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Le Mésangeai du Canada

Description

Gray JayCredit: Jason DainLe Mésangeai du Canada (Perisoreus canadensis) est indissociable des grandes forêts du nord du Canada; c’est pourquoi, en 2016, la Société géographique royale du Canada a proposé qu’il devienne notre oiseau national officiel. Cette suggestion a recueilli un soutien enthousiaste, d’un océan à l’autre, de la part de citoyens ordinaires et de plus de 40 organisations provinciales et nationales de conservation et de protection de l’environnement. Cette proposition a passé au Sénat en 2026.
Cet oiseau a rapidement compris que, là où se trouvent des humains, il y a également d’excellentes sources de nourriture; on peut souvent apercevoir le Mésangeai du Canada près des camps, chasseurs, des canoéistes et autres randonneurs en pleine nature, à la recherche de restes de tout ce qui est comestible.

Le comportement intrépide et audacieux de cet oiseau ravit et amuse ceux qui travaillent dans la forêt, ce qui lui a valu plus de trente petits surnoms. Le plus courant d’entre eux est de loin « whiskyjack », qui tire son origine d’un mot cri, wîskicâhk, et qui a commencé à être employé en anglais dans les comptoirs de traite des fourrures situés autour de la baie d’Hudson il y a plus de 300 ans. Aujourd’hui, le surnom « whiskyjack » est couramment utilisé d’un bout à l’autre du pays, ce qui fait du Mésangeai du Canada le seul oiseau canadien pour lequel un nom d’origine autochtone est couramment employé en anglais.

Bien que son nom officiel, « Mésangeai du Canada », remonte au moins à 1822, cet oiseau a été connu sous le nom de « geai gris » de 1957 à 2018, un nom que l’on peut encore trouver dans certains ouvrages anciens consacrés aux oiseaux. Le nom « Mésangeai du Canada » a été officiellement rétabli comme nom français officiel en 2018.

Le Mésangeai du Canada n’est que légèrement plus petit que le geai bleu et, lorsqu’on observe leurs silhouettes dans le ciel, ces deux oiseaux se ressemblent étonnamment; toutefois, le Mésangeai du Canada vole un peu moins vite et avec moins d’aisance que son cousin du sud. De près, il est pratiquement impossible de confondre le Mésangeai du Canada avec un autre oiseau. Son dos et sa queue sont d’un gris moyen, tandis que le dessous de son corps est d’une teinte légèrement plus claire; sa tête, quant à elle, présente un motif noir et blanc assez remarquable et unique. Son bec court et noir, ses grands yeux sombres et son plumage épais et duveteux confèrent au Mésangeai du Canada une apparence arrondie et douce que la plupart des gens trouvent très attachante. C’est le plumage épais du Mésangeai du Canada qui lui permet de rester au chaud pendant les longues nuits d’hiver ou lors des vagues de froid, lorsque la température peut descendre jusqu’à 40 degrés sous zéro pendant plusieurs jours d’affilée.

Les jeunes Mésangeais du Canada qui viennent de quitter le nid sont très différents des adultes : leur plumage est d’un gris cendré uniforme sur tout le corps. Ils sont d’ailleurs si différents des oiseaux plus âgés qu’on a d’abord cru qu’il s’agissait d’une espèce distincte. Les juvéniles entament toutefois leur première mue en juillet et, dès la fin du mois d’août, ils ressemblent pratiquement à des adultes.

