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La Gélinotte huppée

Photo: Dave Hughes

La Gélinotte huppée

Au premier regard

La Gélinotte huppée

Cet oiseau :

  • peut voler sur place et pivoter en plein air pour pénétrer les broussailles denses
  • attire les femelles et tente d’éloigner les autres mâles en émettant un tambourinement avec ses ailes
  • n’émigre pas et passe toute sa vie dans un territoire de quelques hectares 
  • parvient à marcher sur de la neige molle grâce au fait qu’elle puisse écarter ses doigts de patte


Description

Le nom scientifique de la Gélinotte huppée est Bonasa umbellus. En latin, Bonasa signifie « bon lorsque rôti », et umbellus veut dire « ombrelle ». Ce dernier terme rappelle le collier de plumes foncées et particulièrement voyantes du mâle. Lorsqu’il fait la cour à la femelle, le mâle relève ces plumes autour et au-dessus de sa tête pour former une sorte de parapluie. En agitant sa tête et ses plumes, en déployant sa queue et en se pavanant, le mâle révèle sa présence à la femelle et encourage ses avances.

La Gélinotte huppée mâle a à peu près la taille d’une poule naine et pèse environ 500 g. Les femelles sont plus petites. À la différence de la poule, l’oiseau a une queue large et plate, qu’il tient habituellement baissée, mais qu’il peut relever et déployer en éventail.

La couleur de son plumage tacheté et rayé varie du gris pâle à une riche teinte acajou, en passant par un roux sombre. Dans l’Est, la plupart des Gélinottes huppées sont de couleur grise, les autres étant rousses. Les formes grises se trouvent surtout dans le centre du continent, tandis que les Gélinottes de la côte Ouest sont presque toutes rousses.

Les couleurs de la Gélinotte huppée varient selon son habitat : la Gélinotte foncée vit dans les forêts sombres comme l’on retrouve sur la côte; la grise, dans les buissons plus clairsemés. Ce mimétisme l’aide à se protéger contre ses prédateurs.

À distance, le mâle est difficile à différencier de la femelle. Il est cependant plus gros qu’elle, sa collerette est plus imposante et sa queue, plus longue; en outre, la large bande foncée de sa queue est habituellement continue.

On appelle communément la Gélinotte « perdrix », ce qui entraîne quelque confusion avec la Perdrix grise (appelée également Perdrix européenne ou Perdrix de Hongrie), qui a été introduite au Canada. La Gélinotte n’est qu’une lointaine parente de cette vraie perdrix qui fréquente les lieux découverts plutôt que les terrains boisés.

Signes et sons

Au printemps, le mâle émet un son poute poute poute poute prrrr semblable au vrombissement lointain d’un bateau à moteur. Les Autochtones l’appelaient « l’oiseau charpentier » parce qu’ils croyaient qu’il tambourinait en frappant ses ailes contre une bűche. En fait, le son provient de la friction de l’air et des ailes qui forment une coupe et battent rapidement. Il semble que ce manège serve à avertir les autres mâles de se tenir loin et à attirer les femelles lorsqu’elles sont prêtes à s’accoupler. Des coups de poing frappés sur le sol pourraient inciter le mâle à tambouriner.

La fiente de la Gélinotte huppée se présente sous la forme de longs bâtonnets cylindriques de l’épaisseur d’un crayon. Les sites de tambourinage des mâles se reconnaissent facilement à l’abondance d’excréments qui les recouvrent. Des matières fécales et des plumes marquent le chemin suivi par la Gélinotte huppée, les endroits où elle s’est arrêtée pour se reposer ou se cacher. Là où l’on trouve du sable et du bois en décomposition, on voit souvent des pistes et des dépressions indiquant qu’elle est passée par-là ou qu’elle a pris un bain de poussière. En hiver, sa présence se révèle par les traces et les abris de repos creusés dans la neige ainsi que par les petits morceaux arrachés aux arbres.

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Habitat et habitudes

La Gélinotte huppée se rencontre dans presque toute l’étendue du Canada. C’est un oiseau qui n’émigre pas et, une fois établi à un endroit, il passe toute sa vie dans un territoire de quelques hectares. On peut facilement le reconnaître à sa taille, à son riche coloris et à son envol bruyant.

