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Le Bécasseau semipalmé

Photo: Guy L. Brun

Le Bécasseau semipalmé

Au premier regard

Le Bécasseau semipalmé

Cet oiseau :

  • migre souvent sans s’arrêter jusqu’en Amérique du Sud, ce qui représente une distance de plus de 3 000 km
  • fait preuve d’un synchronisme semblable à celui des bancs de poissons, lorsqu’il vole en groupes,
  • peut doubler de poids en moins de deux semaines au moment de la migration automnale, et peut même avoir de la difficulté à s’envoler
  • n’est jamais nourri par ses parents


Description

Jeune Bécasseau semipalmé

Le Bécasseau semipalmé (Calidris pusilla) doit son nom aux petites palmures à la base de ses doigts antérieurs. D’une longueur d’environ 14 cm et ne pesant que 30 g, il est l’un des plus petits oiseaux de rivage du Canada. Les femelles sont légèrement plus grosses que les mâles, mais ont tous deux un plumage identique brun ou gris plutôt terne. Cette espèce peut être difficile à distinguer de certains autres petits bécasseaux.

Il y a deux mues des plumes de corps par année chez les Bécasseaux semipalmés. La mue d’automne, donnant le plumage hivernal brun grisâtre, commence habituellement sur les aires de reproduction et se termine une fois les bécasseaux arrivés aux aires d’hivernage. La mue qui a lieu sur les aires d’hivernage avant la migration printanière donne le plumage nuptial, légèrement plus éclatant (plus brun). La mue des plumes de vol des adultes se fait graduellement sans qu’ils ne perdent leur capacité de voler et n’a lieu qu’une fois l’an, habituellement à l’aire d’hivernage.

Durant leur premier hiver, certains juvéniles ne remplacent aucune de leurs plumes de vol, encore presque intactes. Cependant, chez d’autres, il y a mue de certaines des primaires les plus distales (plumes du bout des ailes), lesquelles jouent un rôle important dans le vol et s’usent le plus rapidement.

Signes et sons

Le Bécasseau semipalmé émet un tcheurk bref.

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Habitat et habitudes

Le Bécasseau semipalmé est de loin le plus commun des bécasseaux dans le Centre et l’Est du Canada, particulièrement à la fin de l’été. Des groupes de plus de 200 000 Bécasseaux semipalmés ont déjà été observés dans la baie de Fundy durant leur migration automnale. Le synchronisme saisissant avec lequel les nuées de ces oiseaux changent de direction évoque des bancs aériens de poissons.

Caractéristiques uniques

Les scientifiques veulent savoir comment ces petits oiseaux arrivent à effectuer de si longues migrations et comment ils se dirigent entre leurs aires d’hivernage et de reproduction.

Les Bécasseaux semipalmés ne nourrissent pas leurs petits. À la naissance, leurs yeux sont ouverts et leurs pattes atteignent presque la taille de celles des adultes; dès qu’ils sont secs, ils commencent à se déplacer tant bien que mal et à chasser les insectes à coups de bec.

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Aire de répartition

La répartition du Bécasseau semipalmé

La plupart des Bécasseaux semipalmés hivernent dans le Nord de l’Amérique du Sud, principalement au Surinam et en Guinée française. Certains (surtout ceux qui se reproduisent dans l’Ouest de l’Arctique) passent l’hiver sur la côte pacifique de l’Amérique centrale et du Nord-Ouest de l’Amérique du Sud. On en retrouve en moins grand nombre dans les Antilles et quelques-uns s’arrêtent dans le Sud de la Floride.

Les Bécasseaux semipalmés se reproduisent durant l’été dans les régions moyennes de l’Arctique et subarctiques du Canada et de l’Alaska. Ils quittent l’Amérique du Sud durant la première moitié du mois de mai pour se diriger vers le nord. Ils passent par le centre ou suivent la côte Est de l’Amérique du Nord, effectuant seulement de courtes haltes dans des régions comme celles de la baie du Delaware, au New Jersey, des Cheyenne Bottoms, au Kansas, et des lacs Quill, en Saskatchewan. Certains juvéniles ne migrent pas vers le nord au printemps ou attendent leur deuxième année avant d’essayer de s’accoupler. Le remplacement des primaires distales permet cependant à certains oiseaux qui tentent de s’accoupler dès leur première année d’atteindre les aires de reproduction. Au printemps, la côte Est du Canada leur offre peu de nourriture; ce n’est que durant leur migration automnale que cette région devient importante. Leur migration vers le nord est assez brève.

