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Le Gros-bec errant

Photo: Rick Dobson

Le Gros-bec errant

Au premier regard

Le Gros-bec errant

Cet oiseau :

  • voit son bec prendre la couleur des bourgeons au printemps
  • peut engloutir des quantités étonnantes de sel brut ou de gravier fin et de terre imprégnés de sel
  • entretient une étroite relation prédateur-proie avec ce fléau des forêts de résineux qu’est la tordeuse des bourgeons de l’épinette
  • peut avaler 96 graines de tournesol en cinq minutes


Description

Le Gros-bec errant (Coccothraustes vespertinus) est un passereau dodu et vigoureux, de la grosseur d’un Merle d’Amérique, mais dont le cou et la queue légèrement fourchue sont beaucoup plus courts. Proéminent et épais, son bec conique est vraiment très gros pour un oiseau de cette taille. Le plumage du mâle adulte est éclatant, avec le dos et le ventre jaune doré, teinte qu’on retrouve dans la raie sourcilière. Les plumes du dessus de la tête et du cou font penser à du velours d’un brun riche et chatoyant. La queue est d’un noir de jais, tout comme les ailes, à l’exception d’une grande tache scapulaire blanc neige. Les juvéniles mâles se distinguent par les taches sombres qui mouchettent cette zone blanche.

La femelle adulte est plus terne. Le corps est d’un gris fumé tirant sur l’argent, avec du jaune sur les flancs, la nuque et le croupion. Le noir de la queue et des ailes, cernées de jaune vif, a des taches blanches clairement marquées. Le ventre est d’un gris un peu plus pâle, tandis que les tectrices sous-caudales et la gorge sont habituellement chamois et blanc argent. Au moment où les jeunes Gros-becs mâles ou femelles sont prêts à prendre leur envol, leur plumage ressemble suffisamment à celui de leurs parents pour qu’on puisse identifier leur sexe.

En hiver, le bec a la couleur de l’os, mais il subit un changement radical dans sa pigmentation dès le début du printemps. Il est alors du même vert que les bourgeons et les jeunes feuilles ou que les aiguilles qui apparaîtront bientôt aux extrémités des branches des épinettes et au milieu desquelles l’oiseau construira son nid quelques semaines plus tard. Le Gros-bec errant se dissimule dans la ramure et ne sort, pour observer les environs, que sa tête et son bec dont la couleur se confond avec le vert des jeunes cônes d’épinette ou de sapin baumier. Nous avons là un bel exemple de mimétisme protecteur.

Signes et sons

Le vol du Gros-bec errant est ondulant. Malgré la rapidité des battements d’ailes, les taches blanches scapulaires demeurent bien visibles. L’oiseau lance souvent des appels en vol.

Le Gros-bec est bruyant et possède un vaste répertoire d’appels et de cris. Son unique chant est un gazouillement saccadé qu’on entend rarement. L’appel le plus typique est un tchîp monosyllabique qui ressemble énormément, quoique amplifié, à celui du Moineau domestique. Chaque individu l’utilise pour affirmer son rang dans la bande pendant le vol. Qu’il soit isolé ou perché dans un arbre avec des congénères, le Gros-bec lance le même cri, apparemment pour avertir de sa présence tous ceux qui sont à portée de voix.

Il emploie aussi un large assortiment de sons pour exprimer la peur, la surprise, la colère, la douleur, l’inquiétude ou la curiosité, ou encore pour lancer un cri d’alarme. On peut entendre la plupart de ces sons en écoutant attentivement pendant quelques minutes une bande de Gros-becs assiégeant une mangeoire.

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Habitat et habitudes

Au début du XIXe siècle, des colonisateurs anglophones ont découvert dans les contreforts alors peu fréquentés des montagnes Rocheuses un superbe oiseau venu mystérieusement de l’Ouest lointain. Ils le nommèrent « Evening Grosbeak » (Gros-bec vespéral), croyant à tort qu’il ne sortait des bois pour chanter qu’après le coucher du soleil. Le nom français de « Gros-bec errant » décrit plus justement cet oiseau.

Le Gros-bec errant préfère comme habitat les forêts denses de conifères, mais il s’est adapté aux forêts décidues aux essences variées.