On trouve cet oiseau partout où il existe quelques massifs de feuillus, surtout de peupliers faux-trembles, de bouleaux, d’ostryers de Virginie et de saules, dont les chatons et les bourgeons constituent, en hiver, sa principale nourriture. Les arbres feuillus, qui fournissent nourriture et abri à la Gélinotte huppée, sont souvent des semis des premiers stades de la régénération forestière après une coupe ou un incendie. Il est probable que notre continent compte, à l’heure actuelle, un plus grand nombre de Gélinottes huppées qu’à l’époque antérieure à la découverte de l’Amérique, car bon nombre de nos forêts de conifères, coupées ou incendiées, ont fait place à des forêts de trembles et à d’autres arbres préférés des Gélinottes. Dans de nombreuses régions, cet accroissement du nombre de Gélinottes huppées s’est fait au détriment des populations de Tétras du Canada, un oiseau qui préfère les conifères.

La Gélinotte huppée est bien adaptée à la vie dans les forêts et les massifs de feuillus. La conformation de son bec, de ses pattes, de ses ailes et de son appareil digestif lui permet de se nourrir en broutant des bourgeons, des feuilles et des brindilles. La Gélinotte huppée peut grimper aisément sur les branches fines et le long de tiges souples. Comme l’oiseau excelle dans les vols brefs, rapides et sinueux, il peut voler sur place et pivoter en plein air, ce qui lui facilite grandement la pénétration des broussailles denses. C’est tout de même essentiellement un oiseau terrestre.

Pour la Gélinotte huppée, un bon hiver offre une abondante couche de neige molle et persistante. S’il y a insuffisance de neige ou une cro?te dure, ou encore de longues périodes de froid et de temps venteux, la Gélinotte ne trouvera pas de protection suffisante; elle doit chercher refuge dans d’épais massifs de conifères. Dans de telles conditions les Gélinottes perdent du poids et bon nombre deviennent victimes des éperviers, des buses, des busards et d’autres prédateurs. D’autres peuvent mourir de faim ou de froid.

Mâles et femelles vivent séparément. Le mâle établit son autorité auprès de ses congénères mâles par son tambourinage et les combats qu’il livre. Il passe toute sa vie dans le même territoire, dont il tient à l’écart tous les autres mâles, et il fait la cour aux femelles qui se trouvent dans des secteurs où des mâles sont établis. Le mâle se livre au tambourinage en se tenant debout sur une éminence, habituellement un tronc d’arbre abattu couvert de mousse, à l’orée d’une clairière. À proximité de son poste de séduction, le mâle trouve toutes les autres nécessités de la vie, notamment des aires de repos, un abri contre les intempéries et les prédateurs, de la nourriture et des endroits où s’ébrouer dans la poussière.

Dispersées dans toute l’étendue des forêts, les femelles vivent solitaires, comme les mâles, mais elles ne paradent pas; par ailleurs, elles se déplacent dans un territoire plus vaste. En fixant des émetteurs radiophoniques au dos de certaines femelles, des biologistes de la faune ont découvert que celles-ci empruntent des voies qui s’entrecroisent et peuvent traverser les territoires de plusieurs mâles.

Caractéristiques uniques

La Gélinotte huppée est spécialement adaptée aux rigueurs de l’hiver. Lorsque la neige est épaisse, molle et persistante, la Gélinotte en parcourt la surface grâce à ses « raquettes », sorte de prolongement latéral des écailles de ses doigts de patte. Elle s’enfouit aussi dans la neige, ce qui la protège du froid et des prédateurs.

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Aire de répartition

La répartition de la Gélinotte huppée

La Gélinotte huppée occupe les forêts de feuillus de tout le Canada, de l’Est à l’Ouest, et de l’Alaska jusque dans le Nord de la Géorgie.

