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Le Starique de Cassin

Photo: Oscar Johnson

Le Starique de Cassin

Au premier regard

Le Starique de Cassin

Cet oiseau :

  • se sert de ses ailes pour « voler » sous l’eau
  • fait partie de colonies dont le bruit peut être assourdissant la nuit
  • pond un très gros œuf comparativement aux dimensions de l’oiseau
  • donne à ses petits une soupe pourpre qui dégage une forte odeur et qu’il transporte dans une cavité située derrière la langue


Description

Le Starique de Cassin (Ptychoramphus aleuticus) appartient à la grande et prospère famille des pingouins (Alcidae), qui habite dans le nord des océans Atlantique, Pacifique et Arctique. Le Starique de Cassin pourrait être l’un des oiseaux de mer les moins connus et les plus rarement vus en Colombie-Britannique bien qu’il soit l’un des plus nombreux. On estime que le territoire de cette province héberge quatre millions de Stariques de Cassin, mais ces oiseaux sont difficiles à voir et à étudier parce qu’ils passent la plus grande partie de leur vie en haute mer.

Le plumage du Starique de Cassin va de pair avec le caractère réservé de cet oiseau : il est d’un gris brunâtre terne en toute saison, et seule une raie blanche au-dessus des yeux, trop petite pour être vue à distance, l’enjolive. Les parties de l’oiseau qui ne sont pas recouvertes de plumes sont plus colorées. Les pieds sont d’un bleu vif, et une tache rose pâle orne la partie inférieure du bec. Les yeux, d’abord bruns, deviennent d’un gris métallique frappant chez l’adulte.

On retrouve en Colombie-Britannique d’autres membres de la famille Alcidae, soit le Macareux huppé, le Macareux rhinocéros, le Guillemot à cou blanc, le Guillemot marbré, le Guillemot marmette et le Guillemot colombin.

Signes et sons

Tout comme beaucoup d’oiseaux nocturnes, les Stariques de Cassin en colonies crient pour retrouver leur compagnon et leur petit pendant la nuit. En mai et en juin, aux petites heures du matin, ils font un tintamarre qui rappelle celui des rainettes crucifères et d’autres grenouilles qui coassent en groupe. Lorsqu’il y en a des milliers, le bruit est assourdissant. Le vacarme nocturne prend fin une fois que les petits ont quitté le nid, et seul le cri des oiseaux qui s’accouplent tardivement se fait entendre à l’occasion. Vers la fin de juillet, les colonies sont désertes et silencieuses.

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Habitat et habitudes

Comme bon nombre de ses congénères, le Starique de Cassin fait son nid dans des petites îles extracôtières très éloignées des activités des humains et d’autres mammifères. Il passe sa vie en haute mer, le long du rebord du plateau continental. On le voit rarement dans les eaux protégées du côté est de l’île de Vancouver.

Il ne touche à terre que pendant la saison de nidification, et même alors, il arrive à la colonie bien après la noirceur et il retourne à la mer avant l’aube, sauf s’il couve un œuf ou prend soin de son petit. Pendant des milliers d’années, les Stariques de Cassin ont prospéré dans leur habitat marin éloigné. Maintenant, la pollution et les changements d’origine humaine apportés à l’environnement ont un effet sur les parties les plus reculées de la planète, et l’intervention des humains peut s’avérer nécessaire pour protéger cette espèce.

Caractéristiques uniques

La présence d’éclaboussures pourpres de soupe dans la fiente (les excréments) à l’entrée du terrier du Starique de Cassin distingue ce terrier de celui des autres oiseaux marins, mais souvent, l’odeur particulière qui se dégage de la colonie permet à elle seule, même à distance, de distinguer cette espèce.

