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Le Merlebleu azuré

Photo: Diane Elaine Taylor

Le Merlebleu azuré

Au premier regard

Le Merlebleu azuré

Cet oiseau :

  • voyage en bandes pendant l’hiver, souvent en compagnie de Merlebleus de l’Ouest et de moineaux
  • est un oiseau très agressif
  • vole parfois en rase-mottes à un mètre ou plus au-dessus du sol comme une buse, lorsqu’il est à la recherche de nourriture
  • était en voie d’extinction jusqu’aux années 1920, quand les ornithologues amateurs du continent ont commencé à lui construire des nichoirs


Description

En Amérique du Nord, on trouve trois espèces de Merlebleu : le Merlebleu azuré (Sialia currucoides), le Merlebleu de l’Est (Sialia sialis) et le Merlebleu de l’Ouest (Sialia mexicana).

Le Merlebleu azuré appartient à la famille des grives, dont les espèces se retrouvent presque partout dans le monde. Un autre oiseau favori d’Amérique du Nord, le Merle d’Amérique, est aussi une grive.

Le Merlebleu azuré est plus gros que le Moineau domestique et plus petit que le Merle d’Amérique. Le dos, les ailes et la queue du mâle sont d’un bleu azur vif; sa gorge et sa poitrine sont d’un bleu plus pâle qui s’estompe graduellement jusqu’au blanc de l’abdomen.

Chez la femelle, les rémiges et les rectrices sont d’un bleu turquoise, et la tête et le dos sont d’un mélange de bleu et de gris délavés. La gorge est d’un brun cendré qui vire graduellement au blanc vers le bas de la poitrine. Les jeunes ressemblent aux femelles, mais présentent une poitrine mouchetée caractéristique de toutes les jeunes grives.

Signes et sons

Après un va-et-vient d’une clôture au sol à la recherche de nourriture, il se peut que les Merlebleus azurés disparaissent derrière une crête ou un bouquet d’arbres proche, laissant dans leur sillage un chant mélodieux. Leur chant est plus fort, le plus souvent à l’aurore, durant la saison de reproduction.

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Habitat et habitudes

Les prairies comportant peu d’arbres sont l’habitat préféré des Merlebleus azurés. Ces derniers ont besoin de cavités pour nicher. Pendant l’hiver, ils voyagent en bandes, souvent en compagnie de Merlebleus de l’Ouest et de moineaux, et se nourrissent d’insectes et de petits fruits de gui, de micocouliers ou de groseilliers. Dès le mois de mars, ils commencent à remonter vers le nord et arrivent souvent aux latitudes septentrionales alors que la neige recouvre encore une grande partie du sol et que les températures descendent encore au-dessous de –20 °C. Ces oiseaux vigoureux peuvent habituellement résister à de courtes périodes de froid et de mauvais temps; toutefois, lorsque les mauvaises conditions atmosphériques durent trop longtemps, ils peuvent mourir de froid et de faim.

Le Merlebleu azuré migre parfois seul, mais le plus souvent il voyage en volées d’une cinquantaine d’oiseaux et parfois, mais rarement, en volées de 200 oiseaux. Les oiseaux en migration se déplacent lentement pendant le jour, s’arrêtant fréquemment pour se nourrir. On les aperçoit parfois, perchés sur un fil barbelé, tel un chapelet de pierres précieuses bleues. Ils scrutent les plaques de sol nu à la recherche d’insectes morts et de graines. Très agressifs, ils se tiennent à au moins un mètre de distance les uns des autres, et vont tour à tour gober leur pitance, dans un éblouissant ballet bleu.

Caractéristiques uniques

Contrairement aux autres membres de la famille des grives, s’il n’y a pas de perchoirs surélevés qui sont disponibles pour guetter les proies, le Merlebleu azuré volera en rase-mottes à un mètre ou plus au-dessus du sol à la manière d’une buse, pour trouver sa nourriture.

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Aire de répartition

La répartition du Merlebleu azuré

L’habitat du Merlebleu azuré est concentré dans l’Ouest de l’Amérique du Nord. Ses aires de nidification s’étendent du Territoire du Yukon et vers le sud jusqu’en Colombie-Britannique, à l’est de la chaîne côtière. On en retrouve aussi dans l’Est du Manitoba.

Le Merlebleu azuré est l’espèce la plus migratoire des Merlebleus, quoique de nombreux individus se déplacent localement seulement vers des altitudes plus au sud.