Caractéristiques uniques

Il est passionnant de voir un Gros-bec choisir une graine de tournesol renflée, la rouler adroitement à plusieurs reprises dans son bec et la retourner complètement pour l’amener contre le bord tranchant de celui-ci, la pointe dirigée vers sa gorge. Il ferme ensuite le bec et cisaille l’écale coriace dans le sens de la longueur. Après quelques mouvements habiles, il recrache cette cosse au goût désagréable et en avale la graine savoureuse.

Le Gros-bec errant peut engloutir des quantités étonnantes de sel brut; il raffole également de gravier fin et de terre imprégnés de sel. Son go?t marqué pour le gravier salé répandu le long des autoroutes peut parfois provoquer des accidents et entraîner la mort de nombreux individus de l’espèce.

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Aire de répartition

La répartition du Gros-bec errant

Bien qu’il existe quatre autres espèces de gros-becs en Europe et en Asie, le Gros-bec errant ne se rencontre qu’en Amérique du Nord. Originaire des contreforts des Rocheuses canadiennes, il a étendu son habitat vers l’est jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador.

Les Gros-becs errants étaient inconnus des Européens jusqu’en 1823. Cependant, après les avoir découverts, on les retrouvait à des endroits de plus en plus vers l’est du pays, surtout pendant l’hiver, jusqu’à ce qu’ils atteignent les environs de Toronto en 1854. Chaque hiver, on pouvait les observer en des points situés toujours plus à l’est, mais ils disparaissaient dès l’arrivée du printemps. Il ne s’agissait toutefois pas d’une migration régulière.

Durant l’hiver de 1889-1890, d’importantes colonies de Gros-becs ont migré vers la Nouvelle-Angleterre. Par la suite, on n’en a vu que très peu ou pas du tout, jusqu’à ce que, vingt ans plus tard, on assiste à une autre migration massive toujours en direction de l’est. Depuis, des populations entières de cette espèce errante apparaissent par intervalles dans l’Est et le Sud-Est du continent. C’est ainsi que, pendant l’hiver de 1960-1961, on a constaté la présence de Gros-becs jusqu’en Alabama et en Géorgie, dans le Sud des États-Unis, et jusqu’à Terre-Neuve-et-Labrador, dans l’Est du Canada. Dans leurs pérégrinations, les variétés occidentales de gros-becs suivent généralement les régions montagneuses depuis l’Ouest canadien jusque dans le Nord du Mexique. L’ampleur de ces invasions annuelles varie d’une année à l’autre, et la densité des populations dans les aires d’hivernage de l’Est semble avoir décliné durant les années 1980.

Les biologistes ont pu suivre les déplacements de quelques-uns de ces oiseaux en fixant une bague d’aluminium numérotée à l’une de leurs pattes. Des Gros-becs errants bagués au Wisconsin et en Caroline du Nord ont été récupérés au Nouveau-Brunswick et au Québec, et vice versa. Les données de baguage ont révélé qu’en automne et au début de l’hiver les migrations du Gros-bec ont tendance à se faire de l’ouest vers l’est et le sud, et en sens inverse au début du printemps. Toutefois, ces déplacements migratoires sont si irréguliers qu’ils semblent presque tenir du caprice. En fait, au lieu d’être de véritables migrations, ils seraient dictés essentiellement par la recherche de nourriture. Qui plus est, la fréquence croissante des mangeoires dans les aires d’hivernage a probablement compliqué davantage les déplacements déjà erratiques de cet oiseau.

Au cours de récentes études sur les grands rassemblements printaniers au Québec et au Nouveau-Brunswick, on a découvert une étroite relation prédateur-proie entre le Gros-bec errant et ce fléau des forêts de résineux qu’est la tordeuse des bourgeons de l’épinette. Les oiseaux se concentraient dans les zones forestières les plus atteintes et ne revenaient pas dans celles où les pulvérisations aériennes avaient exterminé la tordeuse, mais uniquement là où elle avait survécu. L’examen des gésiers (troisième poche de l’estomac) de Gros-becs adultes vivant dans les régions infestées a révélé qu’ils contenaient de grands nombres de larves et de chrysalides de tordeuses (donc au stades immatures et inactifs). On pense que les parents auraient également nourri leurs petits avec ces larves et chrysalides. Le déclin des invasions hivernales de Gros-becs dans les années 1980 pourrait être lié à la répression d’une importante infestation de la tordeuse dans les provinces de l’est du continent.

