphologie (ou les caractéristiques physiques) de la baleine, le Comité scientifique de la Commission baleinière internationale a reconnu que le genre Eubalæna devait être divisé en trois espèces distinctes :   E. glacialis pour la baleine noire de l’Atlantique Nord, E. japonica pour la baleine noire du Pacifique Nord et E. australis pour toutes les baleines noires de l’hémisphère sud.

La baleine noire de l’Atlantique Nord habite dans l’océan Atlantique, particulièrement entre les 20° et  60° latitudes. Selon les registres de chasse à la baleine, on peut estimer que l’aire de répartition historique de la baleine noire de l’Atlantique Nord comprenait une grande zone longeant la côte est de l’Amérique du Nord, s’étendant du nord de la Floride jusqu’au Canada atlantique, à l’est vers le Groenland méridional, l’Islande et la Norvège, et vers le sud le long des côtes européennes jusqu’au nord-ouest de l’Afrique. Il est possible que la baleine de la partie est de l’Atlantique ait été d’une différente population, mais cette population est maintenant considérée comme disparue. Depuis les années 1920, on voit rarement une baleine noire à l’extérieur des eaux nord-américaines.

Aujourd’hui, on retrouve la baleine noire dans le sud à partir du nord la Floride jusqu’au Nouveau-Brunswick, à la Nouvelle-Écosse, à Terre-Neuve-et-Labrador, à l’Île-du-Prince-Édouard et au Québec dans le nord.

 
 Habitat essentiel de la baleine noire de l'Atlantique Nord au Canada

La plupart des femelles gestantes donnent naissance dans les eaux côtières plus chaudes du sud-est des États-Unis durant l’hiver. Les mâles et les autres femelles ne passent aucun temps dans cette zone et nous ne savons toujours pas où ils passent l’hiver. Quelques adultes et baleineaux ont été aperçus près de la Nouvelle-Angleterre aux États-Unis à l’hiver et au printemps, mais les scientifiques cherchent toujours l’aire d’hivernage du 70 % restant de la population. La baleine noire commence sa migration vers le nord à la fin de l’hiver ou au début du printemps, et s’arrête pour s’alimenter et socialiser le long de la cׅôte du Massachusetts. En juin et juillet et jusqu’en août et septembre, une forte proportion des baleines noires de l’Atlantique Nord de la planète se trouvent dans la baie de Fundy et sur la plate-forme Néo-Écossaise. Mais on a observé au cours des dernières années un déplacement à l’été et à l’automne vers la Gaspésie au Québec et d’autres endroits du Canada atlantique et golfe du Saint-Laurent. En octobre, la majorité des baleines noires repartent vers le sud, mais il semblerait que certaines demeurent dans le Canada atlantique jusqu’en décembre.

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Alimentation

La baleine noire de l’Atlantique Nord fait partie de l’ordre des cétacés et du sous-ordre des mysticètes, ce qui signifie qu’il s’agit d’une baleine à fanons dépourvue de dents. Les fanons sont des lamelles filamenteuses faites de kératine, comme nos ongles. Deux rangées de ces fanons noirs ou bruns qui peuvent atteindre les 2,8 mètres pendent de la mâchoire supérieure de la baleine. On retrouve de 205 à 207 lamelles de chaque côté de sa bouche.  

La baleine s’alimente de zooplancton ou de petits crustacés de la grosseur d’un grain de riz qui flottent dans l’eau, comme des copépodes, des euphausiacés et des cypris. Elle peut consommer quotidiennement jusqu’à 1 100 kg de ces petits animaux. La baleine noire se nourrit en nageant lentement et avec la bouche ouverte dans des eaux riches de prises. Elle prend de grandes gorgées d’eau de mer, expulse l’eau avec la langue la bouche fermée et filtre les proies au moyen de ses fanons. Certaines baleines noires ont été aperçues avec la tête recouverte de boue du fond de l’océan. Bien qu’on ne sache pas très bien pourquoi, il est possible qu’elles se nourrissaient de proies qui se trouvaient au fond de l’océan.

La baleine noire se nourrit habituellement du printemps jusqu’à l’automne et, dans certains endroits, durant l’hiver aussi si elle a accès à des proies. Sa couche de graisse l’aide en emmagasiner de l’énergie durant les périodes où elle se nourrit pour les périodes où elle ne mangera pas.

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Reproduction

Bien que l’on croit que l’accouplement se fait dans l’habitat d’hiver dans le sud-est des États-Unis, le système d’accouplement de la baleine et le lieu exact où l’accouplement se produit ne sont pas connus. Nous savons que les baleines noires peuvent parfois former de grands groupes, nommés « groupes actifs en surface », dans lesquels les mâles rivalisent pour les femelles. Mais puisque ça se passe dans les habitats d’été, lorsqu’il n’y a aucun accouplement, les chercheurs ne connaissent pas trop la raison d’être de ces rituels. En outre, la durée exacte de la période de gestation, ou grossesse, n’est pas non plus connue, bien nous croyons qu’elle dure approximativement un an.  