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Aire de répartition

Aire de répartition du Starique de Cassin

Le Starique de Cassin se reproduit en colonies le long de la côte Ouest de l’Amérique du Nord, à partir de Baja, en Californie, jusqu’aux îles Aléoutiennes (voir la carte). Environ 80 p. 100 de la population niche au Canada, dont 50 p. 100 sur l’île Triangle, à l’extrémité nord de l’île de Vancouver. La plupart des colonies se trouvent dans des petites îles extracôtières, en plein océan, mais de petits groupes de Stariques de Cassin font leur nid dans le sud-est de l’île Moresby et dans le détroit de la Reine-Charlotte. En Alaska, la population était beaucoup plus grande avant que les éleveurs d’animaux à fourrure et d’autres colonisateurs n’introduisent des renards, des rats et d’autres mammifères. Toutefois, il est possible que celle-ci augmente à mesure que des îles propices à la nidification seront débarrassées de ces prédateurs étrangers.

L’hiver, la plupart des oiseaux semblent gagner le Sud, au large des côtes de la Californie, de l’Oregon et de l’État de Washington. Un important groupe hiverne à l’entrée du détroit de Juan de Fuca, à l’extrémité Sud de l’île de Vancouver. Cette aire d’hivernage, qui co?ncide avec la zone de remontée des eaux de la Californie, est importante pour de nombreuses espèces d’oiseaux parce que le courant côtier rapporte près de la surface de l’eau de riches sources de nourriture. La migration d’automne des Stariques se fait graduellement. Les oiseaux abandonnent les colonies lorsque les oisillons quittent le terrier et nagent vers la mer. Il arrive que des individus parcourent de grandes distances pour se rendre de l’aire de nidification à l’aire d’hivernage, mais les Stariques migrent principalement en nageant un peu chaque jour.

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Alimentation

Pendant le jour, le Starique de Cassin se repose et s’alimente en haute mer. C’est un oiseau plongeur qui fait de la chasse sous-marine, c.-à-d., qui se sert de ses ailes pour « voler » rapidement sous l’eau et poursuivre sa proie. Il se nourrit ordinairement de petits crustacés riches en huile, comme les copépodes et les euphausiacés, qui peuvent être capturés jusqu’à 30 m de profondeur. Les cétacés à fanons se nourrissent aussi de ces crustacés et avalent occasionnellement, par accident, des Stariques qui restent pris dans l’énorme quantité de nourriture qu’ingèrent les cétacés. Au printemps et au début de l’été, le Starique mange volontiers des larves de poisson ou des jeunes poissons, qui sont également riches en huile et très abondants. 

Pour le Starique, la nourriture est particulièrement abondante le long du rebord du plateau continental, où les courants de remontée entraînent des substances nutritives à la surface de l’eau. Presque partout, le rebord ne se trouve qu’à une distance de 20 à 30 km au large des côtes; le Starique n’a donc pas loin à voler pour rapporter de la nourriture à son petit. 

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Reproduction

Après avoir passé un hiver tempétueux en mer, les Stariques de Cassin se rassemblent près des colonies à la fin de mars. Comme personne n’a jamais observé de migration en masse, il est possible qu’ils se rendent graduellement dans leurs aires de nidification (où ils nichent dans des terriers). Dans la mesure du possible, un couple de Stariques de Cassin nettoie et revendique un ancien terrier, qui peut être celui où il a niché l’année précédente. Le creusage d’un terrier est difficile et dangereux. Les oiseaux se servent d’abord de leur bec, puis ils grattent le sol avec leurs pieds. Si le sol est dur, ce travail peut durer plusieurs nuits. Pendant tout ce temps, ils peuvent être attaqués par les Pygargues à tête blanche qui rôdent la nuit dans les colonies. Une fois terminé, le terrier consiste en un étroit tunnel, juste assez large pour laisser passer le Starique (de 8 à 10 cm), et peut avoir jusqu’à 2 m de long.

Le creusage d’un terrier n’est pas le seul travail de taille effectué pendant la période de reproduction. Comparativement aux dimensions de l’oiseau, l’œuf est gros; il peut peser jusqu’à 29 g, soit environ 16 p. 100 du poids de la femelle. II prend de 12 à 15 jours à se former, et le Starique n’en produit qu’un seul par année. Le mâle et la femelle couvent l’œuf à tour de rôle.

