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Le Guillemot marbré

Photo: USFWS Aaron Barna

Le Guillemot marbré

Au premier regard

Le Guillemot marbré

Cet oiseau :

  • zigzague au ras de l’eau comme un bourdon géant
  • utilise ses courtes ailes pour « voler » sous l’eau
  • fait, à l’occasion, un bruit « d’avion à réaction » en laissant l’air s’engouffrer dans ses plumes
  • chaque nuit, pendant un mois, rapporte de la nourriture au nid, qui peut se trouver jusqu’à 70 km de la mer


Description

Le Guillemot marbré

Le Guillemot marbré Brachyramphus marmoratus n’arbore pas une livrée spectaculaire, comme de magnifiques plumes faciales ou un bec coloré. À l’instar de beaucoup d’autres espèces, il mue deux fois l’an et, comme chez certaines d’entre elles, le plumage nuptial, « marbré » et d’un brun généralement foncé, est très différent de celui d’hiver qui est, noir et blanc, et ressemble à celui du Guillemot à cou blanc, espèce plus nombreuse. Ce sont toutefois les taches blanches des scapulaires et la gorge également blanche qui distinguent le Guillemot marbré de ses « cousins ».

Signes et sons

Les observateurs ont remarqué une intense activité près des sites de nidification une heure avant et une heure après le lever du soleil. Ils ont vu des guillemots décrire des cercles très haut dans le ciel en poussant un cri qui rappelle un peu celui du goéland. À l’occasion, les oiseaux font un bruit d’ « avion à réaction » en laissant l’air s’engouffrer dans leurs plumes. D’autres sont totalement silencieux et seule leur silhouette se dessine contre le ciel.

 

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Habitat et habitudes

Cet oiseau de mer niche sur le continent dans une obscurité quasi totale, quoique les pêcheurs et les plaisanciers du littoral de la Colombie-Britannique l’aperçoivent souvent sur l’eau au printemps et en été (période de nidification).

Le Guillemot marbré ne vient à terre que pendant la saison de nidification pour pondre un seul œuf et le couver, puis pour nourrir l’oisillon. Dans la forêt, son plumage brun le rend difficilement repérable. De plus, comme il ne s’éloigne de l’eau qu’à la faveur de l’obscurité, cette habitude est un obstacle supplémentaire pour ceux qui veulent l’observer sur la terre ferme.

Bien que sa méfiance l’incite à plonger rapidement pour s’éloigner des bateaux qui le serrent de trop près, cet oiseau se repère facilement sur l’eau. Les plaisanciers voient alors un petit oiseau de couleur brune qui nage le bec pointé en l’air. En vol, ses petites ailes battent très vite pour soulever son corps dodu, tandis qu’il zigzague au ras des vagues comme un bourdon géant.

Le guillemot est bien adapté à la vie en mer et encore plus au monde sous-marin. Son plumage exceptionnellement dense et épais le protège du froid. Ses pattes, très petites, sont palmées comme celles d’un canard et lui permettent de se propulser uniquement lorsqu’il nage en surface. Sous l’eau, où elles lui servent de gouvernail, il utilise plutôt pour se déplacer ses puissantes « palmes » — ces mêmes ailes courtes qui doivent fournir un effort si considérable pour le maintenir dans les airs. Le guillemot « vole » sous l’eau. La conception de son bec est telle qu’il n’a aucun mal à saisir fermement les poissons glissants.

Dans toute l’aire de répartition du Pacifique Nord, la majorité des nids occupés ont été découverts dans de grands arbres. Il s’agissait de simples abris aménagés dans la mousse qui recouvre les branches les plus massives, à une hauteur de 20 à 40 m. Même si d’autres arbres sont dotés de plateformes ou de cavités adéquates, seuls les sapins de Douglas et les épinettes de Sitka âgés ont des branches assez grosses pour supporter des nids de guillemots. (Les guillemots ont déjà niché dans des pruches dans l’État de Washington, et dans des mélèzes à proximité de la mer d’Okhotsk, en Russie.) Dans les régions dépourvues d’arbres de l’Alaska, on a découvert des nids à ciel ouvert dans la toundra et au sommet de talus d’éboulis (pentes couvertes de pierres détachées).


