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Le Canard colvert

Photo: Brigitte Charbonneau

Le Canard colvert

Au premier regard

Le Canard colvert

Cet oiseau :

  • quitte souvent son étang en se dandinant pour venir manger dans la main des gens dans les parcs
  • doit souvent entreprendre un trajet long et périlleux pour atteindre un plan d’eau peu après être éclos
  • peut recommencer la nidification jusqu’à trois à quatre fois lorsque le nid est détruit
  • est très prisé des chasseurs dans toute son aire de répartition


Description

Canard Colvert sur l'eau

Le superbe Canard colvert (Anas platyrhynchos), aussi appelé Canard malard, est le canard sauvage le mieux connu dans le monde. Il est impossible de ne pas reconnaître le mâle de cette espèce lorsqu’il est recouvert de son plumage nuptial. La tête et le cou, d’un vert chatoyant, sont délimités par un collier blanc sous lequel s’étend le plumage de la poitrine, d’un marron intense. Les parties inférieures et les côtés sont gris pâle.

Le dos et les ailes sont brun grisâtre et celles-ci sont rehaussées d’un miroir (tache carrée de l’aile plus brillante que le reste du plumage) violacé sur l’aile, près du corps. La queue blanchâtre, agrémentée de noir sur ses deux faces, est ornée de deux plumes noires retroussées (voir figure 1) sur la ligne médiane de sa face supérieure, une particularité qui permet de discerner un mâle reproducteur. Il a le bec jaune, et les pattes et les pieds orangés.

Le plumage de la femelle est beaucoup moins coloré. Le dos de celle-ci est tacheté de brun et sa poitrine, fortement rayée, est chamois et brun foncé. On reconnaît le Canard colvert femelle surtout au miroir (tache brillante sur l’aile, près du corps) bordé de blanc, semblable à celui du mâle. Les pattes et les pieds sont orangés, tout comme le bec, lequel est parfois tacheté de noir.

Signes et sons

Le cri de la femelle, un couac puissant, est similaire à celui des canards de ferme. Le mâle, quant à lui, émet un nasillement grave et plus doux.

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Habitat et habitudes

Les Colverts sont parmi les premiers canards à revenir aux sites de nidification au printemps. Dotés d’une grande faculté d’adaptation, ils peuvent nicher près d’un lac, d’un étang, ou d’une rivière, ou même d’une mare en terrain boisé. Ils préfèrent cependant les prairies naturelles parsemées de roselières et de cuvettes, typiques des provinces des Prairies.

On peut voir des Colverts dans les parcs de nombreuses grandes villes où, à demi apprivoisés, ils quittent leur étang en se dandinant pour venir manger dans la main des gens.

Le Colvert est un canard de surface (ou barboteur – voir figure 2) typique. On le voit souvent basculer le corps sans plonger à la recherche de nourriture, la tête dans l’eau et la queue dans les airs. Il peut plonger en cas d’urgence, mais il le fait rarement.

Canards plongeurs et barboteurs

Caractéristiques uniques

Dans toute son aire de répartition, le Canard colvert est très prisé des chasseurs : son vol est rapide, on peut l’attirer facilement au moyen d’appeaux et d’appelants, et sa chair est excellente. Le poids moyen des adultes est de 1,24 kg, et les plus gros mâles peuvent facilement atteindre 1,36 kg. Aucun autre canard n’est autant chassé : au Canada, plus de la moitié de tous les canards abattus sont des Colverts.

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Aire de répartition

La répartition du Canard colvert

On trouve le Colvert partout en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. On a aussi introduit cette espèce à maints endroits ailleurs dans le monde. Au Canada, l’aire de répartition du Colvert s’étend dans l’ensemble du pays. Cependant, ce sont les provinces des Prairies qui en abritent le plus grand nombre. Le Colvert s’est récemment propagé vers l’est, où il est fermement établi le long du fleuve Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. À l’Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador, c’est une espèce rare qui cède la place au Canard noir, étroitement apparenté. On trouve aussi aujourd’hui des Colverts dans certaines zones de la forêt boréale de l’Est du Canada ainsi que sur les basses terres de la baie James et de la baie d’Hudson.

Les Canards colverts sont des oiseaux résistants qui hivernent régulièrement dans le Sud de l’Ontario et de la Colombie-Britannique. Certains demeurent dans le Nord, aussi loin qu’ils peuvent trouver des masses d’eau libres de glace. Des Colverts y passent les mois les plus rigoureux, même en Alaska, et, en Alberta, certains hivernent sur les eaux libres de la rivière Saskatchewan Nord jusqu’à Edmonton.

La grande majorité migre cependant vers le Centre et le Sud des États-Unis, où les lacs et les étangs sont libres de glace toute l’année. Le Colvert vit essentiellement en eau douce, mais certains hivernent dans les baies côtières.

