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Le Merle d'Amérique

Photo: John Pizniur

Le Merle d'Amérique

Au premier regard

Le Merle d’Amérique
Photo : Robert McCaw

Cet oiseau :

  • est l’un des premiers oiseaux à chanter le matin et l’un des derniers à se faire entendre le soir
  • se repose en groupes atteignant 250 000 individus
  • a un œsophage qui s’élargit pour lui permettre d’emmagasiner de la nourriture
  • peut faire, en moyennne, 180 allers et retours par jour lorsqu’il construit son nid


Description

Le Merle d’Amérique, Turdus migratorius, est l’un des oiseaux les mieux connus en Amérique du Nord. Le nom de « rouge-gorge » lui a été donné par les premiers colons qui, en raison de sa poitrine rougeâtre, croyait qu’il ressemblait au rouge-gorge de l’ancien monde. Toutefois, le Merle d’Amérique n’est pas un rouge-gorge, et, mis à part la coloration de sa poitrine, il ne ressemble en rien au petit oiseau brun d’Europe. 

Le Merle d’Amérique est le plus grand de la famille des grives en Amérique du Nord. Les adultes mesurent environ 25 cm de long et pèsent environ 77 g. Outre sa poitrine de couleur cannelle tirant sur le roux à rouge brique, le Merle d’Amérique a la tête noire, le pourtour des yeux blanc, le bec jaune, la gorge striée de noir et de blanc et le dos gris. Le mâle revêt habituellement des couleurs plus vives que la femelle.

Les oisillons portent un duvet gris-souris peu après leur naissance. Ce duvet est remplacé par des plumes qui les font ressembler à leur parents, sauf qu’ils ont des taches noires sur la poitrine et des stries pâles sur le corps. La deuxième année, en octobre, on ne peut pas les différencier de leurs aînés.

Signes et sons

Le Merle d’Amérique a un vaste répertoire de chants et de cris. Il est l’un des premiers oiseaux à chanter le matin et l’un des derniers à se faire entendre le soir. Le mâle chante davantage que la femelle, habituellement le matin à partir de points d’observation élevés et, le plus souvent pendant la pariade. Il continue à chanter jusqu’à l’éclosion des oeufs, moment auquel il arrête en général, ne reprenant qu’après l’envol des oisillons. Son chant probablement le plus connu est le joyeux joyeux tchirili, tchirop, tchirop, tchirili, tchirop. Le chant d’accouplement est semblable et s’accompagne de la parade du mâle qui étale sa queue plus haut que sa tête. Le chant territorial ou murmuré hisselli-hisselli est doux et exécuté à la manière d’un ventriloque.

En plus de son chant, le Merle d’Amérique émet divers cris, du très connu cri d’alarme tchip et du cri de dérangement tuktuk jusqu’au pépiement de mécontentement accompagné d’un mouvement saccadé de la queue. Certains oiseaux chantent en juillet et en août lorsqu’ils muent ou que leurs plumes sont remplacées, mais les chants deviennent plus courts et plus calmes, à l’exception d’un bref regain à la fin de septembre. Même si la plupart des chants cessent à la fin d’octobre, il n’est pas rare d’entendre chanter des Merles en hiver. Les cris se font entendre tout au long de l’année.

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Habitat et habitudes

Le Merle d’Amérique était, à l’origine, une espèce forestière, mais il s’est bien adapté aux régions habitées où il se nourrit sur les pelouses et niche dans les jardins et les parcs publics. À mesure que des arbres ont été plantés, il a envahi les prairies, et on le voit souvent dans les forêts et les pelouses alpines au-delà de la limite forestière, de sorte que rares sont les types d’habitats, exception faite des marais, où le Merle d’Amérique ne niche pas. Il préfère hiverner dans les espaces découverts, mais vit aussi dans les pinèdes et les orangeraies.

Caractéristiques uniques

Se reposer ou dormir dans les arbres sont des activités fréquentes, surtout pendant la saison internuptiale. Il semble que tous les Merles d’Amérique se regroupent en communautés dans des aires de repos au cours de l’hiver; les mâles adultes se rassemblent pour se reposer pendant la saison de reproduction, les femelles, une fois la nidification terminée, et les oisillons, dès qu’il peuvent effectuer le trajet jusqu’à l’aire de repos. Les aires de repos des Merles peuvent compter jusqu’à 250 000 individus, mais il y en a habituellement entre 20 et 200. Parfois, les Merles d’Amérique se rassemblent avec d’autres espèces, comme les Étourneaux sansonnets et les Quiscales bronzés. Ces rassemblements semblent être une façon de se protéger contre les prédateurs et de repérer les aires d’alimentation, surtout en hiver, lorsque les groupes d’oiseaux percheurs se promènent en quête de nourriture.