Comme c’est le cas pour les autres merlebleus, l’aire de répartition du Merlebleu de l’Est, reconnaissable par son dos et sa couronne bleu foncé, et sa gorge et sa poitrine rousses, s’étend du Sud de la Saskatchewan jusqu’à la Nouvelle-Écosse, puis le long de la côte Est jusqu’à la Floride et autour du golfe du Mexique jusque dans l’Ouest du Texas. Le Merlebleu de l’Ouest, dont la gorge est bleue et la partie supérieure du dos et la poitrine sont d’un brun rougeâtre, vit depuis le Sud de la Colombie-Britannique jusque dans le Sud de la Californie et s’aventure même dans le Centre du Mexique et vers le nord jusque dans l’Ouest du Montana en passant par le Nouveau-Mexique. Il est plus rare que le Merlebleu azuré, sauf à l’ouest de la chaîne côtière.

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Alimentation

Comme les autres grives, les Merlebleus azurés se nourrissent au sol et sont surtout insectivores. S’il n’y a pas de perchoirs à proximité de leur nid pour guetter les proies, il leur arrive de planer en rase-mottes à un mètre ou plus au-dessus du sol, à la manière d’une buse. Ce sont les seuls membres de la famille des grives à chasser en planant.

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Reproduction

Avant même la fin de la migration, les Merlebleus azurés se sont déjà disséminés dans tous les habitats propices à la nidification : tremblaies, ravins et vallées boisés, bad-lands et montagnes. Les grandes plaines dépourvues d’arbres ne leur conviennent pas.

Les mâles arrivent souvent avant les femelles et s’empressent de trouver un endroit convenable pour la construction du nid : ils se contentent le plus souvent d’un trou abandonné par un pic ou d’une cavité pourrie dans un arbre. Dans les mauvaises terres, ils nichent habituellement dans une fente ou une crevasse formée dans un talus abrupt en érosion. Depuis l’époque de la colonisation, ils ont trouvé de nouveaux endroits de nidification : les machines agricoles, les coins et recoins des bâtiments, les poteaux de clôture et de téléphone. Plus récemment, les nichoirs artificiels sont devenus pour eux un site de nidification privilégié.

Dès que le mâle a trouvé une cavité qui lui convient, il entreprend d’y attirer une femelle. Dans ses efforts pour faire accepter l’endroit choisi, il entre et sort continuellement de la cavité et voltige avec beaucoup d’excitation autour d’elle en l’appelant continuellement. Ce comportement exubérant peut durer des heures, et même des jours, jusqu’à ce qu’une femelle consente finalement à examiner l’endroit, et c’est elle qui décidera si l’emplacement convient ou non.

Une fois l’emplacement choisi, les deux oiseaux en défendent le voisinage immédiat. La femelle construit le nid à l’aide de minces bandes d’écorce sèche et d’autre débris de végétaux séchés, pendant que le mâle supervise les travaux et défend son territoire contre les intrus. La construction du nid peut prendre de deux jours à plus d’une semaine.

Peu après l’achèvement du nid, la femelle y pond 5 ou 6 œufs à raison d’un œuf par jour. À l’occasion, une couvée peut contenir 8 œufs.

L’incubation commence après la ponte du dernier œuf et dure environ 13 jours. Seule la femelle couve les œufs. Elle reste sur le nid pendant toute la nuit et la plus grande partie de la journée, ne le quittant que très brièvement pour se nourrir. Parfois, le mâle lui apporte de la nourriture.

Dès l’éclosion, la femelle nourrit les oisillons aveugles, nus et sans défense avec la nourriture que lui apporte le mâle. La femelle passe aussi beaucoup de temps à couver les petits pour les tenir au chaud. Les oisillons sont nourris d’insectes, notamment de coléoptères, de vers gris et de sauterelles, et grossissent rapidement pendant la première semaine, doublant leur poids de deux à trois fois. Leurs fientes, contenues dans une sorte de poche, sont transportées à l’extérieur par les adultes, ce qui assure la propreté du nid.

À l’âge de 14 jours, les minuscules oisillons sont presque entièrement couverts de plumes et, entre 18 et 21 jours, ils sont habituellement prêts à quitter le nid. Les Merlebleus azurés sont capables de parcourir une centaine de mètres dès leur premier envol.