Les arbres pourvus de grosses branches près de leur cime se trouvent généralement dans des forêts adultes à peuplements vieux où l’abattage s’effectue à un rythme accéléré. S’il s’avère que les guillemots de la Colombie-Britannique ne se regroupent pas en colonies et n’ont pas d’autres endroits où nicher, la nécessité de protéger des sites de nidification sera une raison supplémentaire pour conserver davantage des vieilles forêts côtières de la Colombie-Britannique. Toutefois, de nombreuses zones restent encore à explorer, au cas où l’on y découvrirait des nids. Ceux qui ont été repérés sur le sol en Alaska indiquent que les guillemots de cette région ont su s’adapter aux conditions ambiantes. Peut-être en va-t-il de même pour la population canadienne.

Bon nombre de guillemots se nourrissent dans les bras de mer pendant l’automne, mais finalement le mauvais temps et la diminution des réserves de nourriture les contraignent à partir, surtout quand le gel gagne les chenaux les plus au nord et ceux qui s’enfoncent loin dans les terres. Ailleurs, le hareng devient une proie trop grosse pour ces oiseaux, tandis que le lançon s’enfouit dans les fonds marins pour sa période d’hibernation.

Caractéristiques uniques

Le titre d’oiseau le plus mystérieux de la côte Pacifique du Canada revient au Guillemot marbré Brachyramphus marmoratus. Cet oiseau niche sur le continent dans une obscurité quasi totale, quoique les pêcheurs et les plaisanciers du littoral de la Colombie-Britannique l’aperçoivent souvent sur l’eau au printemps et en été (période de nidification). Fait étonnant, même si cette espèce est connue des scientifiques depuis 200 ans, les observateurs de la Colombie-Britannique n’ont découvert en tout et pour tout qu’un seul nid occupé, et c’était en 1990. Cette situation prévaut même dans toute l’aire de répartition du Pacifique Nord (voir la carte). À ce jour, seulement un peu plus d’une douzaine d’autres nids occupés ont été signalés au Japon, en Russie et aux États-Unis.

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Aire de répartition

La répartition du Guillemot marbré

Le Guillemot marbré est établi en Asie, à proximité de la mer d’Okhotsk (entre la Russie et le Japon ), en Alaska et le long de la portion nord-américaine de la côte du Pacifique jusqu’au nord de la Californie. En Amérique du Nord, son aire de répartition habituelle peut s’étendre jusqu’à 70 km de l’eau salée, à l’ouest des montagnes littorales.

Les biologistes estiment qu’il y a entre 40 000 et 50 000 Guillemots marbrés en Colombie-Britannique, mais il leur faudra en savoir bien davantage sur leurs habitudes de nidification avant de pouvoir déterminer l’habitat dont ces oiseaux ont besoin pour nicher. Si l’on ignore toujours où, exactement, se reproduisent la plupart d’entre eux, on sait en revanche qu’ils sont des milliers à passer l’été sur la côte, puisqu’on a vu de nombreux adultes transporter de la nourriture vers l’intérieur des terres et que quatorze oisillons ont été découverts dans la forêt et loin sur le continent. Rien n’indique que le Guillemot marbré niche en colonie, mais on ne saurait écarter cette possibilité.

De nombreux Guillemots marbrés se joignent aux grandes bandes de Guillemots à cou blanc pour hiverner dans les détroits de Georgia et de Juan de Fuca. L’abondance des substances nutritives provenant de l’estuaire du Fraser fait de ces détroits un habitat très riche pour de nombreux organismes. L’emplacement des aires d’hivernage de l’ensemble de la population demeure cependant un mystère.