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Reproduction

Vers la fin de mars et le début d’avril, les premiers Colverts sont de retour dans les Prairies, là où ils sont les plus nombreux au Canada. À cette époque de l’année, les lacs et les étangs sont habituellement encore gelés, et les seules eaux libres sont les eaux de fonte qui remplissent les creux des pâturages et des champs. Ordinairement, les premiers arrivés sont des couples déjà formés.

Accompagnée du mâle, la femelle se met à chercher un territoire. Le plus souvent, celui qu’elle choisit se trouve à proximité de son lieu natal. Certaines femelles retournent au même site d’une année à l’autre.

Le site de reproduction peut se trouver près d’un étang, mais il est souvent à une certaine distance de l’eau et peut même en être passablement éloigné. Normalement construit au sol, le nid n’est guère plus qu’une dépression tapissée de fragments d’herbe et de joncs ou d’autres matériaux trouvés aux alentours. Il est habituellement bien abrité par des plantes herbacées de bonnes dimensions ou des symphorines, des églantiers ou d’autres arbrisseaux des prairies. Les œufs, dont la couleur peut varier, d’une femelle à l’autre, d’un vert terne à presque blanc, sont pondus au rythme d’un par jour. La femelle peut pondre jusqu’à 15 œufs, mais le nombre habituel est de 8 à 12.

L’incubation (c.-à-d. le réchauffement des œufs jusqu’à l’éclosion), ne commence qu’une fois tous les œufs pondus, de sorte que les canetons éclosent à peu près en même temps. Durant la période de ponte, et tout particulièrement au début de l’incubation, la femelle perd du duvet de son ventre et l’utilise pour garnir le nid. Lorsqu’elle quitte le nid pour se nourrir, la femelle recouvre les œufs avec ces plumes grises dont la partie centrale est blanche. En plus de garder les œufs au chaud, le duvet les soustrait à la vue des corneilles, des pies et des autres prédateurs capables de repérer facilement les œufs laissés à découvert.

L’incubation, qui dure environ 28 jours, est assurée entièrement par la femelle. Dès leur éclosion, les canetons sont de charmantes petites boules de duvet. Leur dos, d’un brun sombre, est rehaussé de quatre taches jaunes. Leur face et leurs parties inférieures sont jaunes, avec une tache foncée à l’oreille et une ligne brune au niveau de l’œil.

Si le nid est détruit, la femelle recommence la nidification; elle peut s’y reprendre jusqu’à trois ou quatre fois. D’une fois à l’autre, le nombre d’œufs diminue. Le Colvert n’élève cependant qu’une seule nichée par année.


Dès que les canetons sont secs, la femelle les conduit au plan d’eau le plus près. Le trajet peut être long et périlleux. Bien que la femelle construise parfois son nid près d’une cuvette ou d’une mare remplie d’eaux de fonte, une grande partie de cette eau peut s’être évaporée, ne laissant qu’une boue en voie d’assèchement.

La femelle est une excellente mère. Elle s’arrête à maintes reprises pour rassembler et réchauffer ses petits. Si une personne ou un animal constituant une menace se présente, elle attirera habituellement l’intrus loin des petits en battant des ailes et en poussant des cris rauques, comme si elle était blessée. Un humain ne s’y laisserait probablement pas prendre, mais grâce à cette ruse, elle réussit généralement à éloigner les prédateurs de ses canetons.

Une fois à l’eau, la femelle conduit ses petits vers les aires d’alimentation. Les canetons trouvent eux-mêmes leur nourriture, laquelle est au début probablement composée de petits crustacés (c.-à-d. de petits organismes munis d’une carapace), comme les puces d’eau, ainsi que d’insectes et de végétaux minuscules, comme les lenticules mineures.

Peu à peu, les petits perdent leur duvet et se revêtent de plumes véritables. À l’âge d’environ 10 semaines, leur plumage ressemble beaucoup à celui de la femelle. À cet âge, leur mère les a quittés.

Après la saison de reproduction, les Canards colverts muent (c.-à-d. perdent leurs anciennes plumes qui sont remplacées par de nouvelles) et acquièrent leur plumage dit d’éclipse, un plumage « de transition ». Les mâles sont les premiers à subir cette mue.

Les mâles demeurent sur leur territoire pendant environ les 10 premiers jours de l’incubation, après quoi ils quittent leur partenaire. Ils se réunissent alors dans de grands marais où ils perdent leur éclatant plumage nuptial et prennent une apparence assez semblable à celle des femelles. Ils perdent d’un coup leurs plumes de vol et, durant à peu près un mois, ils sont incapables de voler. Ils vivent alors cachés dans les roseaux jusqu’à ce que leurs nouvelles plumes aient poussé.

Après que les femelles ont abandonné leurs petits, elles se rassemblent à leur tour dans les roseaux pour muer. Elles perdent elles aussi la faculté de voler, mais le nouveau plumage résultant de cette mue modifie peu leur apparence. À la fin de l’automne, les jeunes acquièrent le plumage caractéristique de leur sexe; le plumage des mâles peut toutefois ne pas avoir tout son éclat avant la deuxième année.