Les jeunes sont totalement dépendants pendant trois jours, mais il leur faut parfois jusqu’à deux mois avant de devenir parfaitement autonomes. Près de la moitié des couples préparent un autre nid pour une deuxième couvée, normalement dans la même cavité. Cette deuxième couvée comprend au moins un œuf de moins que la première. Quelle que soit la couvée, lorsque des œufs ou des oisillons sont détruits par des prédateurs, les parents abandonnent le nid et peuvent faire jusqu’à 200 km pour établir un nouveau site de nidification.

Les familles de Merlebleus azurés demeurent dans la même région pendant tout l’été et l’automne jusqu’à ce que le froid les oblige à redescendre vers le sud pour l’hiver.

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Conservation

Les Merlebleus azurés n’ont probablement jamais été très communs en raison de leurs besoins biens particuliers entourant la nidification. La colonisation de l’Amérique du Nord dans les années 1800 a permis d’étendre leur habitat grâce au défrichement des régions fortement boisées. Le combat des colons contre les feux de prairie a aussi permis à un plus grand nombre d’arbres d’atteindre leur maturité et d’offrir aux Merlebleus azurés des cavités propices à la nidification.

Au début du 20esiècle, l’avenir du Merlebleu azuré semblait prometteur. Malheureusement, cette période de prospérité ne devait être que de courte durée : à mesure que la colonisation s’intensifiait, les terres prenaient de plus en plus de valeur et plusieurs milliers d’hectares de l’habitat de cet oiseau furent défrichés au profit de l’agriculture. Les Européens ont en outre introduist les étourneaux et les Moineaux domestiques, qui n’ont eu aucune peine à évincer le Merlebleu azuré des quelques habitats propices qui lui restaient.

Sialia currucoides

Sialia currucoides
Photo: USFWS/Dave Menke

Ce déclin de la population du Merlebleu azuré s’est poursuivi jusqu’à ce que certains naturalistes estiment que l’espèce était en voie de disparition. Heureusement, les amateurs d’oiseaux de toute l’Amérique du Nord entreprirent, dès les années 1920, de construire des nichoirs pour les merles, dans l’espoir de favoriser une croissance de leur population. Cet effort de conservation devint vraiment populaire pendant les années 1950 et 1960. Les résultats obtenus sont encourageants.

De nos jours, l’activité humaine pose toujours une menace à l’habitat des Merlebleus azurés. L’élimination des arbres morts et des chicots par certaines méthodes d’exploitation forestière a pour effet de réduire les cavités propices à la nidification. La mise en place de nichoirs le long de certaines pistes a permis de compenser cette perte. Malheureusement, les nids sont parfois la cible de vandales qui en détruisent le contenu.

Même si les Merlebleus azurés arrivent habituellement tôt au printemps pour obtenir les meilleures places où nicher, ils doivent parfois les disputer aux Hirondelles bicolores, aux Troglodytes familiers, aux mésanges, aux Moineaux domestiques et aux Étourneaux sansonnets, sans compter les autres espèces de merlebleus. Heureusement, il est possible d’empêcher les Étourneaux sansonnets de pénétrer dans le nichoir en limitant le diamètre de l’entrée à 3,8 cm. De plus, les trois espèces de merlebleus se font concurrence pour obtenir les nichoirs, là où les aires de répartition se chevauchent.


Une fois installés dans des nichoirs conçus selon leurs préférences, les Merlebleus azurés sont tout à fait en mesure de les défendre. Toutefois, lorsque les Moineaux domestiques sont très nombreux, ils peuvent réussir à passer par l’ouverture du nichoir et aller jusqu’à tuer les jeunes et adultes qui s’y trouvent. La Crécerelle d’Amérique, un petit faucon, reste néanmoins le plus redoutable prédateur des Merlebleus azurés, même si elle est trop grosse pour pénétrer dans leurs nichoirs.

Le chat domestique et le raton laveur sont aussi d’importants prédateurs des oisillons et des femelles couveuses, de même que les souris sylvestres et les écureuils. Cependant, la plupart du temps, si le nichoir est installé sur un poteau de métal lisse, ces animaux ne pouvant y grimper.

Dans certaines régions, le diptère parasite Apaulina stalia est un ennemi juré du Merlebleu azuré, bien qu’il ne semble pas en réduire les effectifs. Cet insecte pond ses œufs dans le nid de l’oiseau, et ses larves qui se collent aux oisillons peuvent les faire mourir en se nourrissant de leur sang. Il est possible de réduire le nombre de ces parasites en frottant l’intérieur des nichoirs avec de la terre de diatomée.

