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Le Colibri à gorge rubis

Photo: Jacques C. Pelletier

Le Colibri à gorge rubis

Au premier regard

Cet oiseau :

  • défend vigoureusement ses sources de nourriture et les environs contre les intrus
  • effectue une migration spectaculaire au cours de laquelle il survole les 800 km du golfe du Mexique
  • utilise avec adresse de nombreux matériaux pour construire son nid, auquel il donne l’aspect d’un nœud de branche
  • agite les ailes au rythme de 55 à 75 battements à la seconde


Description

Le Colibri à gorge rubis (Archilochus colubris) est l’espèce la plus commune et la plus répandue de la famille des colibris (oiseaux-mouches) au Canada. De l’extrémité de son bec jusqu'au bout de sa queue, il mesure entre 7,5 cm et un peu plus de 9 cm. Puisqu’il a la même taille qu’un gros insecte, on le confond souvent, surtout à la tombée de la nuit, avec des sphinx des papillons dont les dimensions, la forme et la façon de voler sont similaires.

Le mâle a les parties supérieures d’un vert lustré aux reflets métalliques, les parties inférieures d’un blanc grisâtre et la queue fourchue. Il porte à la gorge un splendide jabot de soyeuses plumes rubis, qui, selon l’angle d’éclairage, peuvent paraître parfois orange, parfois noires comme jais. La femelle est semblable, mais sa gorge est blanc grisâtre. Sa queue est arrondie, et certaines plumes extérieures de la queue, qu’elle montre lorsqu’elle adopte certaines postures ou lorsqu’elle vole, sont tachetées de blanc. Le bec du Colibri à gorge rubis est long, droit et presque aussi effilé qu’une aiguille à repriser.

Signes et sons

Le mouvement rapide des ailes produit un bourdonnement distinct, qui augmente et décroît selon la vitesse des battements. Lorsque le rythme est très rapide, le bourdonnement se transforme en une haute note continue, semblable à celle que produisent les flèches ou les balles de fusil qui percent l’air.

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Habitat et habitudes

Au printemps, à son retour de son aire d’hivernage en Amérique centrale, le mâle délimite un territoire où se trouvent plusieurs sources d’alimentation. Comme ces sources sont d’une grande importance, il peut être amené à partager le même secteur avec d’autres mâles et femelles.

Les colibris, tant mâles que femelles, défendent vigoureusement leurs réserves de nourriture et les environs contre les intrus. Ces affrontements mènent à des poursuites vives et persistantes, qui se terminent parfois par des combats. Le petit oiseau se sert de sa vitesse et du bourdonnement de ses ailes pour intimider des intrus. Il recourt à certains types de vol pour manifester son agressivité. Par exemple, l’oiseau part d’un élan rapide et décrit un arc horizontal en U autour de la tête de l’intrus. Ou encore, il se balance de haut en bas comme un pendule. Ces deux types de vol s’accompagnent de notes aiguës, et le bourdonnement des ailes imite celui d’un gros bourdon en colère. Le colibri persiste dans son attaque et continue d’ennuyer l’intrus jusqu’à ce que ce dernier s’enfuie.

Caractéristiques uniques

Le Colibri à gorge rubis forme une classe à part dans la faune ailée par sa petitesse, son adresse au vol et ses migrations. Le trait le plus remarquable du colibri est sa façon de voler. Il se déplace à une vitesse incroyable, change rapidement de direction et disparaît, telle une minuscule flèche verte. Il est le seul oiseau à pouvoir faire du sur-place en battant des ailes. Lorsqu’elles sont en mouvement, ses ailes pointues semblent disparaître. Au moyen de la photographie ultra-rapide, des scientifiques ont pu établir qu’elles atteignent un rythme de 55 à 75 battements à la seconde.

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Aire de répartition

La répartition du Colibri à gorge rubis

Le Canada compte cinq espèces de colibris, mais seul le Colibri à gorge rubis est présent dans les régions de l’Est. Il habite la Nouvelle-Écosse (incluant l’île du Cap-Breton), le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard, le sud du Québec ainsi que l’Ontario jusque dans les environs du lac Nipigon et du lac des Bois, au nord. Vers l’ouest, l’aire de répartition du Colibri à gorge rubis couvre le sud du Manitoba, le centre de la Saskatchewan et le centre et le sud-est de l’Alberta.

