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Le lynx du Canada

Photo: Adam Houben

Le lynx du Canada

Au premier regard

Le lynx du Canada

Cet animal :

  • a une population qui fluctue énormément, suivant la courbe des populations de lièvres, c.-à-d. atteignant un sommet pour ensuite s’effondrer 
  • mène une existence secrète et est rarement observé même par les chasseurs d’expérience 
  • ne court rapidement que sur de courtes distances et donc doit traquer sa proie ou l’attendre caché dans le couvert 
  • est à l’aise dans la neige grâce à ses grands pieds


Description

Comparaison des oreilles du lynx roux et du lynx du CanadaLe lynx du Canada (Lynx canadensis) est un magnifique félin (ou chat) sauvage de la forêt boréale (la forêt la plus au nord de l’hémisphère Nord). Le lynx ressemble à un très grand chat domestique. Il a la queue courte, de longues pattes, de grands pieds et des touffes de poils proéminentes sur les oreilles (voir la figure 1). Son pelage d’hiver, d’un gris clair, est quelque peu moucheté de longs jarres, son sous-poil tire sur le brun, et la touffe de ses oreilles et le bout de sa queue sont noirs. Son pelage d’été est beaucoup plus court et d’un brun rouge.

Les grands pieds du lynx, qui, en hiver, sont recouverts d’un tapis de poils raides, permettent à l’animal de se déplacer sur la neige. Tout comme le lièvre d’Amérique, le lynx peut écarter les orteils dans la neige molle, élargissant ainsi davantage ses « raquettes ».

Le lynx a de grands yeux et de grandes oreilles; il se fie à l’acuité de sa vue et de son ouïe pour chasser. Tout comme la plupart des autres chats, il a des griffes rétractiles qu’il utilise principalement pour saisir sa proie et se battre.

Des trois félins sauvages du Canada (le lynx, le lynx roux et le couguar), le lynx et le lynx roux se ressemblent le plus et sont les plus étroitement apparentés. Ils sont probablement tous les deux des descendants du lynx d’Eurasie, qui est plus grand qu’eux. Il existe certaines différences mineures entre le lynx et le lynx roux. Le lynx roux est un peu plus petit, et ses pieds sont un peu moins grands que ceux du lynx, ce qui fait que le lynx roux est moins bon chasseur dans la neige profonde. Le bout de la queue du lynx est noir, tandis que la queue du lynx roux est striée de trois ou quatre barres noires et marquée d’une tache noire près du bout sur la surface supérieure; les taches sur le poil du lynx roux sont plus prononcées. Quant au couguar, il est beaucoup plus grand et plus puissant que le lynx et le lynx roux; on le reconnaît facilement à sa longue queue.

Signes et sons

Le répertoire vocal du lynx est aussi vaste que celui du chat domestique, mais plus fort.

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Habitat et habitudes

Le lynx habite principalement dans des espaces naturels boisés. Il préfère les forêts boréales de peuplements mûrs et les sous-bois de fourrés et de chablis dense. Cependant, ce carnivore (qui se nourrit de viande) s’établira dans d’autres habitats s’il y trouve un couvert forestier minimal et une quantité adéquate de proies, particulièrement des lièvres d’Amérique. Puisque les populations de lièvres augmentent dans les forêts en voie de repeuplement à la suite d’incendies ou de déboisement, ces écosystèmes forestiers en régénération peuvent également accueillir des populations plus denses de lynx.

S’ils ne sont pas dérangés, les lynx tolèrent très bien les établissements humains. Par exemple, depuis le début des années 1960, le lynx a occupé une région de fermes mixtes défrichée en partie près de Rochester, dans le centre de l’Alberta. Quelques lynx ont été abattus dans certaines cours de fermes, mais le piégeage intensif n’a pas eu lieu, et l’espèce est restée dans la région.