Signes et sons

Gray JayCredit: Erinn Hoffman
Le Mésangeai du Canada est nettement plus silencieux que bon nombre d’espèces de la famille des corvidés, mais il possède néanmoins un riche répertoire vocal. Les membres d’un couple ou d’un groupe familial qui se déplacent dans la forêt émettent souvent des « twirk » ou des « whuit » isolés et discrets. Il s’agit probablement de cris de contact grâce auxquels chaque oiseau du groupe garde la trace des allées et venues des autres. Un jacassement strident accompagne la chasse en groupe contre les prédateurs terrestres, tandis que des sifflements doux et répétés, « hou, hou, hou », sont émis lorsque des prédateurs aériens sont repérés. Parmi les différents sons qu’ils émettent dans le cadre de leurs interactions sociales, on trouve un magnifique « chant chuchoté », un long enchaînement de notes douces et mélodieuses entrecoupées de cliquetis discrets. Il est émis par les oiseaux des deux sexes et peut aider les membres d’un couple à synchroniser leurs cycles sexuels. Les Mésangeais du Canada peuvent imiter presque parfaitement, mais très discrètement, les prédateurs (en particulier les faucons et les corbeaux). Personne ne sait si un geai qui imite un prédateur signale l’identité de ce dernier à son partenaire ou s’il se contente d’indiquer la présence d’un danger quelconque.

Habitat et habitudes

Gray JayCredit: Judit Dombovari / GettyOn trouve le Mésangeai du Canada dans diverses forêts de conifères du Nord. On observe une forte corrélation avec la présence d’épinettes noires, d’épinettes blanches, d’épinettes d’Engelmann, de pins gris ou de pins tordus latifoliés. Cette espèce d’oiseaux privilégie les habitats suffisamment froids pour permettre la conservation de ses réserves alimentaires qui restent cachées pendant de longues périodes.

Il est remarquable de constater que, partout où on les trouve, même dans l’extrême nord ou près de la limite forestière dans les plus hautes montagnes, les Mésangeais du Canada sont des résidents permanents. Tout au long de l’année, les couples occupent des territoires d’environ 65 à 140 hectares, qu’ils partagent souvent avec un mésangeai supplémentaire, non reproducteur, qui est généralement l’un de leurs petits issus de la couvée précédente. Les adultes qui ont un territoire ne migrent pas, même sur de courtes distances, et les rares déplacements automnaux parfois signalés au sud de l’aire de reproduction concernent probablement de jeunes oiseaux qui n’ont pas encore acquis leur propre territoire.

Comme la quasi-totalité des Mésangeais du Canada restent au même endroit et n’ont pas à affronter les dangers liés aux longues migrations annuelles, ils vivent souvent très longtemps pour des oiseaux de si petite taille. Les mésangeais qui ont un territoire ont une espérance de vie moyenne d’environ 8 ans, et certains peuvent même atteindre l’âge de 17 ans. Ce qui est encore plus frappant, c’est que la grande majorité des décès observés chaque année chez les Mésangeais du Canada qui ont un territoire se produisent pendant l’été. Cela est probablement dû à la présence de faucons migrateurs, tels que les faucons émerillons et les éperviers bruns. Aussi surprenant que cela puisse paraître, les longs hivers du Nord ne semblent pas poser de problème au Mésangeai du Canada!

Aire de répartition

Range map of the Grey JayLe Mésangeai du Canada est présent d’un océan à l’autre, dans les treize provinces et territoires, depuis la limite forestière de l’extrême nord jusqu’aux dernières tourbières d’épinettes isolées situées à la lisière des terres agricoles, non loin de nombreuses villes et agglomérations du sud du pays. Il existe trois sous-espèces distinctes de Mésangeai du Canada. Dans le sud-est de la Colombie-Britannique, les Mésangeais du Canada de la sous-espèce « des montagnes Rocheuses » ont l’air d’avoir la tête blanche, car la tache noire située à l’arrière de la tête ne s’étend pas jusqu’aux yeux. Dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique, y compris sur l’île de Vancouver, les Mésangeais du Canada de la sous-espèce « du Pacifique » présentent une tache sombre plus étendue sur la tête, une poitrine claire et de nombreuses stries blanches sur le plumage du dos. Partout ailleurs dans leur vaste aire de répartition, les Mésangeais du Canada appartiennent à la sous-espèce « boréale », celle que la plupart des gens connaissent bien. Sauf indication contraire, la sous-espèce boréale est celle illustrée dans la présente fiche d’information.

