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Le porc-épic

Photo: Brian J. Klein

Porc-épic

Au premier regard

Le porc-épic

Cet animal :

  • porterait plus de 30 000 piquants 
  • menace ses ennemis en fouettant l’air de sa queue; des piquants déjà ébranlés peuvent s’en détacher et laisser l’impression qu’il les a lancés 
  • mâche le bois, le cuir, les ossements d’animaux morts et les bois des cervidés tombés à l’automne; indiquant peut-être ainsi non seulement un appétit dévorant pour le sel, mais aussi un besoin d’aiguiser ses dents à croissance continue 
  • mène une existence solitaire pendant la majeure partie de l’année


Description

Le porc-épic (Erethizon dorsatum) est un des mammifères canadiens les plus connus, dans la vie comme dans la légende. Sa célébrité vient surtout de son armure de piquants qui tient la plupart de ses ennemis à distance.

Lorsqu’il se tient en boule tout en haut d’un arbre, on pourrait prendre le porc-épic pour un nid d’écureuil ou de corneille, mais, près du sol, il se reconnaît aisément. Il a une petite tête, un museau aplati et de petits yeux. Les oreilles sont petites et rondes, presque entièrement cachées par les poils qui couvrent aussi les piquants. Les épaules sont voûtées et font paraître le dos arrondi. Les pattes courtes sont arquées, et l’animal se tient comme un ours, toute la plante du pied posée fermement sur le sol. Les griffes sont longues et recourbées. Le premier doigt des pattes arrière est remplacé par une large pelote digitale mobile qui donne à l’animal une meilleure prise sur les branches lorsqu’il grimpe. La queue musclée est épaisse, courte et à bout arrondi.

Le pelage du porc-épic se compose d’un duvet brun, doux et laineux, ainsi que de poils de garde longs et rugueux. À leur base, les poils de garde sont bruns pour ensuite devenir plus sombres vers la pointe, qui peut être blanche chez les populations de l’Est, et jaune chez celles de l’Ouest. Ces poils cachent les piquants jusqu’à ce que le porc-épic se sente menacé. Les piquants les plus longs se trouvent sur le dos et la queue; une fois hérissés, ils poussent les poils de garde en saillie et forment ainsi une crête. Les piquants du devant de la tête ont environ 1,2 cm de longueur tandis que ceux du dos peuvent atteindre 12,5 cm. Il n’y a pas de piquants sur le museau, sur les pattes ni sur le dessous du corps.

Piquants de porc-épic

Chaque piquant est creux et incrusté dans la peau, o? il est fixé à un petit muscle qui le fait se dresser dans la fourrure lorsque l’animal, alarmé, se hérisse. À environ 0,6 cm de son extrémité, le piquant s’amincit graduellement pour former une fine pointe couverte de plusieurs douzaines de petits aiguillons noirs. Ces derniers, à peine rugueux au toucher, gonflent à l’humidité, par exemple quand ils sont enfoncés dans la chair d’un assaillant, et ils y font pénétrer davantage le piquant. La pointe est noire, à traits jaunes ou blancs.

On pense que le porc-épic a plus de 30 000 piquants; la perte de plusieurs centaines d’entre eux, qui peut survenir en un seul combat, ne le désarme donc pas pour autant. Au fur et à mesure de ces pertes, de nouveaux piquants prennent la relève; ils sont blancs et acérés, mais fermement ancrés dans la peau jusqu’à complète maturité.

Chez les rongeurs du Canada, le porc-épic se classe deuxième pour sa taille, tout de suite après le castor. Les mâles adultes atteignent un poids moyen de 5,5 kg après 6 ans et les femelles, un poids de 4,5 kg. La longueur totale va en moyenne de 68 cm à 100 cm et la hauteur à l’épaule est de quelque 30 cm.

Signes et sons

Le porc-épic n’est pas toujours facile à voir lorsqu’il est dans sa tanière ou dans un arbre, mais ses habitudes alimentaires, sa mastication bruyante, des brindilles coupées et des morceaux d’écorce arrachés peuvent trahir sa présence. Autour des arbres dont il mange l’écorce et, surtout, à l’extérieur des abris d’hiver, on trouve des excréments. L’hiver, ces derniers sont raboteux et de forme irrégulière; l’été, ils ont tendance à être mous et arrondis, passant du brun verdâtre au brun foncé avec le temps.