Les oiseaux des autres espèces se retrouvent dans l’Ouest. L’espèce la plus commune est le Colibri roux (Selasphorus rufus), qui niche en Colombie-Britannique, vers le nord jusque dans les îles de la Reine-Charlotte, vers le nord-ouest jusqu’à la frontière de l’Alaska et vers l’est jusque dans le sud-ouest de l’Alberta. Ce colibri s’aventure aussi, bien que rarement, jusqu’au sud-ouest du Yukon, au nord, et jusqu’au sud-ouest de la Saskatchewan, à l’est. Le mâle rouge cannelle a une tache vert lustré au sommet de la tête et un jabot écarlate, qui peut parfois paraître noir. La femelle a les parties supérieures vert bronze, des zones brun rougeâtre sur les flancs et la queue et, parfois, une petite marque rouge et verte sur la gorge.

Le Colibri calliope (Stellula calliope) est le plus petit oiseau du Canada. Il niche dans l’intérieur de la Colombie-Britannique et vers l’est jusque dans les montagnes du sud-ouest de l’Alberta. Il lui arrive de s’aventurer, mais rarement, jusque dans le sud-ouest de la Saskatchewan. Le mâle a les parties supérieures d’un vert lustré et un jabot strié, de couleur pourpre. La femelle a le haut du corps vert bronze, des rayures sombres sur la gorge, et les flancs de couleur chamois.

Le Colibri à gorge noire (Archilochus alexandri) niche rarement dans l’intérieur des terres méridionales de la Colombie-Britannique. Il ressemble au Colibri à gorge rubis, sauf que le jabot du mâle est d’un violet foncé changeant au noir.

Calypte anna

Calypte anna
Photo: USFWS/Lee Karney

Le Colibri d’Anna (Calypte anna) est le plus grand des colibris observés au Canada. Le jabot rouge pourpre sur la gorge du mâle se prolonge vers les côtés du cou et vers la couronne de la tête. Le reste du corps est verdâtre. Il niche rarement sur la côte méridionale de la Colombie-Britannique.

Autrefois, les gens ne pouvaient pas croire que cet oiseau, si petit et si fragile, pouvait parcourir des milliers de kilomètres à partir de son aire de reproduction dans le Nord pour se rendre à son aire d’hivernage en Amérique centrale. De là la légende selon laquelle ces oiseaux minuscules voyageaient agrippés à de gros oiseaux comme les Bernaches du Canada.

Nous savons maintenant que les Colibris à gorge rubis descendent vers le sud à l’automne et qu’ils remontent vers le nord au printemps. Des observateurs ont été témoins, particulièrement à l’automne, de vols spectaculaires de ces minuscules oiseaux, passant comme un éclair en grand nombre au-dessus de leur tête à des endroits comme à la pointe Pelée et à Port Stanley en bordure des Grands Lacs. Il a été également établi que les colibris traversaient les 800 km du golfe du Mexique, pour se rendre à leur aire d’hivernage et pour en revenir.

 

Les Colibris à gorge rubis quittent leurs sites de nidification du Nord au cours de la deuxième moitié du mois d’août ou de la première semaine de septembre. Ce sont les mâles qui, les premiers, entreprennent la migration, suivis des femelles et des juvéniles. Ils reviennent dans le même ordre, pendant les deux dernières semaines de mai. Les données de baguage des oiseaux (les oiseaux dont les pattes ont été munies de bandes en aluminium numérotées sont plus faciles à répérer) ont permis d’établir qu’ils retournent exactement au même endroit le printemps suivant.

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Alimentation

Le Colibri à gorge rubis

Les principaux aliments du Colibri à gorge rubis sont les petits insectes et le nectar, ou suc mielleux, des fleurs. Il attrape les insectes au vol, en partant de son perchoir d’observation, ou bien les trouve à l’intérieur ou près des fleurs. Pour laper le nectar, l’oiseau insère profondément sa longue langue extensible et cylindrique dans la corolle des fleurs. Il préfère les fleurs tubulaires, comme les monardes et les ancolies. Lorsqu’il butine sur des fleurs dont la corolle est profonde, comme le Lis tigré, il perce le calice, ou col de la fleur, de son bec et extrait la goutte de nectar par ce raccourci.

Les fleurs aux couleurs vives qui contrastent avec l’arrière-plan attirent particulièrement les colibris. Leur préférence va aux fleurs rouges, puis aux orangées, couleurs qui ressortent toutes deux sur un fond ombragé; ils ne visitent les fleurs vertes que si le feuillage environnant est d’une autre couleur. Tout comme l’abeille, le colibri contribue à la pollinisation croisée : il transporte d’une fleur à l’autre d’une même essence le pollen auquel il s’est frotté.