La superficie du domaine vital varie selon le nombre de lynx et de lièvres d’Amérique dans la région, l’étendue du couvert et la saison. Lorsqu’il y a moins de lièvres, chaque lynx nécessite un plus grand territoire de chasse. En été, les domaines vitaux sont plus grands qu’en l’hiver. En Alberta, d’après des observations du déplacement des lynx effectuées en hiver, la superficie des domaines vitaux varie entre 15 et 47 km carrés. Sur l’île du Cap-Breton, une étude effectuée par l’intermédiaire de lynx adultes munis d’émetteurs radio a révélé que les domaines vitaux varient entre 12 et 19 km carrés en hiver et entre 27 et 32 km carrés en été. Au Canada, les scientifiques ont mesuré des parcours quotidiens de lynx variant de moins d’un kilomètre à 19 kilomètres.

La territorialité du lynx est encore mal comprise. Les domaines vitaux peuvent se chevaucher, surtout lorsque les voisins sont d’âges ou de sexes différents. Généralement, les domaines vitaux des adultes ne semblent pas se chevaucher si les lynx sont du même sexe. Ils marquent leurs domaines vitaux en urinant fréquemment.

Périodiquement, des déplacements manifestes de nombreux lynx ont été observés; ils quittent la forêt boréale pour s’installer dans les prairies de sols herbeux. Ces déplacements étaient bien connus par les premiers commerçants de fourrures et les trappeurs, mais ils ont cessé en 1925–1926. Cependant, en 1962–1963, on a observé de nouveau un grand déplacement en provenance du Nord. Les lynx se sont aventurés dans de grandes villes, telles qu’Edmonton, Calgary et Winnipeg, se sont présenté dans les sols herbeux découverts du Sud de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Dakota du Nord, et se sont rendus jusqu’en Iowa et dans le Sud-Ouest du Wisconsin.

Ces déplacements ont eu lieu de nouveau en 1972–1973. Comme tant d’autres aspects de l’histoire naturelle du lynx, ces déplacements s’expliquent en fonction des déclins cycliques des populations de lièvres d’Amérique, sa principale proie. Les populations de lynx, qui s’accroissent pendant les périodes d’augmentation du nombre de lièvres, doivent, soit mourir de faim ou émigrer lorsque les lièvres se font rares. L’absence de déplacements évidents entre 1925-1926 et 1962-1963 indique probablement une population anormalement faible de lynx.

 

Comme le couguar et le lynx roux, les deux autres membres de la famille de chats (Felidae) natifs du Canada, le lynx du Canada a tendance à mener une existence secrète. Son activité est surtout nocturne et, comme les autres félins sauvages, on l’aperçoit rarement dans la nature. Même pour les trappeurs qui ont passé une éternité dans des régions où les lynx abondent, une pareille rencontre est un événement singulier qui ne s’oublie pas de sitôt.

Caractéristiques uniques

Tendances démographiques des populations de lynx du Canada et du lièvre d'Amérique

Le lynx se nourrit presque exclusivement de lièvres d’Amérique. Étant donné que les populations de lièvres suivent un cycle de dix ans, le nombre de lynx fluctue aussi énormément en même temps que les populations de lièvres, atteignant un sommet pour ensuite s’effondrer. Les scientifiques qui ont examiné les livres du commerce de la fourrure de la Compagnie de la Baie d’Hudson y ont décelé des cycles étroitement liés de dix ans de croissance et de déclin des populations des deux espèces au cours des 200 dernières années. Le tableau 1 montre les fluctuations cycliques du nombre de fourrures de lièvres d’Amérique et de lynx obtenues par la Compagnie pendant une période de 90 ans.

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Aire de répartition

La répartition du lynx du Canada

L’aire de répartition du lynx est essentiellement la région de forêts boréales (les forêts les plus au nord) de l’Amérique du Nord, également occupée par les lièvres d’Amérique. Entre 1900 et le milieu des années 1950, les lynx sont devenus peu abondants dans les parties sud de cette aire, probablement en raison du piégeage pendant les périodes où il y avait peu de lièvres (les années de pénurie du cycle de dix ans). Pendant ces périodes, le nombre de lynx est peu élevé et moins de jeunes atteignent la maturité. Les populations locales peuvent donc diminuer, ou même disparaître en raison du piégeage. Au cours des 25 dernières années, les lynx ont habité de nouveau une partie de cette aire dans le Sud, peut-être en raison d’une réglementation plus sévère du piégeage. L’expansion de l’aire de répartition vers le nord du lynx roux pendant le dernier siècle peut aussi avoir contribué au déclin global du nombre de lynx. Lorsque les deux espèces sont en concurrence pour les mêmes espaces et les mêmes ressources alimentaires, le lynx laisse souvent la place au lynx roux plus agressif et plus adaptable.