L’hiver, les pistes se reconnaissent à la forte empreinte de toute la plante du pied posée lourdement sur le sol, aux marques des longues griffes et parfois à celles de la queue qui a traîné. Par ailleurs, dans une neige épaisse et molle, la piste du porc-épic ressemble à un caniveau.

L’automne et dans une moindre mesure à d’autres moments de l’année, on peut appeler le porc-épic en poussant à plusieurs reprises un petit gémissement bas de chiot, en montant et en descendant la gamme.

Au moment des confrontations, le porc-épic claque des dents; à cela près, il n’est guère communicatif. Il arrive que la femelle frotte son petit du nez en émettant de faibles grognements et gémissements. Ce n’est que pendant la saison de reproduction que les porcs-épics deviennent bruyants et se créent un répertoire de gémissements, de hurlements, de grognements et de glapissements.

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Habitat et habitudes

Même si l’espèce indigène de l’Amérique du Nord préfère toujours vivre dans les arbres, elle ne fréquente pas uniquement les peuplements mûrs; on peut en effet la rencontrer dans les broussailles d’aulnes le long des rivières, et dans les broussailles de pins rabougris le long des crêtes. C’est sur les saillies rocheuses et les tas de pierres, pouvant très bien servir de gîte, et dans les boqueteaux de peupliers faux-trembles, de pruches et d’autres arbres, que l’on en trouve le plus.

Du fait de sa myopie et de la lenteur de sa démarche, le porc-épic n’est pas très difficile à approcher une fois qu’on l’a repéré.

Le comportement défensif du porc-épic est bien connu, encore qu’il soit parfois mal interprété. S’il se sent en danger au sol, le porc-épic gagnera l’abri le plus proche, sous un rocher ou une souche, ou bien dans un arbre; il abandonnera même sa marche lente pour un galop maladroit. Si on l’empêche de battre ainsi en retraite, il se pelotonnera en rentrant la tête, qu’il a vulnérable, entre les épaules. Tous les piquants dressés, le porc-épic pivotera sur ses pattes de devant et fera dos à l’ennemi. Tandis qu’il se retourne en piétinant de ses pattes de derrière, il le menacera en fouettant l’air de sa queue. La vitesse acquise de la queue peut détacher des piquants déjà ébranlés, qui fendront l’air comme s’ils avaient été projetés.

Il arrive qu’un porc-épic pris au piège se darde de ses propres piquants en se débattant; il les enlève alors avec beaucoup de dextérité à l’aide de ses dents et de ses pattes de devant. Il en fait autant des piquants qu’il peut tenir d’un autre porc-épic.

Perché, le porc-épic considère le danger d’un air indifférent; toutefois, si l’ennemi commence à grimper sur l’arbre, le porc-épic descend à reculons en fouettant l’air de sa queue.

Pendant la majeure partie de l’année, les porcs-épics n’ont aucune vie sociale et mènent une existence solitaire. Ils se rassemblent cependant, l’hiver, pour s’abriter ou se nourrir plutôt que pour des raisons d’ordre social. Plusieurs peuvent se réunir autour d’un aliment favori et on en a déjà retrouvé l’hiver jusqu’à une centaine au milieu de vastes amas de pierres. Ils sont alors habituellement tolérants et s’ignorent complètement, bien qu’il puisse y avoir quelques claquements de dents à propos de la nourriture. Les jeunes porcs-épics sont souvent folâtres et font semblant de se battre avec leur queue. On a même parfois vu jouer des adultes, bien qu’ils soient normalement plutôt calmes.

Le porc-épic n’hiberne pas. Toutefois, il s’éloigne habituellement peu, se nourrissant dans un rayon d’environ 100 m de sa tanière. Lorsqu’il neige ou qu’il pleut, il reste au gîte ou, s’il est en train de se nourrir à l’extérieur, il reste perché sur un arbre, même si la température s’abaisse à plusieurs degrés au-dessous du point de congélation, jusqu’à ce que les précipitations cessent. Par temps sec en hiver, il se nourrit à tout moment du jour ou de la nuit, mais le reste de l’année, c’est la nuit qu’il s’affaire, et ce, par n’importe quel temps. L’été, le porc-épic s’éloigne davantage de son abri, cherchant souvent sa nourriture jusqu’à une distance de 1,5 km. Outre ces déplacements quotidiens, il peut y avoir des mouvements saisonniers entre les quartiers d’hiver et les aires d’alimentation estivales. Dans les régions montagneuses, les porcs-épics descendent souvent, en hiver, en suivant des voies précises indiquées par des arbres écorcés. Au printemps, ils retournent sur la montagne, vers leurs lieux d’alimentation estivaux.