Alimentation

Gray JayCredit: Nelli SiavelevaContrairement à ce que la plupart des gens pensent, les Mésangeais du Canada mangent très peu d’aliments non périssables, comme les graines. Au contraire, leur alimentation se compose principalement d’aliments périssables, notamment des insectes et des araignées, des baies, parfois de petits mammifères ou d’amphibiens, des charognes, des œufs d’oiseaux et des oisillons, ainsi que des champignons. Les Mésangeais du Canada trouvent ces aliments en se déplaçant lentement dans la forêt, en couple ou en famille, s’arrêtant fréquemment sur des perchoirs situés à mi-hauteur pour scruter le sol de la forêt et les arbres environnants. Rien n’échappe à leur regard perçant, et ils repèrent généralement toute nouvelle source de nourriture sur leur territoire (comme des animaux morts) en quelques heures tout au plus. Ils sont également prêts à saisir toute opportunité inattendue qui pourrait se présenter. Ils attrapent les insectes volants à la manière d’un gobe-mouches, bondissent rapidement sur une souris ou une musaraigne qui s’aventure à découvert, et apprennent très vite que les êtres humains leur offrent une grande variété d’aliments étranges, mais nourrissants.

Les Mésangeais du Canada se nourrissent donc d’une immense variété d’aliments, mais cela n’explique pas comment ils parviennent à passer de longs hivers boréaux sur des territoires permanents tout en affichant des taux de survie extrêmement élevés. Le secret de la survie du Mésangeai du Canada réside dans le stockage de la nourriture. Toute nourriture qu’un mésangeai n’a pas besoin de consommer immédiatement est roulée dans son bec, d’avant en arrière, de sorte à recouvrir le morceau de salive visqueuse provenant de ses glandes salivaires considérablement hypertrophiées. Une fois ainsi préparée, la nourriture est cachée derrière un morceau d’écorce, sous du lichen, ou dans pratiquement n’importe quel creux imaginable dans les arbres. Au cours des longues journées d’été près du cercle polaire arctique, un Mésangeai du Canada qui fait des réserves de nourriture peut cacher jusqu’à 1 000 morceaux par jour. Il accumule ainsi, au cours de la brève saison d’abondance, les réserves alimentaires dont il aura besoin pendant les sept ou huit mois d’hiver qui n’offrent aucune nourriture.

Credit: Concept photos / GettyPour prévenir le vol de leurs réserves de nourriture, les Mésangeais du Canada les recouvrent d’un morceau d’écorce ou de lichen et les répartissent de manière aussi uniforme que possible dans la forêt. Ils ne les entassent pas dans des cachettes uniques, comme des arbres creux, et ne les regroupent pas dans la même zone. Le fait de répartir les réserves de nourriture permet d’éviter des pertes catastrophiques de grandes quantités de nourriture si d’autres Mésangeais du Canada ou d’autres animaux découvrent une cachette. Cela dissuade également les concurrents de continuer à chercher d’autres sources de nourr iture qui pourraient être cachées à proximité. Étonnamment, il semblerait que les Mésangeais du Canada se souviennent réellement de l’endroit où ils ont caché chaque réserve de nourriture individuelle; c’est en retrouvant ces réserves qu’ils peuvent survivre à l’hiver sans migrer. Aucun être humain ne pourrait accomplir un tel exploit, mais plusieurs éléments indiquent qu’il s’agit bel et bien de la stratégie des Mésangeais du Canada.