La femelle donne naissance à son premier baleineau vers l’âge de 10 ans, l’âge à laquelle elle atteint la maturité sexuelle. La mère donnera naissance à un seul bébé dans les eaux plus chaudes de la côte géorgienne ou floridienne des États-Unis entre décembre et mars. Le nouveau-né mesure environ 4,2 mètres de longueur. Une femelle adulte donnera naissance tous les deux à six ans, et allaitera son petit pendant une à deux années. Une fois sevré, le baleineau peut se nourrir seul, mais demeura près de sa mère jusqu’à ce qu’il ait atteint la maturité sexuelle. La femelle ayant atteint la maturité sexuelle aura des bébés pour environ 28 ans.

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Conservation

Pendant des milliers d’années, la baleine noire de l’Atlantique Nord et d’autres grandes baleines ont fourni aux peuples autochtones de la peau, de la graisse, de la viande et des organes à des fins d’alimentation; des fanons et des os pour construire des habitations, des meubles et des outils; et de l’huile pour le chauffage et l’éclairage. La baleine revêtait une telle importance pour certains peuples que les Micmacs, par exemple, la nommaient maître de la vie océanique et alliée de Glooscap, le Créateur.

À partir du 16e siècle, des marins basques, bretons et normands de la France et de l’Espagne ont traversé l’océan Atlantique vers la côte est du Canada à la recherche de baleines. Certains registres indiquent qu’ils ont peut-être cessé de pêcher après 80 années de pêche intensive qui avaient épuisé les populations de baleines dans la région. L’huile et les fanons de chaque baleine avaient une énorme valeur commerciale. On utilisait les baleines pour l’alimentation et le carburant, mais aussi pour fabriquer des cravaches, des corsets, des parapluies, des cannes à pêche, du savon, des produits de beauté, de la cire à chaussure et de la peinture. Les Européens, les Américains et les Canadiens ont continué de pêcher sporadiquement la baleine dans les années 1700 et 1800 et jusqu’au début des années 1900, période où on a imposé une interdiction de pêche de la baleine noire qui était presque disparue.

La population totale de baleines noires de l’Atlantique Nord en 2016 était estimée à 524 individus. Cette espèce est considérée comme espèce en voie de disparition au Canada en vertu de la Loi sur les espèces en péril.  Bien que cette baleine ne soit plus chassée depuis 55 ans,  les scientifiques ont remarqué que l’espèce ne se rétablit pas aussi rapidement que prévu depuis 1990. Les populations augmentent au faible taux de 2,4 pour cent par année. Ce pourcentage représente moins de la moitié du taux de croissance des autres espèces de baleines noires.


Puisque la baleine noire prend du temps à atteindre la maturité et qu’elle produit très peu de petits au courant d’une vie, la période entre deux générations dans les lignées d’une population est très longue. La baleine a aussi un faible taux de reproduction, ce qui signifie que ce ne sont pas toutes les femelles matures qui arrivent à se reproduire. Un autre facteur qui nuit à l’expansion de la population est la faible diversité génétique de l’espèce vu le petit nombre d’individus. Ces facteurs font en sorte que la baleine est plus vulnérable aux menaces, puisque ça peut prendre des dizaines d’années avant qu’une population se rétablisse d’un incident causant plusieurs morts.

Parmi les menaces à la baleine noire, on compte les collisions avec les navires, l’enchevêtrement dans des engins de pêche, les perturbations causées par les appareils acoustiques et la réduction ou la dégradation des habitats (causées, par exemple, par la contamination ou par les variations dans l’approvisionnement en nourriture).

Des organisations gouvernementales et non gouvernementales oeuvrent pour aider la population de baleines noires de l’Atlantique Nord à se rétablir. Les couloirs de navigation ont été déplacés dans la baie de Fundy pour réduire les collisions avec les navires, et certains pêcheurs qui pêchent dans des endroits où se trouvent des baleines noires ont modifié leurs méthodes de pêche pour réduire l’enchevêtrement de l’animal dans leurs engins de pêche. En juillet 2017, un nombre élevé de baleines mortes dans le golfe du Saint-Laurent a incité Pêches et Océans Canada à fermer temporairement la pêche aux crabes des neiges pour l’année et à demander aux navigateurs commerciaux de réduire leur vitesse dans ces endroits pour le reste de l’été. De nombreux projets de recherche sont en cours pour mieux connaître l’écologie et la biologie de la baleine, comme le projet WHaLE, un projet conjoint entre la Fédération canadienne de la faune et 19 autres organismes. Ces mesures et découvertes contribueront grandement aux efforts de rétablissement de cette grande baleine.

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Ce que vous pouvez faire

Si vous voyez une baleine noire de l’Atlantique Nord, signalez-le! Devenez les yeux des scientifiques et aidez-les à savoir où se trouvent les baleines. De plus, si vous êtes témoin d’un mammifère marin en détresse, dites-le à votre organisme local de secours des animaux marins membre de l’ACCRUM.

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Ressources

Projet WHaLE de la FCF

ACRUMM

Pâches et Océans Canada, La baleine noire de l'Atlantique Nord

Registre des espèces en péril, La baleine noire de l'Atlantique Nord

Baleines en direct, La baleine noire de l'Atlantique Nord

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 2017. Tous droits réservés.

Texte: Annie Langlois, MSc

Révision: Dr. Sean Brillant, PhD, Biologiste principal de la conservation - Programmes marins, Fédération canadienne de la faune