Caractéristiques uniques

Les peuples autochtones teignent les piquants et s’en servent comme décorations. Depuis qu’ils vivent dans des réserves, ils ont cessé de rechercher la chair de porc-épic, dont ils se nourrissaient particulièrement en hiver. Ils se sont mis à chasser son pire ennemi, le pékan, pour sa fourrure.

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Aire de répartition

La répartition du porc-épic

Le porc-épic fréquente toute une gamme de zones de végétation en Amérique du Nord, du milieu semi-désertique à la toundra. On trouve également des porcs-épics en Afrique et en Asie, mais ceux-ci n’appartiennent pas à la même famille que les porcs-épics du Nouveau Monde.

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Alimentation

Même si le porc-épic se nourrit principalement de l’écorce interne des arbres, il mange aussi diverses autres plantes. L’hiver, bien que les aiguilles et l’écorce de la plupart des arbres lui conviennent, il a des mets favoris : le pin ponderosa dans l’Ouest, le pin blanc dans la région des Grands Lacs et la pruche dans les États du Nord-Est. Au printemps, alors que la sève monte, il recherche l’écorce des érables, de même que les chatons et les feuilles d’aulne, de peuplier et de saule. À mesure que la végétation commence à reverdir, le porc-épic mangera des feuilles de plantes et d’arbustes : cela va du gadellier au rosier, à l’aubépine, aux violettes, aux pissenlits, au trèfle et aux graminées. Il recherche en particulier les feuilles succulentes du nénuphar et de la sagittaire, en quête desquelles il pataugera dans les ruisseaux et se mettra même à nager, ses piquants remplis d’air l’aidant à flotter. En automne, il mange faînes et glands, et ne dédaigne pas les champs de maïs et les vergers.

Une des habitudes alimentaires du porc-épic les mieux connues et les moins appréciées consiste à mâcher le bois et le cuir qu’il trouve dans les camps forestiers et aux alentours. Il ronge les objets salés tout comme ceux qui ne le sont pas, indiquant peut-être ainsi non seulement un appétit dévorant pour le sel, mais aussi un besoin d’aiguiser ses dents à croissance continue. En l’absence d’objets de fabrication humaine, il grignotera les ossements d’animaux morts et les bois des cervidés, tombés à l’automne et trouvés sur le sol.

Le porc-épic se nourrit lentement et posément; il compte davantage sur son nez que sur ses yeux pour faire son choix de plantes. Cette habitude a parfois mené les gens à croire que les porcs-épics sont stupides. Cependant, ces animaux sont réputés avoir une bonne mémoire et être intelligents et capables d’apprendre rapidement.

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Reproduction

Les porcs-épics commencent à se reproduire à l’âge d’un an ou deux. Dans la partie sud de leur aire de répartition, c’est en septembre qu’ils s’accouplent; sous les latitudes plus élevées, c’est à la fin d’octobre ou en novembre. Le mâle suivra la femelle pendant cette période et lui donnera une sérénade de grognements et de fredonnements. La femelle n’est en chaleur, ou réceptive au mâle, que pendant 8 à 12 heures en tout et c’est souvent elle qui fait les avances. Lorsqu’elle est prête à s’accoupler avec le mâle choisi, elle « danse » avec lui, une danse où tous les deux se lèvent sur leurs pattes de derrière pour s’enlacer, tout en continuant à faire leurs plaintes et leurs grognements. Parfois, les deux partenaires mettent leurs pattes de devant sur les épaules de l’autre et frottent leur nez ensemble; ensuite ils peuvent se gifler affectueusement et puis enfin se faire tomber tous les deux au sol. Leur accouplement faisait naguère l’objet de nombreuses spéculations et théories ingénieuses, mais les faits sont simples : la femelle aplatit ses piquants, puis se tord la queue pour qu’elle ne fasse pas obstacle au mâle. L’accouplement se termine brusquement, sur quoi l’un des partenaires grimpe à un arbre et pousse des cris perçants si l’autre fait mine de recommencer.