Le Merle d’Amérique est doté d’un œsophage ou canal extensible entre la bouche et l’estomac. Cela lui est utile en hiver, par exemple, lorsqu’il y emmagasine des réserves de fruits avant de s’installer pour la nuit. Cette caractéristique lui permet probablement de survivre aux basses températures de la nuit.

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Aire de répartition

Aire de répartition du Merle d'Amérique

Le Merle d’Amérique se reproduit au nord jusqu’en Alaska en direction nord, dans tout le Canada, aux États-Unis jusqu’à la côte du golfe du Mexique et aussi jusque dans le Sud du Mexique. Les populations septentrionales migrent, passant l’hiver dans une aire qui comprend le sud-ouest de la Colombie-Britannique et, aux États-Unis, la côte du Pacifique et le centre-sud, la côte Est du continent allant vers le nord jusqu’à la côte Sud de Terre-Neuve, le Mexique, le Sud du Texas et la pointe Sud de la Floride. En hiver, les Merles partagent les limites de l’énorme aire de repos du Carouge à épaulettes avec le Quiscale bronzé et l’Étourneau sansonnet, et se nourrit avec le Jaseur d’Amérique. Les oiseaux méridionaux se trouvant dans l’Est des États-Unis et du Mexique ne migrent pas. À l’occasion, lorsque les baies sont abondantes, quelques Merles hardis passent l’hiver au Québec, en Ontario et dans les Prairies.

Les Merles d’Amérique migrateurs se déplacent pendant le jour. Ils entreprennent leur migration vers le nord à la fin de février et n’arrivent en grand nombre au Canada qu’au début de mars. Les températures plus chaudes du printemps sont un facteur important de leur migration puisque le sol doit être en train de dégeler pour que les oiseaux puissent le creuser et y trouver des vers de terre. Les migrants vers le nord suivent de près des températures qui atteignent en moyenne 3 °C pendant la journée. Le Merle d’Amérique retourne dans la même aire de reproduction qu’il a occupée l’année précédente.

À l’automne, par contre, le Merle d’Amérique ne suit aucun « trajet » prédéterminé. En effet, au lieu de toujours retourner dans la même région, il semble errer selon l’abondance saisonnière d’invertébrés et de fruits, ses aliments préférés. Il commence sa migration vers le sud au début de septembre, mais la plupart des individus attendent jusqu’en octobre, et de grands nombres traversent le Sud du Canada en novembre. Des oiseaux observés dans le Sud du Canada aussi tard que la deuxième semaine de décembre pourraient bien être des migrateurs. Ils migrent habituellement en petites troupes, mais peuvent parfois se déplacer en groupe de quelques centaines d’individus, souvent accompagnés de Geais bleus.

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Alimentation

La plupart d’entre nous avons observé des Merles d’Amérique sur les gazons, déterrant et tirant sur des vers. Toutefois, les vers de terre ne fournissent qu’une partie de l’alimentation des Merles. Bien que des invertébrés, tels que des vers de terre, des coléoptères et des chenilles comptent pour environ 40 p. 100 de son alimentation, le Merle d’Amérique est avant tout une espèce frugivore et il se délecte des fruits du cerisier de Virginie, de l’épine-vinette commune et du sorbier. Il est aussi friand des cerises aigres-douces, de raisins de vigne et de tomates. Le Merle d’Amérique se nourrit d’invertébrés principalement au printemps et en été, et de fruits surtout en automne et en hiver. Il mange à l’occasion de petites couleuvres et des musaraignes, parfois, il ratisse le bord de la mer à marée basse à la recherche de mollusques ou entre dans l’eau jusqu’à la hauteur de la poitrine pour capturer de jeunes poissons. Le Merle d’Amérique glane principalement sa nourriture au sol lorsqu’il chasse les insectes ou se perche dans les arbres pour prendre des fruits, mais il peut aussi attraper des insectes au vol. Les oisillons encore au nid se nourrissent le plus souvent de vers de terre et de larves de coléoptères.