Reproduction

Gray JayCredit: Dan StricklandPlusieurs facteurs permettent une nidification précoce. Les nids du Mésangeai du Canada sont vastes et bien isolés, notamment grâce aux centaines de cocons qui comblent les interstices de la plateforme volumineuse constituée de brindilles sèches et mortes. Près du centre se trouvent des brindilles plus fines, des lambeaux d’écorce, des lichens arboricoles et, enfin, tapissant la cavité elle-même, plusieurs centaines de plumes de tétras ou une quantité équivalente de poils ou de fourrure. La cavité est juste assez grande pour contenir le corps de la femelle et ses œufs (de deux à cinq, mais le plus souvent trois). Qu’il soit construit près du tronc d’une épinette ou d’un sapin (ce qui est généralement le cas) ou au bout d’une longue branche, le nid se trouve presque toujours du côté sud de l’arbre, à moins d’un mètre des extrémités du feuillage, et très souvent du côté nord d’une clairière, au bord d’un ruisseau ou dans une autre ouverture similaire de la forêt. Ainsi, le nid et la femelle qui couve reçoivent un peu plus de lumière directe du soleil.

Contrairement à la plupart des autres oiseaux, la femelle du Mésangeai du Canada couve son nid dès le premier œuf, apparemment pour l’empêcher de geler. La véritable incubation commence lorsque le dernier œuf est pondu, et, 18 jours plus tard, tous les œufs éclosent à quelques heures d’intervalle. Au début, c’est le mâle qui apporte toute la nourriture aux oisillons. Ils éclosent sous la forme de minuscules oisillons roses, dont le dos est recouvert d’un fin duvet gris et clairsemé. La femelle couve ses petits pendant environ une semaine, après quoi ceux-ci sont suffisamment grands et bien emplumés pour qu’elle puisse commencer à accompagner le mâle pour chercher de la nourriture. Les parents accumulent de la nourriture jusqu’à ce que leurs gorges gonflées ne puissent plus en contenir davantage, puis ils regagnent silencieusement le nid pour nourrir leurs petits. En optimisant la quantité de nourriture transportée, les adultes limitent au strict minimum leurs allers-retours vers le nid, soit environ une fois par heure. Cela permet de garder l’emplacement du nid secret vis-à-vis des écureuils roux, un prédateur de nids courant et dangereux dans les régions où vivent les Mésangeais du Canada. Pour la même raison, les adultes empêchent tout Mésangeai du Canada non reproducteur présent sur leur territoire (comme l’un de leurs petits de l’année précédente) de s’approcher du nid. Les oiseaux non reproducteurs ne peuvent donc pas contribuer à nourrir les oisillons, bien qu’ils soient autorisés à le faire une fois que ceux-ci ont quitté le nid. (Les écureuils roux ne constituent pas une menace importante pour les oisillons qui volent; il importe donc peu, une fois que ceux-ci ont quitté le nid, que les adultes et les non-reproducteurs leur rendent de nombreuses visites bruyantes pour les nourrir.) Les oisillons sont généralement capables de voler dès l’âge de 21 jours, mais ils restent souvent dans leur nid encore deux ou trois jours. Un départ tardif signifie que les jeunes sont plus habiles lorsqu’ils finissent par s’envoler. Cela réduit sans doute le risque d’un atterrissage brutal sur de la neige fondante ou, pire encore, dans l’eau de fonte glacée qui inonde souvent les tourbières d’épinettes vers la fin du mois d’avril.

Pour réussir leur nidification à la fin de l’hiver, les Mésangeais du Canada doivent avant tout faire des réserves de nourriture pendant l’été et l’automne précédents. Même si les insectes se font plus abondants lors des journées chaudes et ensoleillées de la période d’élevage des oisillons en avril, il ne fait aucun doute que les réserves de nourriture constituées auparavant représentent, à tout le moins, une sorte d’assurance contre les intempéries. Cela permet aux Mésangeais du Canada adultes de s’engager dans la tâche colossale et très exigeante sur le plan énergétique qu’est la reproduction, à une période de l’année où la forêt est pratiquement dépourvue de sources de nourriture évidentes. Mais expliquer comment les Mésangeais du Canada parviennent à nidifier si tôt n’est pas aussi important que d’expliquer pourquoi ils le font. Pourquoi les Mésangeais du Canada ne nidifient-ils pas en mai et en juin, comme les autres oiseaux de la forêt boréale? Ne parviendraient-ils pas à mettre au monde davantage de petits qui survivent s’ils synchronisaient la construction de leur nid avec le pic annuel d’abondance des insectes?