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Alimentation

Les guillemots passent le plus clair de leur temps à pêcher. Le plus souvent, ils plongent en profondeur et avalent les poissons directement sous l’eau. Parfois, l’un d’eux pousse un plein banc de poissons vers la surface et l’y retient le plus longtemps possible en plongeant à fleur d’eau et en ingurgitant un seul individu à la fois. Les nuées de petits poissons qui s’agitent à la surface attireront d’autres guillemots et des goélands trop heureux de profiter d’une telle manne. 

Les guillemots adaptent leur plongeon en fonction des variétés de poissons. Dans le Sud, ils attaquent les lançons massés dans les petits chenaux et les bras de mer par les courants de marée. Au nord, ils semblent capturer le hareng très facilement au pied des falaises escarpées qui surplombent les bras de mer profonds. Ils se nourrissent également d’anchois du Pacifique. En mai et en juin, le fretin est si abondant que les guillemots peuvent pêcher pratiquement partout et ils passent une grande partie de la journée à lisser leurs plumes et à somnoler. Plus tard, en été, quand l’eau se réchauffe, le poisson se fait plus rare et ils doivent alors concentrer leurs efforts dans les secteurs les plus riches, comme les courants de marée. Lorsque le poisson y est particulièrement abondant, il n’est pas rare de voir s’attrouper plus d’une centaine de guillemots. 

Personne n’a encore calculé jusqu’où le Guillemot marbré peut plonger, mais des espèces apparentées de taille semblable, comme le Starique de Cassin, descendent à plus de 43 m. Les guillemots font surtout de brefs plongeons de moins de 30 secondes. Ils concluent souvent une série en battant vigoureusement des ailes pour regonfler leur plumage et lui rendre son pouvoir isolant. Un bain rapide, ponctué d’éclaboussures, soulignera une pêche fructueuse.

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Reproduction

Le cycle annuel du Guillemot marbré débute en avril, lorsque les tempêtes d’hiver commencent à se calmer. Il n’y a pas de vague migratoire distincte. La population remonte lentement vers le nord à partir des aires d’hivernage et se déplace au même rythme que ses proies favorites, le jeune hareng du Pacifique et le lançon gourdeau, dans les petits chenaux et les baies. Les longs bras de mer qui découpent la côte de la Colombie-Britannique rapprochent également les oiseaux de la forêt, où la plupart semblent nicher.

La nidification commence en mai, au moment où la femelle pond un seul gros œuf. Pendant environ un mois, les deux parents alternent les journées d’incubation. Ils profitent de leurs jours libres pour se gaver de poisson en prévision de leur prochain « quart ». Dès l’éclosion qui a lieu en juin, les parents ne connaissent plus de répit. Toutes les nuits, pendant à peu près un mois, chacun d’eux rapporte de la nourriture au nid, qui peut être situé jusqu’à 70 km de la mer. En sortant après la tombée de la nuit, les parents peuvent éviter les prédateurs, tel le Faucon pèlerin, et empêcher des ennemis, comme les corbeaux, les corneilles et les geais, d’attaquer le nid. Le repas se compose généralement d’un seul poisson mesurant une quinzaine de centimètres, que le guillemot transporte en travers de son bec. Avec un poisson légèrement plus gros, l’oiseau aspire la tête et laisse pendre la queue hors de son bec.

Les juvéniles commencent à apparaître dans les eaux côtières à la fin de juin, mais il faut attendre les derniers jours de juillet pour les y voir en grand nombre. On les reconnaît aisément à leur plumage noir et blanc que les adultes adopteront eux aussi, l’hiver venu. Totalement indépendants de leurs parents dès qu’ils quittent le nid, ils se joignent souvent à d’autres adultes dans les zones où la nourriture est abondante.

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Conservation

On croit que les guillemots adultes vivent jusqu’à 25 ans, car peu de dangers les menacent dans leur milieu naturel. Ils sont parfois attaqués par les Pygargues à tête blanche et les Faucons pèlerins, de même peut-être que par les phoques et les otaries, mais ils ne font pas partie du régime habituel de ces prédateurs.