Les bécasseaux dont l’accouplement n’a pas donné de descendance et ceux qui ne se sont pas accouplés commencent à migrer vers le sud au début de juillet et sont suivis rapidement par les femelles adultes, puis par les mâles qui ont laissé leurs petits. C’est vers la fin de juillet et le début d’août qu’on observe la plus grande affluence d’adultes en migration dans les régions peuplées du Canada. La plupart des juvéniles y passent plusieurs semaines plus tard. Certains migrent avec des adultes tardifs, mais il semble qu’ils soient nombreux à être guidés par leur seul instinct vers les aires d’hivernage.

La plupart des Bécasseaux semipalmés de l’Ouest de l’Arctique gagnent le sud par l’intérieur de l’Amérique du Nord en faisant des haltes dans des régions comme celles des lacs Quill, en Saskatchewan, et des Cheyenne Bottoms, au Kansas. Bon nombre de ceux qui nichent dans le Centre ou l’Est de l’Arctique font des pauses dans le sud de la baie James, l’estuaire du Saint-Laurent et la baie de Fundy, au Canada, de même que sur la côte nord-Est des États-Unis. Au lieu de poursuivre leur route le long de la côte Est de l’Amérique du Nord, la plupart volent ensuite au-dessus de l’Atlantique sans s’arrêter jusqu’en Amérique du Sud, ce qui représente une distance de plus de 3 000 km.

Les ressources alimentaires des aires de repos leur permettent d’accumuler les graisses dont ils ont besoin pour leurs longs vols. Ainsi, dans la baie de Fundy, la plus importante aire de repos de l’Est de l’Amérique du Nord, les Bécasseaux semipalmés peuvent doubler leur poids en moins de deux semaines en consommant de petits invertébrés ressemblant à des crevettes, appelés Corophium, qu’ils trouvent en très grande quantité dans la laisse de vase. Certains bécasseaux prennent tellement de poids qu’ils ont de la difficulté à s’envoler.

À leur arrivée aux aires d’hivernage, bon nombre d’entre eux sont très amaigris, les juvéniles n’ayant souvent plus du tout de graisse. De nombreux juvéniles périssent au cours de leur première migration, victimes de prédateurs (comme les Faucons pèlerins), de tempêtes ou d’une insuffisance de réserves énergétiques pour leurs longs vols transocéaniques ininterrompus. Les migrants reconstituent leurs réserves énergétiques en se nourrissant dans les mangroves côtières et autres terres humides de leur aire d’hivernage.

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Alimentation

Le Bécasseau semipalmé se nourrit d’insectes et de petits invertébrés aquatiques ressemblant à des crevettes. 

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Reproduction

Les mâles arrivent habituellement aux aires de reproduction de l’Arctique à la fin de mai, quelques jours avant les femelles. Chaque mâle tente d’obtenir un territoire, souvent le même que celui des années antérieures, et d’attirer une femelle en effectuant une parade aérienne accompagnée de cris perçants. Certains couples s’accouplent trois ou quatre années consécutives, mais le mâle et la femelle ne semblent pas passer les mois d’hiver ensemble. Les « cas de divorce », où les deux membres du couple reviennent dans le Nord et s’accouplent avec des partenaires différents, ne sont pas fréquents. Comme la plupart des autres petits bécasseaux du Canada, les Bécasseaux semipalmés sont monogames, chacun n’ayant qu’un seul partenaire par période de reproduction.

Une fois le couple formé sur le site de nidification, le mâle creuse de petites dépressions dans le sol. La femelle en choisit une pour y déposer ses œufs après s’être suffisamment alimentée pour les produire. La plupart des femelles pondent durant la dernière moitié de juin; très peu de femelles attendent jusqu’au début de juillet.