La sève libérée par les trous percés dans les arbres par les Pics maculés est aussi une importante source de nourriture. C’est pourquoi on voit souvent le Colibri à gorge rubis bourdonner autour d’un pic, espérant se faire conduire à une nouvelle source d’alimentation.

Les colibris sont facilement attirés par les mangeoires qui contiennent une solution composée d’une mesure de sucre et de quatre mesures d’eau, que l’on fait bouillir pour retarder la fermentation et que l’on doit remplacer au moins une fois par semaine.

Mais ils ne réagissent pas tous de la même façon : certains s’habituent immédiatement à la mangeoire, tandis que d’autres associent difficilement l’étrange dispositif à la boisson sucrée. Mais une fois qu’ils ont trouvé la mangeoire, ils y retournent pourvu qu’elle reste suspendue au même endroit. Lorsqu’ils reviennent au printemps, les colibris essaient toujours de retrouver la mangeoire où ils se nourrissaient huit mois auparavant.

Le colibri a aussi besoin de boire de l’eau. Lorsqu’il survole une nappe d’eau, il lui arrive de descendre à la façon d’une hirondelle et de s’y abreuver en touchant la surface de son bec, laissant derrière lui des ronds dans l’eau.

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Reproduction

Un trait caractéristique de la cour du mâle est la fameuse parade aérienne du pendule, qui imite le mouvement d’oscillation fait autour des intrus, mais d’une façon plus élaborée. Le mâle plonge vers la femelle au repos ou en train de se nourrir, la dépasse puis remonte jusqu’à une hauteur de 2 à 3 m dans les airs et refait la même trajectoire en sens inverse. Il répète maintes et maintes fois ce mouvement de balancier, tout en émettant des sons aigus. Chaque fois qu’il s’approche de la femelle lorsqu’il plonge dans sa direction, il accélère et il intensifie le bourdonnement de ses ailes. Puis soudain, la parade cesse, et le couple part en flèche pour recommencer ailleurs le cérémonial.

Après l’accouplement, le mâle se désintéresse complètement de la vie familiale. Il part butiner de fleur en fleur, pour y recueillir du nectar, ou s’installe pendant des heures sur un perchoir bien choisi pour surveiller le passage de petits insectes.

La femelle construit son nid sans aide, habituellement sur une branche d’arbuste ou d’arbre feuillu, entre environ 3 et 10 m du sol. Experte en construction, elle utilise, pour réaliser son petit chef-d’œuvre, des toiles d’araignée et du duvet végétal, comme celui des chatons et des quenouilles. S’aidant de son bec, elle cimente les matériaux entre eux et fixe solidement la structure à la branche avec des fils de soie collants sécrétés par les araignées. Elle ramasse de petits morceaux de lichens et les fixe à la surface extérieure du nid, lui donnant ainsi l’aspect d’un nœud de branche. Elle en moule l’intérieur avec son corps et, avec son bec, jette à l’extérieur tous les morceaux mal assujettis et égalise le tout.

La femelle pond deux œufs blancs de la taille d’un gros pois. Protégée de la pluie et du soleil sous un abri de feuilles vertes où elle a installé son nid, elle couve ses oeufs (les réchauffe) durant de longues séances jusqu’à ce qu’ils éclosent. Ses absences pour s’alimenter sont de courte durée, et ses déplacements en direction ou en provenance du nid se font d’une manière prudente et furtive, suivant des parcours choisis.

L’éclosion se produit entre 11 et 14 jours après la ponte. Pas plus gros que des abeilles, les oisillons naissants sont presque nus. Leurs yeux sont fermés, et leur bec est court. Après le cinquième jour, leurs yeux commencent à s’ouvrir, et leurs plumes, à pousser. Plus tard, les petits seront capables de pousser des pépiements prolongés. La femelle les couve, ou les conserve au chaud, et les nourrit au bec avec des aliments qu’elle régurgite, ou fait revenir, de sa gorge. Elle débarrasse le nid des fientes en les apportant au loin; on a vu une femelle garnir la branche du nid d’une rangée bien droite de ces fientes.

