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Le coyote

Photo: David Cracknell

Coyote

Au premier regard

Cet animal :

  • possède un odorat et une ouïe si développés qu’une odeur ou un bruit peuvent soudainement interrompre ou modifier sa course
  • délimite son territoire en produisant une urine qui sent très fort
  • est un remarquable coureur; il peut même atteindre les 64 km/h
  • adapte ses méthodes de chasse à la taille de sa proie ainsi qu’aux sources de nourriture disponibles


Description

Le coyote (Canis latrans) est l’un des sept représentants de la famille des canidés que l’on trouve au Canada et dont les autres membres sont le loup, le renard roux, le renard arctique, le renard gris, le renard véloce et le chien.

Plus élancé et plus petit que le loup, le coyote mâle pèse de 9 à 23 kg et mesure de 1,2 à 1,5 m, queue comprise (d’une longueur de 30 à 40 cm). Il mesure de 58 à 66 cm de hauteur à l’épaule. La femelle atteint ordinairement les quatre cinquièmes de la taille du mâle.

Le coyote a de larges oreilles pointues et dressées, un museau effilé et le nez noir. Contrairement à ce que l’on observe chez la plupart des chiens, le dessus du museau et le front du coyote forment une ligne à peu près continue. Les yeux jaunes, légèrement en amande, avec des pupilles noires et rondes, donnent au coyote cet air rusé qui le caractérise. Les canines sont particulièrement longues, et la morsure peut être grave. Le cou est bien garni de fourrure et paraît massif comparativement au reste du corps. La langue est longue et pend souvent entre les dents; c’est par le halètement que le coyote régularise la température de son corps.

Le pied, plus allongé que celui d’un chien de même taille, compte quatre doigts dont les griffes ne sont pas rétractiles. Les pieds de devant ont un pouce rudimentaire, réduit à une griffe haut placée sur le côté interne. Les griffes ne servent ni à l’attaque, ni à la défense; elles sont émoussées à cause du contact continuel avec le sol et ne laissent pas d’empreintes profondes.

La fourrure, généralement de couleur gris fauve, est plus foncée sur la moitié postérieure du dos où des poils à bout noir forment des vagues. Les pattes, les pieds, le revers des oreilles et le museau sont plus jaunâtres, tandis que la gorge, le ventre et l’intérieur des oreilles sont plus blancs. La queue, plus foncée sur le dessus que sur le dessous, est fauve pâle dans la dernière moitié, et noire à l’extrémité.

La fourrure du coyote, longue et douce, protège bien l’animal du froid. Étant donné qu’elle est pâle en hiver et sombre en été, ses tons se marient bien au milieu environnant.

Comme tous les canidés, le coyote possède, à la base de la queue, une glande qui dégage une odeur. On trouve aussi des glandes du même genre dans d’autres parties de son corps. Il arrive souvent que les glandes odorantes deviennent plus actives lorsque les animaux se rencontrent. L’urine du coyote sent très fort et sert à délimiter le territoire. Les trappeurs utilisent ces sécrétions lorsqu’ils tendent des pièges pour attirer le coyote.

Signes et sons

Ce qui caractérise le mieux le coyote, tout comme le loup d’ailleurs, c’est son jappement et son hurlement, qui sont une suite d’aboiements sur un ton aigu et perçant. Le coyote peut aussi glapir, grogner, gémir et crier. Habituellement silencieux le jour, il peut se faire entendre à n’importe quel moment depuis le coucher jusqu’au lever du soleil mais particulièrement au crépuscule et à l’aube.

S’il y a plusieurs coyotes dans le même voisinage, le hurlement de l’un d’eux déclenche infailliblement celui des autres, ce qui donne lieu à un concert saisissant. Deux coyotes qui hurlent à l’unisson peuvent donner l’impression d’un chœur de 12 voix ou plus. En outre, le cri du coyote peut sembler venir de plus loin que le lieu où se trouve l’animal.