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Reproduction

Les Merles d’Amérique commencent à arriver à leur aire de reproduction dans les régions méridionales du Canada au début de mars; leur arrivée dans les aires de reproduction septentrionales se poursuit aussi tard que la mi-mai. Des volées de mâles allant jusqu’à une douzaine d’individus arrivent les premiers à la fonte des neiges; les femelles arrivent parfois le même jour, mais habituellement une semaine et même plus après leurs partenaires. Les mâles et les femelles demeurent normalement ensemble pour la saison de la reproduction, mais s’accouplent souvent avec d’autres individus l’année suivante. La plupart des adultes reproducteurs retournent à peu près dans les mêmes régions chaque année, mais les jeunes oiseaux nichent généralement ailleurs.

La pariade est difficile à décrire chez le Merle d’Amérique; en général, elle a lieu au sol. les combats sont fréquents au cours de cette période. La pariade comprend le nourrissage de la femelle par le mâle, la cérémonie des becs ouverts où le mâle et la femelle s’approchent l’un de l’autre et se touchent le bec, de même que les chants.

Le mâle visite parfois le site où sera situé le nid avant que ne commence la construction de celui-ci. Il se peut aussi qu’il apporte des matériaux pour le nid à sa partenaire, mais le choix du lieu de nidification et la construction du nid reviennent à la femelle. Bien que les merles préfèrent nicher à environ 3 m du sol, dans les épinettes et les érables, ils s’adaptent facilement à une grande variété de végétation et de structures construites. Ils peuvent même nicher sur le sol. Les Merles réutilisent également les nids de l’année précédente, qu’il s’agisse du leur ou de celui d’autres espèces, telles que le Moucherolle phébi, le Moqueur chat, le Quiscale bronzé et l’Oriole de Baltimore. Ils bâtissent parfois leur nid par-dessus un ancien nid, qui peut lui-même avoir été construit sur un autre nid, et pondent leurs œufs dans le plus récent.

La femelle façonne le nid en forme de coupe à l’aide de boue mélangée avec de l’herbe et de petites brindilles, et souvent de ficelles, de bouts de tissu et de petits morceaux de papier. Elle tasse la boue avec ses pattes et son bec, la moule avec son corps et la recouvre de graminées fines à l’intérieur. La construction du nid prend de deux à six jours; pendant la période la plus occupée de la construction, la femelle peut effectuer 180 allers et retours par jour, en moyenne, pour transporter de la boue ou de l’herbe. Si le temps est mauvais, elle peut retarder l’occupation du nid pendant une période allant jusqu’à 20 jours.


Dans le Sud du Canada, la première couvée, ou ensemble d’œufs, est produite à la fin d’avril ou au début de mai. Celle-ci est normalement suivie d’une deuxième couvée et parfois, lorsque les conditions sont favorables, d’une troisième. Les nids peuvent encore contenir des œufs au début d'août. Habituellement, une couvée compte trois ou quatre œufs.

Les œufs sont généralement bleus, parfois blancs, mais rarement tachetés de brun. La femelle commence normalement à couver les œufs après la ponte du dernier, et elle les couve pendant 12 jours en moyenne. Elle se tient en général sur les œufs pendant des périodes de 40 minutes, puis se dresse sur le bord du nid, tourne les œufs et fait un petit vol pour se dégourdir. Souvent, le mâle monte la garde lorsqu’il n’est pas dans l’aire d’alimentation, et il lui arrive à l’occasion de couver les œufs.

Les petits restent au nid de 13 à 16 jours. Les femelles commencent la couvée suivante habituellement 40 jours environ après la ponte du premier œuf de l’année, mais souvent elles construisent le nid, puis pondent les oeufs avant que le premier groupe d’oisillons ne soit indépendant. Quelquefois, le chevauchement est long, la deuxième couvée étant commencée avant que les premiers oisillons n’aient quitté le nid. En pareil cas, le mâle s’occupe des oisillons de la première couvée.

Les oisillons pèsent quelque 5,5 g lorsqu’ils naissent. Nourris par les deux parents, chacun des oisillons reçoit en moyenne de 35 à 40 becquées par jour. Les parents gardent le nid propre en transportant ailleurs ou en mangeant les sacs fécaux des oisillons.

Les oisillons quittent le nid à l’âge de 13 jours environ, se déplaçant à une distance pouvant aller jusqu’à 45 m dès la première journée. Ils peuvent demeurer dans le territoire de leurs parents pendant trois semaines et être nourris par le mâle pendant que la femelle couve les œufs de l’autre couvée. Ils deviennent indépendants de leurs parents à l’âge de quatre semaines.