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Alimentation

Plus de 75 p. 100 du régime hivernal du lynx est composé de lièvres d’Amérique et lorsque ces derniers sont abondants, un lynx peut tuer un lièvre presque tous les jours. L’été, son régime est plus varié, quoique le lièvre soit toujours sa principale proie. Le lynx consomme aussi des tétras, des campagnols, des souris, des écureuils et des renards. Un lynx affamé fera un seul repas de tout un lièvre; s’il y a des restes, il peut les cacher pour les consommer plus tard. S’il les trouve, le lynx mangera aussi de la charogne de bétail domestique ou des gros gibiers, tels que des chevreuils, mais il s’attaquera rarement aux grandes proies. Il existe une exception sur l’île de Terre-Neuve où, à la suite de l’introduction du lièvre d’Amérique dans les années 1870, le lynx est devenu prédateur de jeunes caribous lorsque le nombre de lièvres était limité. Dans les années 1960, les lynx tuaient tellement de jeunes caribous que les gestionnaires des espèces sauvages ont enlevé de nombreux lynx se trouvant dans les terrains de mise bas du caribou. Actuellement, la population de caribous a assez augmenté pour que la prédation du lynx ne soit plus considérée menaçante.

Le lynx chasse la nuit. Il se tient à l’affût, décelant le moindre son que font ses proies, mais il ne semble pas utiliser son odorat. Comme tous les félins, il se déplace silencieusement. Bien qu’il soit bon grimpeur, on le trouve rarement dans les arbres. Puisqu’il ne court vite que sur de courtes distances, il traque sa proie ou l’attend caché dans le couvert. Souvent, le lynx attend près des sentiers très parcourus par les lièvres d’Amérique et doit, pour réussir à attraper sa proie, le faire en un seul bond d’environ 6,5 mètres, soit la distance parcourue en quatre bonds par le lièvre.

Les lynx mâles chassent seuls, sauf pour une courte période pendant la saison du rut. À l’automne, les femelles se déplacent avec leurs chatons; ceux-ci apprennent à chasser et la famille peut rester unie jusqu’à la saison de reproduction qui a lieu à la fin de février ou en mars. Des familles de lynx chasseront ensemble pour accroître leurs prises. La mère et les chatons se déplacent souvent en file dans les habitats où le lièvre est rare, mais ils se déplacent côte à côte pour chasser dans les endroits où le lièvre abonde. Ainsi, un lièvre qui a été débusqué (forcé de sortir de sa cachette) par un lynx peut être pris par un autre membre du groupe.

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Reproduction

L’accouplement a lieu chaque année en février ou en mars; les petits (le plus souvent, quatre) naissent en avril ou en mai, de 60 à 65 jours après la fécondation. Bien que les lynx vivent rarement dans une tanière souterraine, les chatons peuvent naître sous des broussailles ou des arbres déracinés ou dans des troncs d’arbres creux, ce qui les protègent de la pluie et du froid. Les nouveau-nés ressemblent aux chatons domestiques et sont élevés uniquement par la femelle. Les lynx femelles peuvent s’accoupler pour la première fois à l’âge d’un an, mais cela dépend de l’abondance des lièvres d’Amérique et de l’état physique et nutritionnel du lynx.

La famine qui suit le rapide déclin cyclique du lièvre d’Amérique est probablement la principale cause de mortalité naturelle tant chez les lynx adultes que chez les petits d’un an. Environ 40 p. 100 de la population totale du lynx peut mourir de faim lorsque la population de lièvres s’effondre. Au cours des trois à quatre ans pendant lesquels la population de lièvres se rétablit, les lynx se reproduisent, mais leurs petits meurent avant l’hiver. On peut en déduire que la femelle adulte ne peut tout simplement pas subvenir à la fois aux besoins de ses petits et aux siens lorsque le lièvre se fait rare.