Les femelles pondent presque toujours quatre œufs, habituellement au rythme d’un par jour (voir la figure 1). Ce sont de très gros œufs qui, ensemble, pèsent presque autant que la femelle. Ils sont « piriformes » (petit bout assez effilé) et s’ajustent intimement les uns aux autres dans le nid, ce qui les aide à garder leur chaleur plus longtemps dans le rude climat arctique. Leurs taches et mouchetures brun foncé et olive se détachant sur un fond vert pâle ou brun les rendent difficiles à repérer.

Quand tous les œufs de la couvée sont pondus, la femelle et le mâle se partagent également l’incubation, qui dure environ 19 jours. Les prédateurs, comme les goélands, les éperviers, les buses et les renards, détruisent de nombreux œufs. Les Bécasseaux semipalmés, trop petits et incapables de rivaliser avec les prédateurs, recourent à diverses ruses pour les attirer loin du nid. La destruction des œufs par les prédateurs est plus importante dans les années où les souris et les campagnols sont rares (soit tous les trois ou quatre ans dans l’Arctique), car les prédateurs se nourrissant normalement de petits rongeurs se rabattent alors sur d’autres sources alimentaires, comme les œufs et les oisillons des oiseaux de rivage.

Le climat peut aussi nuire à la reproduction des Bécasseaux semipalmés. Si des niveaux d’eau trop élevés ou des températures extrêmement basses les privent des invertébrés dont ils se nourrissent (pour la plupart des insectes et des petites créatures semblables aux crevettes), les bécasseaux en période d’incubation peuvent se trouver forcés de quitter leur nid pour assurer leur survie. De plus, certaines années, bon nombre de femelles ne peuvent pondre, probablement par manque de nourriture.

Comme l’incubation ne commence qu’une fois la couvée complète, l’éclosion des quatre jeunes s’étend habituellement sur moins de 24 heures. À la naissance, les oisillons sont très autonomes. Leurs yeux sont ouverts et leurs pattes atteignent presque la taille de celles des adultes. Dès qu’ils sont secs, ils commencent à se déplacer tant bien que mal et à chasser les insectes à coups de bec. Leurs parents ne les nourrissent pas, mais les couvent périodiquement pour les réchauffer durant leur première semaine. Ils commencent leur apprentissage du vol à l’âge d’environ 14 jours et volent assez bien vers l’âge de 18 jours.

La femelle abandonne ses petits aux soins du mâle dans les dix jours suivant l’éclosion. Plus les œufs éclosent tard, plus la femelle quitte tôt le nid. On pense que cela accroîtrait la survie des femelles, lesquelles subiraient peut-être les effets du stress lié à la ponte pendant un certain temps. Les mâles quittent habituellement les petits à peu près au moment où ceux-ci acquièrent leurs plumes de vol ou prennent leur premier envol.

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Conservation

Bon nombre de populations d’oiseaux de rivage sont particulièrement sensibles aux activités humaines étant donné que ces oiseaux se rassemblent en grand nombre dans seulement quelques endroits le long de leurs voies de migration et dans leurs aires d’hivernage. À la fin du XIXe siècle, alors qu’aucune loi ne protégeait les oiseaux de rivage contre les chasseurs, les Bécasseaux semipalmés étaient chassés pour leur chair, qui était prisée. Leur attrait était moindre que celui des plus gros oiseaux de rivage, mais un coup de fusil suffisait à en tuer quelques douzaines. Après la signature en 1916 par le Canada et les États-Unis de la Convention concernant les oiseaux migrateurs, qui vise leur protection, les populations de Bécasseaux semipalmés et d’autres oiseaux de rivage se sont accrues.

Malheureusement, l’empiétement croissant des activités humaines, sur les terres humides intérieures et côtières utilisées par les Bécasseaux semipalmés durant leur migration, constitue une nouvelle menace. Bien que ces milieux soient parmi les plus productifs au monde, car ils offrent des conditions très favorables à la vie sauvage et renferment des ressources naturelles et économiques précieuses pour les populations humaines, plus du tiers des terres humides que renfermaient les États-Unis et le Sud du Canada il y a 300 ans a été détruit. De plus, ce qui en reste continue d’être menacé par la pollution et diverses activités humaines : construction, commerce, agriculture, projets de centrales électriques, activités récréatives.