Grâce aux programmes de baguage des Merlebleus azurés, on sait maintenant que cette espèce peut se reproduire à l’âge d’un an. On sait aussi que l’âge record pour un Merlebleu azuré est de quatre ans et dix mois et qu’un Merlebleu de l’Est a vécu jusqu’à l’âge de huit ans. Le baguage a également permis de déterminer que les femelles qui se reproduisent avec succès retournent souvent dans la même région ou au même nid d’une année à l’autre.

Contrairement à la croyance populaire, très peu de jeunes retournent nicher dans la région qui les a vus naître. Une étude menée dans une région a révélé que moins de 1 p. 100 des jeunes étaient revenus s’y reproduire au cours des années subséquentes. On peut supposer qu’un grand nombre n’ont pas vécu assez longtemps pour se reproduire, et que les autres se sont dispersés ailleurs.

La construction de milliers de nichoirs par des particuliers et des organismes intéressés à la conservation a permis de mettre fin au déclin de cette population et même, dans beaucoup de régions, d’en augmenter les effectifs. Il n’est pas nécessaire que les nichoirs soient luxueux, mais il est préférable qu’ils soient en bois.

Le nichoir idéal comporte un plancher de 20 cm2, des murs de 25 cm de haut et une entrée de 3,8 cm de diamètre, percée à 18 cm au-dessus du plancher.

Le toit du nichoir doit pouvoir s’ouvrir facilement pour faciliter le nettoyage. Il surplombe l’entrée afin de la protéger contre la pluie.

Les deux murs latéraux sont percés dans le haut de deux trous de ventilation de 6 mm et le plancher de deux trous de vidange de 6 mm également.


Il est déconseillé d’installer des perchoirs sur le nichoir, car ils attirent les Moineaux domestiques.

L’utilisation d’une teinture est préférable à tout autre revêtement, si on souhaite protéger le bois. Dans le cas de la peinture, le vert pâle, le brun ou le gris sont préférables au blanc qui, trop voyant, risque d’éloigner le Merlebleu azuré. Les couleurs foncées absorbent la chaleur, et celle-ci pourrait devenir trop intense pour les œufs ou les oisillons. Il ne faut pas peindre ni vernir l’intérieur du nichoir, et il est conseillé de se servir de la surface rugueuse du bois pour les murs intérieurs, afin que les oiseaux puissent grimper plus facilement jusqu’à l’entrée.

Il est important de bien choisir l’emplacement du nichoir. Il doit être placé dans un lieu semi-dégagé, comme un pâturage, un champ ou le bord d’une route de campagne. Un poteau de clôture dans une clairière, à une vingtaine de mètres de quelques arbres, constitue l’emplacement idéal. Les nichoirs installés dans les régions urbaines ou près des bâtiments de ferme sont habituellement habités par des Moineaux domestiques.

Le nichoir doit être placé sur un poteau, à au moins un mètre du sol. L’orientation de l’entrée n’a aucune importance.

Les pistes de Merlebleus azurés sont des sentiers le long desquels on installe des nichoirs à tous les 200 m et que l’on peut visiter à pied ou en voiture pour noter le succès de la reproduction, baguer les oisillons et nettoyer les nichoirs à l’automne. Des inspections régulières permettent en outre d’éliminer les nids des Moineaux domestiques et d’autres intrus. Certaines pistes ne mesurent qu’un kilomètre; la plus longue mesure plusieurs centaines de kilomètres, de Winnipeg, au Manitoba, à North Battleford, en Saskatchewan, et comporte des embranchements secondaires qui se prolongent sur des centaines de kilomètres.

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Ressources

Ressources en ligne

Cornell University Laboratory of Ornithology (en anglais seulement)

Ressources imprimées

GODFREY, W. E. Les oiseaux du Canada, éd. rév., Musées nationaux du Canada, réimprimé en 1989, La Prairie (Québec), Éditions Marcel Broquet, en collaboration avec le Musée national des sciences naturelles, 1986.

PROCTOR, N. Répertoire des oiseaux chanteurs du Québec et de l’Amérique du Nord, Montréal (Québec), Les éditions Québecor, 1991.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1979, 1993. Tous droits réservés.
No de catalogue CW69-4/62-1993F
ISBN 0-662-98190-1
Texte : Lorne Scott
Révision scientifique : Judith Kennedy, 1992
Photo : Robert McCaw