L’oisillon est exceptionnellement bien développé au moment de l’éclosion. Avec ses larges pieds, il se déplace dans le terrier, et il est recouvert d’une épaisse couche de duvet qui le tient au chaud. Pendant 40 nuits environ après l’éclosion, chaque adulte rapporte une charge de nourriture, qui consiste en une soupe de petits poissons ou de morceaux de crustacés transportés dans une cavité antélinguale (c.-à-d. située derrière la langue) spéciale ressemblant beaucoup à celle du pélican, mais qui se trouve plus loin dans la gorge. Cette poche se forme avant la saison de reproduction et rétrécit avant la migration d’automne. La soupe a une forte odeur, et l’adulte la rejette promptement s’il est attaqué en s’en allant vers le terrier. Ce comportement peut détourner l’attention du prédateur et permettre au Starique de s’échapper. L’oisillon peut passer quelques nuits sans nourriture.

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Conservation

Le Starique de Cassin est vulnérable à trois types particuliers de stress d’origine humaine : les déversements de pétrole, l’introduction de prédateurs et la perturbation de la colonie. Dans ces trois cas, il est beaucoup plus facile de prévenir que de guérir. En raison de sa population élevée, cette espèce est comparativement moins touchée par un seul déversement ou une seule visite de touristes, pris isolément. Par contre, dans les colonies où les Stariques se reproduisent, leur grand nombre les rend très vulnérables aux animaux qui sont introduits, comme les rats et les ratons-laveurs.

Lors du déversement, en décembre 1988, de pétrole transporté par le Nestucca, environ 25 p. 100 des oiseaux tués étaient des Stariques de Cassin. Plus de 10 000 d’entre eux sont morts lorsque de vastes nappes de pétrole se sont étalées sur une importante aire d’hivernage à l’entrée du détroit de Juan de Fuca. Cette vaste tuerie montre la vulnérabilité des oiseaux dont l’habitat normal est la surface de la mer. Toutefois, cela indique aussi qu’un important déversement dans une zone de grande valeur ne cause pas nécessairement une diminution des populations locales lorsque la population totale est très grande. Même si plus de 10 000 Stariques sont morts, ceux-ci ne représentaient que 0,2 p. 100 de la population de cette espèce en Colombie-Britannique. Par contre, le nombre de Guillemots marbrés qui ont été tués n’était que d’environ 140, mais il se peut que la population hivernale de ces guillemots dans la baie de Barkley et la baie de Clayoquot ne soit pas beaucoup plus élevée.

En outre, les groupes de Stariques de Cassin reproducteurs peuvent être moins vulnérables que d’autres espèces étroitement apparentées. Pendant la saison de reproduction, une multitude de Guillemots à cou blanc et de Macareux rhinocéros se rassemblent chaque jour sur la mer près des colonies où ils flottent, et même un déversement d’hydrocarbures de faible importance peut les décimer. Les Stariques de Cassin semblent arriver directement de la mer en volant et accomplir leurs activités sociales, c.-à-d., s’accoupler et parader, en étant dispersés en plein océan plutôt qu’en se tenant près des îles où ils nichent.

L’introduction de mammifères peut dévaster une colonie. Les rats semblent avoir détruit des colonies de Stariques de Cassin dans plusieurs des îles de la Reine-Charlotte. Les rats sont assez gros pour tuer les adultes dans les terriers ou les en chasser lorsqu’ils couvent un œuf, mais c’est l’oisillon qui est le plus en danger. Même un jeune rat peut tuer un oisillon pendant que les parents sont partis toute la journée chercher de la nourriture. Une nouvelle menace pointe maintenant à l’horizon.

Au cours des 50 dernières années, des ratons-laveurs provenant de fermes d’élevage d’animaux à fourrure se sont répandus sur les principales îles de la Reine-Charlotte à un point tel qu’ils peuvent maintenant atteindre facilement de nombreuses colonies d’oiseaux marins sur les petites îles. En 1990, on a vu des ratons-laveurs attaquer pour la première fois une colonie d’oiseaux marins. Ces animaux peuvent causer un problème aussi grave que les rats. Le Service canadien de la faune est en voie d’élaborer un plan en vue d’éliminer les rats de certaines îles, mais il faudra compter sur la chance et innover pour empêcher que d’autres dommages ne se produisent.