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Alimentation

La Gélinotte huppée se nourrit de bourgeons, de feuilles et de brindilles. En hiver, les chatons et les bourgeons du peuplier faux-tremble, du bouleau, de l’ostryer de Virginie et du saule constituent sa principale nourriture. Au début, les petits consomment une grande quantité d’insectes, mais sont aussi friands de plantes succulentes. À compter du mois d’août, leur régime alimentaire se compose de diverses fleurs, feuilles tendres, baies et graines. Ils aiment particulièrement le trèfle.

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Reproduction

Au printemps, c’est l’accouplement. La femelle doit trouver la nourriture dont elle a besoin pour produire des oeufs sains qui donneront des petits en santé. Au temps de la pariade, la femelle est attirée par le tambourinage d’un mâle quelconque, qui s’accouple avec la première femelle qui se présente.

Après l’accouplement, la femelle choisit l’emplacement de son nid, qui peut se trouver à quelque distance du territoire de son compagnon et parfois même dans le territoire d’un autre mâle. Elle fait toujours son nid au sol, habituellement à la base d’un arbre, d’une souche ou d’un rocher, à proximité d’une clairière et dans une forêt qui lui assure un abri.

Le nid est très simple. Il s’agit d’un bol peu profond creusé dans le sol et tapissé de matériaux disponibles, ainsi que de plumes provenant de la femelle. La Gélinotte huppée pond de 7 à 12 oeufs qu’elle couve ou tient au chaud 23 ou 24 jours, soit jusqu’à l’éclosion qui survient habituellement au début de juin. La femelle ne pond qu’une fois par année, sauf si la couvée, ou ensemble des oeufs pondus, est détruite au début de la période d’incubation.

Une fois découverts, les oeufs de la Gélinotte huppée constituent une proie facile pour un certain nombre d’oiseaux et de mammifères, qui les dévorent ou s’en servent comme jouets. À l’approche d’un ennemi, la femelle couveuse reste immobile dans son nid presque jusqu’au tout dernier moment. Elle quitte habituellement son nid en quête de nourriture à l’aube et à la tombée de la nuit, alors que ses oeufs mal dissimulés sont difficiles à voir. Un tel comportement et le camouflage de son plumage sont des moyens de protection des plus efficaces, si bien que très peu de nids sont détruits.

La femelle délaisse le nid avec ses petits, moins d’un jour après l’éclosion. La famille parcourt parfois une longue distance avant de s’installer dans une aire assez petite qui puisse fournir à tous gîte et nourriture.

Pour protéger ses petits, surtout avant qu’ils ne sachent voler, la mère a recours à divers subterfuges dont ils sont complices. Par exemple, elle détourne l’attention de l’intrus en sifflant, en gloussant et en traînant une aile comme si elle était brisée. Elle semble alors une proie facile, mais si l’on essaie de l’attraper, elle s’envole en trombe. Pendant ce temps, les petits, complices de la manoeuvre, restent immobiles sur le couvert végétal.

Pendant tout l’été, les oisillons se développent rapidement, en taille, en poids et en plumage. Au début, ils consomment une grande quantité d’insectes, mais sont aussi friands des plantes succulentes. À compter du mois d’août, leur régime alimentaire se compose de diverses fleurs, feuilles tendres, baies et graines. Les petits de la Gélinotte aiment particulièrement le trèfle qui pousse le long des chemins forestiers. Bon nombre d’entre eux y sont tués par des chasseurs ou dévorés par des éperviers, des buses ou des busards.

La mortalité en bas âge serait très élevée chez les petits de la Gélinotte. Une semaine ou deux après l’éclosion, la moitié des femelles perdent tous leurs petits tandis que les autres nichées peuvent être réduites de moitié. D’après certaines études, la mortalité en bas âge tiendrait en grande partie à la qualité des oeufs, qui elle-même est liée au régime alimentaire des femelles en hiver et au début du printemps alors qu’elles se font des réserves nutritives pour leurs futurs petits.

Parmi les autres causes de mortalité chez les jeunes Gélinottes, mentionnons les accidents, les prédateurs comme le renard, l’Autour des palombes et le Grand-duc d’Amérique, ainsi que les maladies, notamment celle qui est transmise par le Dispharynx, un ascaride nuisible qui s’attaque à la Gélinotte par l’intermédiaire des cloportes qu’elle ingurgite. Il est très rare qu’une de ces maladies se rencontre chez l’homme.