Le hurlement du coyote, qui semble être un moyen de communication, intrigue les scientifiques. Le cri déclenche invariablement une réponse, puis une sorte de commentaire suivi d’un autre cri prolongé, et enfin, une envolée de glapissements rauques. Est-il question de nourriture, d’amours ou de territoire? Est-ce simplement une manifestation de la joie de vivre ou d’un esprit de sociabilité? Le coyote aime jouer avec ses semblables, ou même avec sa victime avant de la dévorer.

 

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Habitat et habitudes

Les colons européens ont observé des coyotes dans les plaines, les prairies et les déserts du centre et de l’Ouest de l’Amérique du Nord. L’espèce semblait alors préférer les habitats à découvert ou semi-boisés. Toutefois, vers le début du XXe siècle, elle a commencé une extension spectaculaire de son aire et celle-ci continue de s’étendre.

L’extension de l’aire de répartition du coyote n’est pas entièrement expliquée, mais elle est probablement attribuable, entre autres facteurs, à plusieurs conditions créées par les humains : l’abattage des forêts, la charogne, c.-à-d. la chair d’un animal mort, provenant du bétail et l’élimination du loup. Les champs à graminées, les broussailles et les boisés des zones agricoles qui étaient autrefois entièrement occupées par la forêt ont fourni un habitat qui convient au coyote ainsi qu’à plusieurs autres espèces fauniques comme le renard roux et le raton laveur.

Le coyote a appris à récupérer les carcasses du bétail, tout comme il récupère encore la charogne abandonnée par les loups lorsque ces derniers fréquentent les mêmes aires que lui. Pour le coyote, l’élimination du loup dans certaines régions n’a pas eu seulement pour effet de supprimer un prédateur redouté. La compétition a aussi diminué pour de nombreuses proies. Par exemple, l’hiver, dans de bonnes conditions d’enneigement, les coyotes peuvent tuer eux-mêmes de grands ongulés (mammifères à sabots) comme les cerfs, qui se multiplient lorsqu’il n’y a pas de loups. Et lorsque l’hiver est rigoureux, les populations de cerfs, devenues trop nombreuses, manquent de nourriture; certains animaux meurent de faim et les coyotes peuvent s’en repaître.

Le coyote est l’un des animaux qui soulèvent le plus de controverses en Amérique du Nord. Comme de nombreux chiens domestiques, il est intelligent et enjoué, mais c’est aussi un prédateur reconnu pour tuer de petits animaux de ferme.

Le nom coyote est une adaptation espagnole du mot aztèque coyotl. Le nom latin, Canis latrans, c.-à-d. chien aboyeur, a été donné au coyote par Thomas Say, qui a publié en 1833 une description de l’espèce. Depuis 1967, cet animal porte au Canada le nom officiel de coyote, en français et en anglais. Dans certaines parties du pays, le coyote est appelé « loup des prairies ». Les loups sont beaucoup plus gros et chassent ordinairement en bandes.

Caractéristiques uniques

L’odorat et l’ou?e sont si développés chez le coyote qu’une odeur ou un bruit peuvent soudainement interrompre ou modifier sa course. À cet égard, cette bête se révèle d’une souplesse incroyable, peut-être unique dans le monde animal.

Coureur d’une endurance remarquable, le coyote galope à 40 km/h et peut même atteindre les 64 km/h. Les lévriers, bien connus pour leur rapidité à la course, réussissent à le rejoindre, mais il leur faut parfois beaucoup de temps pour y arriver. En css de nécessité, le coyote se montre bon nageur.

Rapide, résistant et rusé, le coyote offre le meilleur défi qu’un chasseur puisse souhaiter. On ne lui reconnaît que deux faiblesses : il dort profondément, et il regarde en arrière lorsqu’il s’enfuit. Le coyote dort d’un sommeil assez profond pour que l’on puisse s’approcher de lui; le problème, c’est de le faire sans bruit, car il dort souvent dans les fourrés. Il devient aussi une cible facile au moment où il se retourne pour regarder en arrière lorsqu’il est poursuivi; après s’être fait tirer dessus, il s’arrête quelques instants pour mesurer son avance sur son poursuivant. Si le chasseur est prêt, ce regard pourrait bien être le dernier de l’animal.