Gray JayCredit: Dan Strickland
Les réponses à ces questions pourraient résider dans le fait que les Mésangeais du Canada qui nichent tôt peuvent consacrer davantage d’efforts au stockage de nourriture sur leur territoire que s’ils nidifiaient plus tard. Constituer des réserves alimentaires aussi importantes que possible pourrait s’avérer essentiel pour permettre aux Mésangeais du Canada de survivre à l’hiver. En restant sur leur territoire, ils évitent ainsi de devoir migrer et de s’exposer aux terribles dangers liés aux longs voyages à travers des contrées inconnues. C’est pourquoi, même si les Mésangeais du Canada qui nichent tôt ne peuvent pas élever autant de petits par an qu’ils le feraient en nidifiant par temps plus chaud, ils en élèvent probablement davantage au cours de leur vie. Cela s’explique tout simplement par le fait qu’ils vivent plus longtemps et ont l’occasion de se reproduire plus souvent que s’ils nichaient plus tardivement (mais devaient également migrer et mouraient donc, en moyenne, plus jeunes). Vu sous cet angle, il n’est que partiellement vrai que c’est le stockage de la nourriture qui permet la réussite d’une nidification précoce. On pourrait même aller jusqu’à dire que c’est justement une nidification hâtive qui permet de réussir le stockage de la nourriture!

Credit: Brittany Crossman / Getty
Lorsque les jeunes Mésangeais du Canada quittent le nid à l’âge de 23 jours, ils sont déjà bien emplumés (même si leur queue est encore courte) et savent assez bien voler. Au cours de leurs deux premières semaines hors du nid, ils passent toutefois la majeure partie de leur temps à dormir dans des conifères au feuillage dense, souvent blottis les uns contre les autres sur la même branche. Dès qu’ils entendent leurs parents approcher, ils s’animent soudain et, battant des ailes, la bouche rouge grande ouverte et poussant des cris aigus et prolongés, ils se disputent la nourriture que leurs parents leur apportent. Les séances d’alimentation sont suivies d’exercices physiques et de changements de perchoir, et parfois d’une série de courts vols totalisant une centaine de mètres environ, avant qu’ils ne se calment et n’attendent la prochaine distribution de nourriture.

À l’âge de 44 jours (environ 21 jours après avoir quitté le nid), les oisillons sont déjà d’excellents voiliers, et leur queue a atteint sa taille définitive. Dès lors, ils accompagnent presque toujours les adultes dans la forêt. Même s’ils réclament sans cesse à manger, ils commencent à ce stade à se procurer eux-mêmes de la nourriture, et même à faire leurs propres réserves. Les parents les nourrissent alors de moins en moins et, à l’âge de 50 jours, les petits sont autonomes sur le plan nutritionnel. Chez le Mésangeai du Canada boréal, présent sur l’ensemble du continent, cela ouvre la voie à un tournant radical dans la vie des oisillons. Entre 55 et 65 jours, les jeunes se battent de plus en plus entre eux, jusqu’à ce que l’un d’eux finisse par réussir à chasser ses anciens compagnons de nid de son territoire natal. Désormais, le jeune dominant (un mâle dans 75 % des cas) accompagnera seul ses parents tout au long de l’été, de l’automne et de l’hiver de sa première année. Quant aux oiseaux chassés (dont la majorité sont des femelles), ils s’en vont rapidement, et quelques-uns parviennent à s’intégrer à des couples sans lien de parenté, en particulier ceux qui ont échoué dans leur propre nidification cette année-là. La plupart des jeunes chassés n’ont toutefois pas cette chance. Soixante pour cent d’entre eux meurent avant même leur premier automne, contre seulement 20 % des jeunes dominants qui restent auprès de leurs parents et bénéficient de leur exemple et de leur protection.