Dès le mois de juin, les oiseaux adultes muent, c.-à-d. qu’ils perdent leurs plumes petit à petit, celles-ci étant toutes remplacées avec le temps. Il n’est pas rare de voir des Gélinottes, vers la fin du mois de juin sans queue. Le duvet originel de l’oisillon fait place au plumage juvénile ébouriffé, puis ce dernier est remplacé à son tour, vers l’âge de 16 ou de 17 semaines, par le plumage immature, qui ressemble de façon générale au plumage des oiseaux adultes.

En automne, lorsque les petits de la Gélinotte ont presque atteint l’âge adulte, leur vie connaît une autre période d’activité assez marquée. Les mâles recommencent à tambouriner, et les petits se dispersent dans toute la forêt, à la recherche d’un endroit où vivre leur propre vie. Certains s’établissent sur le territoire d’oiseaux qui sont morts.

Les oiseaux établis sont en sécurité, car ils disposent d’un lieu qui leur assure de la nourriture ainsi qu’un refuge contre les intempéries et les prédateurs. Les Gélinottes non fixées, qui sont habituellement de jeunes oiseaux, sont contraintes à s’établir dans des endroits où la nourriture et les abris sont insuffisants, et leur taux de mortalité est donc supérieur à celui des oiseaux établis. L’hiver, les plantes à feuilles caduques sont à peu près toutes dénudées, ce qui rend les oiseaux plus vulnérables aux prédateurs et les astreint à un régime alimentaire composé surtout de bourgeons et de brindilles.

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Conservation

Dans certaines régions, les populations de Gélinottes huppées sont clairsemées, tandis qu’ailleurs, elles sont denses. Il semble que les populations denses et relativement stables de Gélinottes se trouvent généralement dans les forêts au sol riche. Peut-être y trouvent-elles une nourriture de qualité supérieure et de meilleurs abris.

La lutte contre les prédateurs et les maladies ne nous offre pas grand espoir d’accroître le nombre de Gélinottes. L’activité des chasseurs a peu d’influence sur le nombre de ces oiseaux. En effet, le gros de cette activité est dirigé envers de jeunes oiseaux errant en bordure des routes et dans des clairières, et dont bon nombre sont destinés à périr de toute façon. Les Gélinottes plus âgées qui, elles, sont établies, se trouvent plus loin dans la forêt, là où les chasseurs ont moins de succès.

Hôte attrayant de nos forêts et oiseau considéré comme gibier des plus recherchés, la Gélinotte huppée contribue pour beaucoup au charme du plein air. La collaboration entre les responsables de la faune et de l’aménagement des forêts représente le meilleur moyen de s’assurer que ces oiseaux intéressants demeurent abondants dans nos forêts.

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Ressources

Ressources en ligne

Laboratoire d’ornithologie de la Cornell University (en anglais seulement)

Ressources imprimées

BEAUCHER, S. « La déesse des bois » dans Forêt Conservation, magazine de l’AFQ et des Clubs 4-H du Québec, Sillery (Québec), 1992, p. 100 et 101.

DUHAMEL, A., et L. GAUDREAU. « La gélinotte huppée, cette poule des bois », dans Forêt Conservation, magazine de l’AFQ et des Clubs 4-H du Québec, Sillery (Québec), 1983, 50(5):24–27.

GODFREY, W. E. Les oiseaux du Canada, éd. rév., Musées nationaux du Canada, réimprimé en 1989, La Prairie (Québec), Éditions Marcel Broquet, en collaboration avec le Musée national des sciences naturelles, 1986, p. 178 et 179.

SAVAGE, C. Ces merveilleux oiseaux du Canada, Montréal, Éditions La Presse, 1985, p. 74–77.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1988, 1994. Tous droits réservés.
No de catalogue CW69-4/15-1994F
ISBN 0-662-99453-1
Révisé par Dan Desecker, en 1994
Photo : Robert McCaw