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Conservation

Au Canada, mis à part le déclin de la population de lièvres d’Amérique, la proie principale du lynx, le piégeage semble être le seul facteur important de mortalité. Bien que l’on prétende que le loup est le principal ennemi naturel du lynx dans le Nord de l’Europe, rien n’est connu des rapports entre le lynx et le loup en Amérique du Nord. On ne sait rien non plus sur l’incidence et l’impact des maladies, telles que la rage et la maladie de Carré, sur les populations.

Le piégeage produit en outre le plus grand effet anthropique sur le lynx. Il est facile de piéger le lynx et lorsque les prix des fourrures sont à la hausse les trappeurs prennent une plus forte proportion de la population de lynx, ce qui peut éliminer la plupart des lynx d’une région donnée. Le piégeage a déjà apporté des changements à long terme à la taille des populations de lynx au Canada. Elles ont commencé à baisser après 1900, poursuivant cette tendance jusqu’au milieu des années 1950. À ce moment-là, les vêtements faits de fourrures à poils longs se sont démodés, les prix ont chuté, le piégeage a diminué et les populations de lynx se sont rétablies. Depuis le début des années 1970, la demande de peaux de lynx a graduellement augmenté. Le prix moyen par peau est passé de 30 $, en 1970, à un plafond de plus de 500 $ au milieu des années 1980. En 1990, il avait chuté à 117 $.

De nos jours, le lynx est piégé dans tous les territoires et dans toutes les provinces sauf l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick. Les saisons de piégeage sont réglementées, et les gestionnaires des espèces sauvages peuvent modifier les règlements, selon les besoins, d’une année à une autre et selon les districts d’une province. De nombreuses compétences limitent aussi le nombre de lynx qui peuvent être pris. Certains biologistes ont recommandé la fermeture des saisons de piégeage au point le plus bas du cycle des populations. Plusieurs provinces étudient attentivement l’influence du piégeage sur leurs populations de lynx afin de modifier leurs règlements pour protéger cette ressource renouvelable. Le prix élevé de la fourrure de lynx a aussi suscité un intérêt pour l’élevage de lynx sur des ranchs. Il se peut qu’un jour de nombreuses peaux soient ainsi mises sur le marché, comme cela se fait pour le vison et le renard.

En général, les activités humaines ne semblent pas menacer les populations de lynx. Bien que normalement le lynx soit considéré comme un animal habitant les régions sauvages, les établissements humains ne semblent pas avoir réduit son aire de répartition. L’exploitation forestière dans la forêt boréale produisant de bons peuplements de conifères matures (servant de couvert et facilitant les déplacements) et des peuplements en régénération (où abondent les lièvres d’Amérique) pourraient même améliorer l’habitat des lynx. Cependant, l’exploitation forestière facilite l’accès des trappeurs en créant des routes. Si la réglementation relativement à l’exploitation forestière n’est pas assez prudente et souple, les grandes coupes à blanc éliminant presque entièrement les forêts de conifères sur de grandes superficies nuiront probablement aux populations résidentes de lynx.

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Ressources

Ressources imprimées

BANFIELD, A.W.F. Les mammifères du Canada, 2e éd., Musées nationaux du Canada, Québec, Presses de l’Université Laval, 1977.

BEAUDOIN, L., et M. QUINTIN. Guide des mammifères terrestres du Québec, de l’Ontario et des Maritimes, Waterloo (Québec), Éditions du Nomade, 1983.

WOODING, F.H. Les mammifères sauvages du Canada, La Prairie (Québec), Éditions Broquet inc., 1984.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1977, 1984, 1991, 2001. Tous droits réservés.
N? de catalogue CW69-4/59-2001F
ISBN : 0-662-85438-1
Texte : L.B. Keith
Révision scientifique : G.R. Parker, 1983, 1991
Photo : Tom W. Hall