En revanche, l’activité humaine peut avoir de répercussions sur ce mystérieux oiseau. En 1990, le Guillemot marbré a été ajouté à la liste des espèces « menacées » établie par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). (On dit qu’une espèce est menacée lorsqu’elle risque de disparaître à moins que certaines conditions ne soient radicalement modifiées.) Il est probable que les populations de Guillemots marbrés ont besoin, pour nicher, de vastes et vieilles forêts, dont la plus grande partie est menacée par l’exploitation forestière.

Même de faibles déversements de pétrole risquent d’éliminer une partie importante de la population vivant au Canada, parce qu’elle est assez petite et souvent concentrée, surtout en hiver quand les oiseaux se rassemblent pour profiter des rares sources de nourriture. Heureusement, bon nombre des grandes aires estivales fréquentées par les guillemots sont de petits bras de mer situés à l’écart de la route des pétroliers.

Depuis quelque temps, le nombre de guillemots noyés après s’être pris dans des filets maillants soulève de sérieuses inquiétudes. Dans la baie de Barkley, sur la côte occidentale de l’île de Vancouver, 200 oiseaux ont été tués en une seule saison. Ce chiffre est supérieur à celui des jeunes guillemots nés dans le secteur. Heureusement, la pêche au filet maillant est la seule forme de pêche susceptible de leur nuire et elle est relativement rare dans les grandes aires de nidification situées au fond des bras de mer. Dans la baie de Barkley, la zone qui fait problème est assez restreinte, et on pourrait adopter un règlement pour protéger les guillemots qui la fréquentent. L’importance des pertes attribuables aux filets de pêche doit cependant faire l’objet d’études dans les secteurs à forte concentration de guillemots, près de Bella Bella et au sud des îles de la Reine-Charlotte.

La conservation du Guillemot marbré commence d’abord et avant tout par la protection de ses aires de nidification. Récemment, les observateurs ont tenté de repérer celles-ci en écoutant les appels des guillemots dans les forêts pluviales côtières. Ils ont repéré plusieurs endroits où les oiseaux sont très actifs une heure avant et une heure après le lever du soleil. Certains guillemots décrivaient des cercles très haut dans le ciel, d’autres se posaient dans de grands arbres ou en partaient. C’est ainsi qu’on a découvert, en 1990, le seul nid confirmé sur la côte occidentale de l’île de Vancouver.


Les biologistes ont également l’intention de fixer sur les oiseaux de minuscules émetteurs radio pour repérer avec précision les lieux de nidification. Plus légers qu’une pièce de dix cents, ces émetteurs seront installés au début de la saison de nidification sur les oiseaux capturés en mer, de sorte que les scientifiques pourront suivre leurs déplacements pendant environ six semaines. Comme ils seront fixés aux plumes, les émetteurs tomberont au moment de la mue, à la fin de la période de nidification.

Chaque nouvelle saison apporte des découvertes importantes sur le Guillemot marbré, et notre connaissance de l’espèce augmente rapidement. S’il importe de concentrer les efforts sur la recherche des nids afin de protéger les aires de nidification, les biologistes doivent aussi surveiller attentivement les déversements d’hydrocarbures, la pêche au filet maillant et l’expansion des marinas et des fermes aquicoles. Lorsque le Guillemot marbré aura révélé suffisamment de secrets, il sera plus facile de résoudre les problèmes relatifs à sa conservation.

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Ressources

Ressources en ligne

Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

Service canadien de la faune, Espèces en péril

Ressources imprimées

GODFREY, W. E. Les oiseaux du Canada, éd. rév., Musées nationaux du Canada, réimprimé en 1989, La Prairie (Québec), Éditions Marcel Broquet, en collaboration avec le Musée national des sciences naturelles, 1986.

NATIONAL GEOGRAPHIC SOCIETY. Guide d’identification des oiseaux de l’Amérique du Nord, La Prairie (Québec), Éditions Broquet inc., 1987.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1991. Tous droits réservés.
No de catalogue CW69-4/82F
ISBN 0-662-96710-0
Texte : G.W. Kaiser
Photo : SCF
Dessin : B. Woodbridge