La gestation, ou grossesse, dure environ 30 semaines; la naissance a lieu entre mars et mai, selon que le porc-épic se trouve dans une région à latitude plus ou moins élevée. Les préparatifs de la femelle pour la naissance se résument à peu de chose. Elle ne cherche pas de tanière et ne prépare pas de litière. L’unique petit (il n’y a presque jamais de jumeaux) peut naître sur un tas de pierres, sous une souche ou sous un amas de branchages.

Le bébé porc-épic est bien développé à la naissance; il a les yeux ouverts, les incisives et les molaires arrondies, déjà exposées. Long d’environ 30 cm, il pèse à peu près 0,4 kg et est couvert d’un pelage noir et dense. Les piquants, pointus mais sans aiguillons, sont doux et cachés dans le pelage. Quelques heures après la naissance, ils durcissent et peuvent se dresser. Après environ deux jours, le nouveau-né peut grimper, mais a tendance à rester surtout au sol. Sa mère commence à le laisser seul à l’âge d’une semaine, pendant des périodes de plus en plus longues, pour aller se nourrir de pousses vertes. Le sevrage, ou abandon progressif du lait maternel pour une alimentation plus solide, prend de 7 à 10 jours, parfois plus longtemps en captivité. L’automne venu, la plupart des jeunes porcs-épics ont quitté leur mère.

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Conservation

Du fait qu’il se déplace lentement, il arrive souvent que le porc-épic périsse sur la route ou dans les incendies de forêt. Il n’est pas rare qu’il se blesse en grimpant ou qu’il soit victime de maladies, en particulier de la tularémie. Le porc-épic a des parasites externes en abondance, comme des tiques et des poux, et des parasites internes, tels que des vers ronds, des vers plats et des nématodes; cela ne semble cependant pas l’incommoder.

On a trouvé des piquants de porc-épic dans la peau de plusieurs prédateurs, comme le coyote, le couguar, le lynx roux, le renard roux, le loup-cervier, aussi appelé lynx du Canada, l’ours, le loup, le pékan et le Grand-duc d’Amérique. Certains prédateurs plus expérimentés apprennent à éviter les piquants et à tuer le porc-épic en le mordant à la tête ou en retournant le porc-épic sur le dos pour exposer son ventre non protégé. Son prédateur le plus connu, le pékan, a d’ailleurs été introduit avec succès dans certaines régions de la Nouvelle-Angleterre pour diminuer la population de porcs-épics.

Les colons européens ont provoqué le déclin du pékan, en le piégeant et en déboisant la partie méridionale de son aire de répartition. L’augmentation du nombre de porcs-épics qui a suivi, combinée au fait que ce rongeur endommage ou fait mourir certains arbres, a eu pour effet de le faire considérer comme un animal nuisible. Toutefois, une étude menée dans l’État du Maine dans une région où poussent des épinettes rouges et où la population de porcs-épics atteint de 20 à 28 individus par 2,5 km2, a démontré que la perte d’arbre ne s’élevait qu’à 0,5 p. 100. On considère également le porc-épic comme un animal nuisible à cause de l’habitude qu’il a de ronger les bâtiments dans les camps forestiers. Dans les secteurs les plus touchés, la bête est abattue au fusil, piégée ou empoisonnée à l’aide d’appâts salés. Cependant, le porc-épic n’est pas que nuisible : par exemple, le gui, un parasite des arbres, est un de ses aliments préférés. De plus, le fait que le porc-épic éclaircisse les peuplements denses de jeunes arbres et détruise des arbres indésirables contribue à la conservation des forêts.

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Ressources

Ressources imprimées

BANFIELD, A.W.F. Les mammifères du Canada, 2e éd., Presses de l’Université Laval et University of Toronto Press, 1977, p. 216–219.

CURTIS, J.D. « Appraisal of porcupine damage » dans Journal of Wildlife Management, 1944, 8(1):88–91.

DELAUNOIS, A. Les mammifères de chez nous, Saint-Lambert (Québec), Éditions Héritage inc., 1991, p. 117–120.

WOODING, F.H. Les mammifères sauvages du Canada, La Prairie (Québec), Éd. Marcel Broquet, 1984, p. 189–192.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1977, 1988, 1993, 2001. Tous droits réservés
No de catalogue CW69-4/60-2001F
ISBN 0-662-29725-3
Texte : Anne Gunn
Révision scientifique : C.G. Van Zyll de Jong, 1993
Photo : Parcs Canada/B. Morin/06.60.10.01(01)