Près de 30 colonies d’oiseaux marins, dont un bon nombre réunit des Stariques de Cassin, se trouvent dans la réserve de parc national Moresby-Sud/Gwaii Haanas, à l’extrémité Sud des îles de la Reine-Charlotte. Toutes les autres colonies de Stariques de Cassin en Colombie-Britannique, sauf une, sont déjà dans les réserves écologiques de la province ou deviendront des zones provinciales de gestion de la faune, tel que proposé. La loi protège les zones de ce genre contre le développement industriel et réglemente les activités des campeurs et des adeptes du kayak. Étant donné que de plus en plus de touristes visitent les colonies d’oiseaux marins en milieu sauvage, il importe que toutes les personnes qui voyagent dans les régions côtières comprennent bien la fragilité de ces colonies.

Les perturbations constituent la pire menace. Chaque couple ne produit qu’un œuf par année. Dérangé par un touriste curieux, l’adulte abandonne complètement son œuf de peur qu’il n’advienne un prédateur plus dangereux. Toutefois, lorsque l’œuf est éclos, l’adulte a consacré tellement de temps à son œuvre et couru tellement de risques de se faire attaquer par un aigle ou un autre prédateur qu’il abandonne rarement son petit.

Le tourisme menace aussi les colonies. Les terriers sont fragiles et s’effondrent sous le poids d’une personne. Heureusement, bon nombre des petites îles boisées hébergeant des colonies de Stariques sont protégées du fait qu’elles sont peu accueillantes pour les visiteurs, car on n’y trouve ni eau potable, ni terrains de camping. Par contre, les îles herbeuses où se trouve la plus grande partie de la population d’oiseaux reproducteurs sont attirantes pour les visiteurs. Les falaises offrent des panoramas spectaculaires et permettent aux photographes de s’en donner à cœur joie. Les plages et les collines de l’île Triangle attirent les plaisanciers, qui ne demandent qu’à sentir la terre ferme sous leurs pieds pendant quelque temps.

Malheureusement, les îles sont extrêmement fragiles. Elles se trouvent toutes dans une zone où les fortes pluies d’hiver érodent rapidement le sol non protégé. Les personnes qui marchent dans les touffes d’herbe et autour des tertres moussus endommagent la végétation protectrice, et les pluies emportent les terriers. Même si l’île Triangle est la plus éloignée de la Colombie-Britannique, la route qui mène à son sommet est déjà creusée de ravins dus à la présence d’un groupe ou deux de visiteurs par semaine.

Des études ont montré que les oiseaux marins étaient d’utiles indicateurs de la pollution des mers. Certains d’entre eux, comme le Starique de Cassin, voyagent beaucoup de par les océans et, lorsqu’ils se nourrissent en cours de route, ils ingèrent des échantillons de la chaîne alimentaire marine et accumulent dans leur organisme des polluants chimiques rémanents. Ils retournent chaque année dans la même colonie où ils se reproduisent, et leurs œufs contiennent une partie des substances chimiques qu’ils ont ingurgitées pendant l’année. Pour surveiller la pollution des océans, le Service canadien de la faune a mis sur pied un programme consistant à échantillonner les œufs de certains oiseaux marins à quelques années d’intervalle.

Le Starique de Cassin est l’une des espèces les plus prospères au Canada. Pour que sa population continue d’être abondante et productive, il faut déployer d’énergiques efforts pour prévenir les déversements de pétrole, lutter contre les ravageurs qui ont été introduits et inculquer du bon sens aux visiteurs des aires de nidification.

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Ressources

Ressources imprimées


GODFREY, W. E. Les oiseaux du Canada, éd. rév., Musées nationaux du Canada, réimprimé en 1989, La Prairie (Québec), Éditions Marcel Broquet, en collaboration avec le Musée national des sciences naturelles, 1986.

NATIONAL GEOGRAPHIC SOCIETY. Guide d’identification des oiseaux de l’Amérique du Nord, La Prairie (Québec), Éditions Marcel Broquet, 1987.


© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1991. Tous droits réservés.
No de catalogue CW69-4/83F
ISBN 0-662-96711-9
Texte : G. W. Kaiser
Révision scientifique : D. Smith, 1990
Photo : Wayne Campbell