Vers la fin de l’été, les oiseaux se rassemblent en groupes mixtes de jeunes et d’adultes. Pendant une bonne partie de la journée, ils se tiennent immobiles ou flânent à distance du rivage. Quand le grain devient mûr, ils s’envolent vers les champs pour s’y nourrir. Habituellement, les Colverts effectuent alors leurs déplacements tôt le matin et tard le soir, mais, quand le temps est couvert ou orageux, ils peuvent se déplacer en tout temps durant le jour. Ce sont ces volées qui procurent aux chasseurs les moments les plus palpitants de la saison.

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Conservation

Le Colvert est l’un des canards les plus résistants et les plus adaptables. Néanmoins, la destruction régulière de ses habitats de nidification dans les Prairies, particulièrement dans les hautes terres herbeuses, a fait que, depuis bon nombre d’années, les populations continentales de Colverts diminuent. La sécheresse qui a sévi dans les années 1980 et 1990 a créé des conditions défavorables aux canards des Prairies et a facilité la mise en culture de nombreuses anciennes terres humides qui se sont asséchées.

Dans l’Est du Canada, l’espèce est florissante. Elle y trouve d’abondants sites de nidification dans les fermes abandonnées, les parterres de coupe à blanc et les espaces verts des villes, ce qui l’a aidée à se propager. La prolifération du Colvert, conjuguée au fait qu’il se croise facilement avec le Canard noir, un proche parent, a rendu passablement problématique la conservation des populations de Canards noirs de l’Est.

Devant la chute des populations de Colverts des Prairies et d’autres canards, comme le Canard pilet, observée depuis bon nombre d’années, on a décidé de mettre en œuvre à l’échelle du continent un programme de conservation de la sauvagine et d’autres espèces des terres humides. Le Plan nord-américain de gestion de la sauvagine (PNAGS), signé en 1986, poursuit des objectifs bien précis de gestion des habitats du Colvert, tant dans ses habitats de nidification des Prairies que dans ses couloirs migratoires et ses aires d’hivernage, pour en rétablir les populations. Le Canada, les États-Unis et, depuis peu, le Mexique participent au PNAGS. Le Plan conjoint Habitat des Prairies, l’un des volets du PNAGS, vise à restaurer plus de 1,4 million d’hectares renfermant des habitats de première qualité pour la reproduction du Colvert au Manitoba, en Saskatchewan, et en Alberta. On peut obtenir de plus amples renseignements sur le PNAGS en s’adressant à la Direction de la mise en œuvre du PNAGS, à l’adresse mentionnée ci-dessous pour le Service canadien de la faune.

Le Colvert est l’un des rares canards qui se nourrissent régulièrement de céréales. Il est particulièrement friand d’orge et de blé. De nos jours, comme la plus grande partie des céréales est récoltée au moyen de moissonneuses-batteuses, les canards ne peuvent constituer une nuisance pour les agriculteurs que lorsque le mauvais temps oblige ces derniers à laisser leurs céréales en andains.

De tout temps, les humains se sont nourris des œufs et de la chair du Canard colvert. Il existe aussi depuis longtemps une variété domestique de cet oiseau, lequel est aussi à l’origine de nombreuses autres races de canards domestiques, dont le plumage brillant trahit la descendance. Le Colvert n’est pas seulement utile : ce magnifique oiseau fait aussi la joie de nombreux amateurs de plein air. L’ornithologue amateur connaît peu de spectacles aussi fascinants que celui des Colverts qui, les pattes tendues, cherchent à se poser au printemps sur les premières eaux libres.

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Ressources

Ressources en ligne

Cornell University Laboratory of Ornithology (en anglais seulement)

Ressources imprimées

DELAUNOIS, A. Les oiseaux de chez nous, 2e éd. rev. et corr., Saint-Lambert (Québec), Les Éditions Héritage inc., 1990, p. 38 et 39.

GODFREY, W. E. Les oiseaux du Canada, éd. rév., Musées nationaux du Canada, réimprimé en 1989, La Prairie (Québec), Éditions Marcel Broquet, en collaboration avec le Musée national des sciences naturelles, 1986, p. 102-103.

SAVAGE, C. Ces merveilleux oiseaux du Canada, Montréal (Québec), Éditions La Presse ltée, 1985, p. 48-51.

SURPRENANT, M. Les oiseaux aquatiques du Québec, de l’Ontario et des Maritimes, Guides nature Quintin, Waterloo (Québec), Éditions Michel Quintin, 1993, p. 154-157.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1973, 1980, 1994. Tous droits réservés.
No de catalogue CW69-4/14-1994F
ISBN 0-662-99454-X
Texte : R. Lister
Révision scientifique : R. Bailey, 1994
Photo : G. W. Beyersbergen