Gray JayCredit: Hugues de Milleville
Les Mésangeais du Canada non reproducteurs qui survivent restent sur leur territoire natal ou d’adoption et s’en servent comme base sûre à partir de laquelle ils explorent les environs à la recherche d’une place nouvellement libérée au sein de la population reproductrice locale. Lorsqu’ils en trouvent une, ils remplacent rapidement l’ancien reproducteur. Les membres d’un couple restent généralement sur le même territoire jusqu’à la fin de leur vie. Lorsqu’un des deux oiseaux meurt, il est lui aussi rapidement remplacé par un autre oiseau issu de la population locale non reproductrice.

Conservation

Gray JayCredit: Navdeep KaurLes Mésangeais du Canada occupent une vaste aire de répartition dans les forêts boréales et subalpines d’Amérique du Nord. Une grande partie de cet habitat est restée intacte, mais les activités forestières, minières et énergétiques en cours continuent de modifier les paysages sur l’ensemble de leur aire de répartition. Bien que les Mésangeais du Canada puissent survivre dans des zones perturbées et soient capables de recoloniser des forêts en cours de régénération, la restauration est souvent lente et peut ne pas compenser entièrement la perte ou la dégradation de leur habitat. Il arrive également que des Mésangeais du Canada se retrouvent pris dans des pièges destinés aux mammifères à fourrure. Bien que de tels incidents soient relativement rares, leurs répercussions peuvent être importantes au niveau local, là où la pratique du piégeage est très répandue.

Le changement climatique apparaît comme l’un des défis les plus importants auxquels sont confrontés les Mésangeais du Canada. Les activités humaines ont entraîné une augmentation de la concentration de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre dans l’atmosphère, contribuant ainsi au réchauffement climatique. Les Mésangeais du Canada comptent sur leurs réserves de nourriture pour survivre à l’hiver et commencer à se reproduire alors que la neige recouvre encore le sol. Des chercheurs ont émis l’hypothèse que des conditions climatiques plus chaudes en automne et en hiver, notamment des cycles de gel-dégel plus fréquents, pourraient nuire à la qualité des aliments stockés en favorisant leur décomposition ou en modifiant leur valeur nutritionnelle. Certaines études ont établi un lien entre la hausse des températures et l’évolution des conditions hivernales, d’une part, et la baisse du succès reproductif ainsi que le déclin des populations, d’autre part, bien que les mécanismes exacts fassent encore l’objet de recherches actives. Le parc provincial Algonquin, en Ontario, accueille la plus ancienne étude de terrain jamais menée sur les Mésangeais du Canada, et ces recherches ont mis en évidence un déclin de plus de 80 % de la population locale depuis les années 1980. Bien que le changement climatique soit considéré comme un facteur important contribuant à ces déclins, les scientifiques continuent d’étudier comment l’évolution des conditions environnementales affecte la survie et la reproduction du Mésangeai du Canada. À mesure que le climat continue de se réchauffer, les Mésangeais du Canada pourraient être confrontés à des difficultés croissantes dans les parties méridionales de leur aire de répartition.

Ressources

Gray JayLe Mésangeai du Canada: https://wildlife-species.canada.ca/bird-status/dist-dist-fra.aspx?sY=2019&sL=f&sB=GRAJ&sM=a&sD=7393

Bird, David et al. 2022. The Canada Jay: The National Bird of Canada? Hancock House Publishers, Surrey, BC.

Strickland, D. 2017. How the Canada Jay lost its Name and why it Matters. Ontario Birds 35:2-16.

Strickland, D. and H. R. Ouellet 2020. Canada Jay (Perisoreus canadensis), version 1.0. In Birds of the World (P. G. Rodewald, Editor). Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY, USA. https://doi.org/10.2173/bow.gryjay.01

Strickland, D. and S.M. Doucet. 2021. A bird that changes colour without moulting: how the wîskicâhk (Canada Jay, Perisoreus canadensis) tricked the taxonomists. Can. J. Zool. 99: 183-195.

Texte révisé par Dan Strickland, 2026