Pour assurer la conservation du Bécasseau semipalmé, les haltes qui jalonnent ses voies de migration et qui sont toutes essentielles à sa survie, doivent être préservées. La coopération internationale est donc primordiale à cet égard.

C’est dans cette optique qu’a été créé le Réseau de réserves pour les oiseaux de rivage dans l’hémisphère occidental, dont l’objectif est de préserver des régions d’importance critique pour les oiseaux de rivage dans les trois Amériques. Les régions désignées comme les plus importantes (sites prioritaires) par les responsables du Réseau reçoivent chaque année plus de 500 000 oiseaux de rivage, ou plus de 30 p. 100 des migrants d’une espèce. Plusieurs sites de toute première importance pour le Bécasseau semipalmé ont déjà été désignés comme prioritaires : la pointe Mary’s, au Nouveau-Brunswick, et le bassin Minas, en Nouvelle-Écosse (haltes d’automne dans la baie de Fundy); le Surinam (aire d’hivernage); la baie du Delaware (halte de printemps); et les Cheyenne Bottoms (halte d’automne et de printemps). Le Service canadien de la faune et d’autres organismes mènent actuellement des recherches visant le repérage et la protection de nouveaux sites clés pour assurer la préservation du Bécasseau semipalmé et d’autres espèces d’oiseaux de rivage.


La plupart des connaissances sur le cycle vital des Bécasseaux semipalmés proviennent du baguage, une opération qui consiste à fixer un anneau en aluminium numéroté à une patte de l’oiseau. L’information obtenue par cette méthode permettent de déterminer, par exemple, les voies de migration, le pourcentage de ceux qui retournent aux mêmes aires de reproduction, le pourcentage de ceux qui s’accouplent plus d’une fois avec le même partenaire, les différences de comportement entre les sexes et le nombre d’oiseaux utilisant une aire de repos donnée au cours d’une année.

Les oiseaux, capturés au filet japonais, au filet à projectiles entraîneurs ou rabattu avec de longues cordes, ou dans des pièges au sol, sont marqués avec des bagues de métal numérotées, des bagues de couleur, des « fanions » (bagues de plastique qui s’écartent légèrement de la patte) ou des colorants. Les bagues de couleur et les colorants indiquent l’endroit où les oiseaux ont été bagués, et permettent même parfois de reconnaître les individus sans devoir les capturer de nouveau. Étant donné qu’il y a beaucoup plus d’observateurs d’oiseaux que de bagueurs, ce type de marques peut fournir beaucoup plus d’information que les seules bagues métalliques.

Le Service canadien de la faune a mené de nombreux projets fructueux de baguage d’oiseaux de rivage. Certains des projets les plus importants (du point de vue du nombre de Bécasseaux semipalmés capturés) ont été effectués auprès de migrants, notamment à la pointe North, dans le sud de la baie James, au cap Dorchester, dans la baie de Fundy au Nouveau-Brunswick, et aux lacs Quill, en Saskatchewan. Les études par baguage menées par les chercheurs au Canada et ailleurs fournissent l’information nécessaire à la protection de ces oiseaux et de leurs habitats.

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Ressources

Ressources en ligne

Cornell University Laboratory of Ornithology (en anglais seulement)

Ressources imprimées

GODFREY, W. E. Les oiseaux du Canada, éd. rév., Musées nationaux du Canada, réimprimé en 1989, La Prairie (Québec), Éditions Marcel Broquet, en collaboration avec le Musée national des sciences naturelles, 1986.

NATIONAL GEOGRAPHIC SOCIETY. Guide d’identification des oiseaux de l’Amérique du Nord, La Prairie (Québec), Éd. Broquet inc., 1987.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre d’Environnement Canada, 1991. Tous droits réservés.
No de catalogue CW69-4/84F
ISBN 0-662-97094-2
Texte : C.L. Gratto-Trevor
Photo : Robert McCaw