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Alimentation

Le Gros-bec errant mange surtout les graines des cônes d’épinette, de sapin baumier et de pin, mais il apprécie également les graines et les fruits de nombreux arbres feuillus et arbrisseaux, notamment les samares (ou graines ailées) de l’érable négondo. D’ailleurs, toutes les sortes de graines lui conviennent, y compris celles des mauvaises herbes. Des bandes entières se nourrissent dans les houx verticillés (aulnes blancs), les buissons d’aubépine et les frênes, ainsi que dans les arbres qui conservent des pommes gelées pendant l’hiver. Le Gros-bec mange rarement la chair des fruits. Il extrait à coups de bec les graines de la pulpe, puis fend l’écale coriace de son bec dur pour n’avaler habituellement que la partie interne de celles-ci (cotylédon). 

Comme nous l’avons vu plus haut, le Gros-bec errant est également avide des larves et des chrysalides de la tordeuse des bourgeons de l’épinette. On pense aussi que les parents nourrissent leurs petits de celles-ci. 

Lorsque le Gros-bec visite les mangeoires et les jardins, il fait la joie des amateurs d’oiseaux qui peuvent l’observer à loisir. Son aliment préféré est la graine de tournesol, et un observateur ébahi a même vu un seul individu avaler 96 graines en cinq minutes. Comme les Gros-becs sont souvent nombreux à fréquenter les mangeoires, votre portefeuille risque de s’en trouver considérablement allégé. On peut jeter les graines sur le sol gelé ou sur la neige, mais il est préférable de construire une plate-forme d’alimentation surélevée. Une languette de bois ou une étroite bande de carton clouée autour d’une large planche empêchera les graines d’être dispersées par le vent. 

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Reproduction

Malgré l’intense intérêt pour le Gros-bec errant, on dispose de très peu d’études détaillées sur ses habitudes de nidification. On a repéré des nids à des hauteurs de 6 à 12 m dans des épinettes ou des arbres à feuilles caduques. Fait de brindilles enchevêtrées sans trop de consistance et tapissé d’herbe, de radicelles et de mousse, le nid contient habituellement trois ou quatre œufs de couleur verdâtre et tachetés de brun ou de vert olive.

La principale aire de nidification du Gros-bec errant demeure, apparemment, l’Ouest canadien. Toutefois, cette espèce a tellement essaimé qu’on ne s’étonne pratiquement plus de voir des adultes nourrir leurs petits un peu partout dans la zone méridionale de la forêt boréale.

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Conservation

S’il est vrai que ces oiseaux se nourrissent des bourgeons et des jeunes feuilles de plusieurs essences d’arbres à feuilles caduques, on n’a pas pu prouver que ces arbres en souffrent. Les fruits que les Gros-becs détruisent pour en extraire les graines sont essentiellement des variétés hivernales sauvages et pratiquement sans valeur commerciale. En outre, ce ne sont sûrement pas les fermiers qui vont leur en vouloir de dévorer les graines des mauvaises herbes. Un Gros-bec qui tire son énergie quotidienne des larves de la tordeuse des bourgeons de l’épinette peut en manger un millier par jour. Cette espèce se concentre dans les zones infestées pour couver et élever ses petits, puis déménage dès que l’infestation est réprimée. En raison de son appétit pour ce ravageur, le Gros-bec errant compte parmi les plus utiles de nos oiseaux.

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Ressources

Ressources en ligne

Cornell University Laboratory of Ornithology (en anglais seulement)

Ressources imprimées

DELAUNOIS, A. Les oiseaux de chez nous, 2e éd. rév. et corr., Saint-Lambert (Québec), Les éditions Héritage inc., 1990, p. 216 et 217.

GODFREY, W. E. Les oiseaux du Canada, éd. rév., Musées nationaux du Canada, réimprimé en 1989, La Prairie (Québec), Éditions Marcel Broquet, en collaboration avec le Musée national des sciences naturelles, 1986.


© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1977, 1994. Tous droits réservés.
No de catalogue CW 69-4/28-1994F
ISBN 0-662-99456-6
Texte : G. Hapgood Parks
Révision scientifique : Erica Dunn, 1994
Photo : Studio Corel