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Conservation

Les jeunes Merles d’Amérique n’ont pas de fortes chances de survivre. On estime que seulement 25 p. 100 des individus vivent jusqu’au début du mois de novembre de leur première année. La plupart des Merles d’Amérique vivent environ deux ans, ce qui fait qu’en six ans, la population est presque totalement renouvelée.

Les Merles d’Amérique ont beaucoup de prédateurs. Le plus important dans les régions habitées est le chat domestique. Dans les aires de repos d’hiver, le lynx roux, le Grand-duc d’Amérique et la Chouette rayée font de nombreuses victimes. Il y a aussi les ratons laveurs, les écureuils gris, les écureuils roux, les tamias, les accipitridés (surtout l’Épervier brun), les corneilles, les geais, les quiscales et les serpents, qui s’attaquent aux œufs et aux oisillons. Les parasites externes comprennent les poux, les mouches, les tiques et les acariens.

Lorsqu’il se trouve dans ses aires d’hiver- nage, le Merle d’Amérique cause des dommages importants aux cultures de cerises et de raisins, aux oliveraies et aux champs de tomates. Autrefois, les gens chassaient les Merles à l’automne pour les manger. Les fermiers continuent à effaroucher et à tuer les Merles d’Amérique dans les vergers et les champs de tomates et de bleuets afin de prévenir les dommages aux cultures. Ils doivent cependant détenir un permis relatif aux oiseaux nuisibles, étant donné que les Merles sont protégés en vertu de la Loi sur la Convention concernant les oiseaux migrateurs.

Un biologiste du Service canadien de la faune a étudié des méthodes visant à éloigner les oiseaux des fruits tombés par terre, mais aucune ne s’est montrée efficace ni économique. Des dispositifs sonores pour effrayer les oiseaux et des filets installés sur les vignes sont efficaces, mais leur coût dépasse de loin celui des dommages causés aux cultures.

Le Merle d’Amérique

Photo : Leslie McKim, Cornell

Bien qu’ils causent certains dommages aux cultures, les Merles d’Amérique peuvent aussi jouer un rôle important dans la lutte contre les insectes, tels que le charançon postiche de la luzerne, qu’ils consomment en grande quantité.

Contrairement à de nombreuses espèces, le Merle d’Amérique s’est assez bien adapté aux perturbations de son habitat. La perte des forêts, l’expansion des régions urbaines et l’augmentation de la taille des fermes ont créé, plutôt que dégradé, des habitats de reproduction pour cet oiseau.

Le Merle d’Amérique est toujours un oiseau très aimé, et est celui qui annonce le printemps à la plupart des collectivités au Canada.

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Ressources

Ressources en ligne

Cornell Laboratory of Ornithology – American Robin (en anglais seulement)

Étude d’Oiseaux Canada. Programme de suivi des oiseaux nicheurs. À propos du Merle d’Amérique, Turdus migratorius

Journey North – American robin (en anglais seulement)

United States Geological Survey – American robin (en anglais seulement)

Ressources imprimées

DAVID, N., et M. GOSSELIN. Observer les oiseaux au Québec, Collection Faire, Sillery (Québec), Québec Science Éditeur, 1994, 214 p.

GAUTHIER, J. et et Y. AUBRY (éd.), Les Oiseaux nicheurs du Québec : Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, Montréal, Association québécoise des groupes d’ornithologues, Société québécoise de protection des oiseaux et Service canadien de la faune, Environnement Canada, région du Québec, 1995, p. 800-803.

GODFREY, W. E. Les oiseaux du Canada, éd. rév., Musées nationaux du Canada, réimprimé en 1989, La Prairie (Québec), Éditions Marcel Broquet, en collaboration avec le Musée national des sciences naturelles, 1986.

ROBBINS, C., S. B. BRUUN et H. S. ZIM. Guide des oiseaux d’Amérique du Nord : guide d’identification sur le terrain. LaPrairie (Québec), Édition Marcel Broquet, 1980, 351 p.

SÉLECTION READER’S DIGEST. Guide illustré des oiseaux d’Amérique du Nord, Montréal, Sélection du Reader’s Digest, 1992, 576 p.



© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1973, 1996, 2003, 2005. Tous droits réservés.
No de catalogue CW69-4/35-2003F-IN
ISBN 0-662-89103-1
Texte : R. Charles Long
Révision scientifique : Barb Desrochers, 1988; Patrick Weatherhead, 2002
Révision : Maureen Kavanagh, 2002, 2005 
Photos : Robert McCaw; Leslie McKim, Cornell Lab of Ornithology