Les oisillons quittent le nid après une période de 14 à 28 jours, mais ils continuent, pendant encore plusieurs jours, d’être nourris par la femelle. Elle leur passe dorénavant les aliments de bec à bec, au cours d’un extraordinaire spectacle de poursuites et de vols sur place, en se penchant au-dessus de la bouche des petits, le temps d’y faire gicler le nectar que contient son bec.

 

Durant cette période, les oisillons ressemblent à la femelle, sauf que la gorge des petits mâles est marquée de rayures sombres et, parfois, de rouge. Au printemps, avant de migrer vers le nord, les adultes et les juvéniles muent complètement (perte des vieilles plumes), ces derniers revêtant leur plumage d’adulte.

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Conservation

En général, les populations de Colibris à gorge rubis au Canada sont bien portantes. Cependant, le mauvais temps, comme les tempêtes et le gel prématuré, constitue parfois une menace non négligeable. Les accidents peuvent également jouer un rôle important, alors que les colibris peuvent se prendre dans les toiles d’araignées ou s’empaler sur des objets pointus. Enfin, des prédateurs peuvent menacer ces oiseaux. Puisqu’ils ressemblent à de gros insectes, les colibris sont vulnérables aux prédateurs comme les rapaces diurnes insectivores. De plus, on a déjà entendu parler d’un poisson ayant attrapé et avalé un colibri volant au-dessus d’un bassin.

Ce que vous pouvez faire
Même si les mangeoires pour colibris attirent ce minuscule oiseau dans notre arrière-cour, elles sont souvent placées trop près des fenêtres. Les colibris étant très agressifs et désireux de protéger ces sources d’aliments, ils pourraient prendre leur reflet dans la fenêtre pour des intrus, et ils passeront à l’attaque et se blesseront. De plus, comme la plupart des oiseaux, ils peuvent considérer les fenêtres comme des ouvertures au travers desquelles ils peuvent s’envoler. Pour protéger les colibris, on recommande de placer les mangeoires à au moins 5 à 10 mètres des fenêtres.

On doit faire preuve de prudence au moment de remplir et d’entretenir les mangeoires pour colibris en s’assurant qu’elles constituent une source d’aliments sains. Évitez le miel qui peut rendre les oiseaux malades, les édulcorants artificiels qui n’ont aucune teneur en éléments nutritifs, ou les colorants artificiels. Nettoyez vos mangeoires au moins une fois par semaine pour éliminer toute accumulation de moisissure ou de bactéries, qui peut s’avérer fatale pour les oiseaux. Pour connaître la façon de nettoyer les mangeoires des colibris, consultez le site Wild About Gardening de la Fédération canadienne de la faune (en anglais seulement).

En guise d’alternative ou de complément à la mangeoire, pourquoi n’aménageriez-vous pas un jardin pour colibris ? Ce minuscule oiseau pourra alors se délecter du nectar de certaines espèces particulières de fleurs (en anglais seulement), ainsi que des insectes qui fréquenteront votre jardin.

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Ressources

Références en ligne

Cornell University Laboratory of Ornithology (en anglais seulement)

Références imprimées

Bent, A.C. 1964. Life Histories of North American Cuckoos, Goatsuckers, Hummingbirds and their Allies. Dover Publications Inc., New York.

DELAUNOIS, A. 1990. Les oiseaux de chez nous, 2e éd. rev. et corr., Saint-Lambert (Québec), Les éditions Héritage inc.

Ehlrich, P.R., D.S. Dubkin et D. Wheye. 1988. The Birder’s Handbook. Simon & Schuster Inc., New York.

Godfrey, W.E. 1989. Les oiseaux du Canada. Réédition. Éditions Marcel Broquet, en collaboration avec le Musée national des sciences naturelles, La Prairie (Québec).

Johnsgard, P.A. 1983. The Hummingbirds of North America. Smithsonian Institution Press, Washington (DC).

Skutch, A.F. 1973. The Life of the Hummingbird. Crown Publishers, New York.

Stokes, D.W. et L.Q. Stokes. 1996. Les colibris : guide complet pour attirer, identifier, et apprécier les colibris. Éditions Broquet, L’Acadie (Québec).

Terres, J.K. (éd.). 1980. The Audubon Society Encyclopedia of North American Birds. Alfred A. Knopf, New York.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1974, 1984, 1994, 2007. Tous droits réservés.
No de catalogue CW69-4/43-1993F
ISBN 0-662-98183-9
Texte : L. de Kiriline Lawrence
Révision : J. Kennedy, 1992. Tobi McIntyre, 2007.
Révision scientifique : Richard Elliot, 2007.

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