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Aire de répartition

De plus petite taille que le loup et d’une plus grande adaptabilité aussi, le coyote est l’un des rares mammifères dont l’aire de répartition s’accroît, même s’il a longtemps été persécuté par les humains.

Au Canada, le coyote vit encore dans ses habitats traditionnels : les tremblaies-parcs ainsi que les prairies courtes et mixtes des trois provinces des Prairies. Toutefois, il s’est répandu vers le nord dans la forêt boréale, vers l’ouest dans les montagnes, et vers l’est en Ontario, au Québec et dans les provinces de l’Atlantique. Le cours de cette « invasion » spectaculaire a été soigneusement suivi; par exemple, les coyotes se sont établis en Ontario vers le début du XXe siècle, au Québec dans les années 1940, et au Nouveau-Brunswick ainsi qu’en Nouvelle-Écosse dans les années 1970. Le plus étonnant, c’est que des coyotes ont été aperçus récemment dans l’Ouest de Terre-Neuve; ils seraient venus de la Nouvelle-Écosse en traversant sur la glace.

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Alimentation

Le coyote est d’abord un carnassier, mais il mange à peu près n’importe quoi. Les lapins et les lièvres ainsi que les petits rongeurs constituent son régime alimentaire de base. L’été et l’automne, il mange beaucoup de bleuets et de fruits sauvages. Il se nourrit aussi d’insectes, notamment de sauterelles ou de grillons, quand il y en a. Lorsque les coyotes vivent à proximité des loups, ils récupèrent souvent les animaux tués par ces derniers. La charogne provenant du bétail et d’autres sources est également importante, surtout l’hiver. Au printemps et à l’été, les coyotes chassent couramment les faons des cerfs. Toutefois, dans certaines conditions d’enneigement, ils peuvent chasser les cerfs adultes et d’autres grands ongulés. Ils s’attaquent aux moutons domestiques lorsqu’ils peuvent en trouver, de même qu’aux veaux et à la volaille.

Les coyotes ont un comportement social souple et adaptent leurs méthodes de chasse à la taille de leur proie ainsi qu’aux sources de nourriture disponibles. Ils chassent souvent seuls de petits animaux, mais ils se regroupent pour s’attaquer à des proies de grande taille et défendre de grosses carcasses.

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Reproduction

Les coyotes semblent être monogames et les couples peuvent demeurer ensemble de nombreuses années. Le mâle et la femelle peuvent s’accoupler à l’âge d’un an lorsque les conditions sont propices, mais ils le font habituellement plus tard. À la saison de reproduction, les mâles cherchent à gagner les bonnes grâces des femelles. L’accouplement a généralement lieu en février et en mars, et la gestation, ou la grossesse, dure de 60 à 63 jours.

Le coyote utilise une tanière pour la naissance et les soins des petits. Cette tanière peut être aménagée à la base d’un arbre creux ou dans un trou entre les roches, mais la plupart du temps, il s’agit d’un terrier dans le sol. Le coyote a une préférence pour les rives d’un cours d’eau ou les flancs d’une gorge et il choisit d’ordinaire un endroit caché. Souvent, il agrandit un terrier abandonné par une marmotte ou un blaireau. Il arrive que la femelle prépare d’autres gîtes pour que sa famille puisse déménager en cas de danger. La terre, repoussée vers l’entrée, est entassée en un monticule qui prend la forme d’un éventail; en entrant ou en sortant, l’animal contourne ce monticule. Le même abri peut servir pendant plusieurs années.

Avant la naissance des petits, ou « mise bas », la femelle nettoie la tanière à fond. En moyenne, la portée compte de trois à sept petits. Ils ont une fine fourrure brune, et leurs yeux restent fermés pendant huit ou neuf jours.

Le mâle reste dans les environs et apporte de la nourriture à l’entrée du gîte aussi longtemps que les petits ne se hasardent pas à sortir de la tanière. Les adultes enlèvent les déchets à mesure qu’ils s’accumulent. Le sevrage, période où la mère cesse peu à peu d’allaiter les petits, a lieu environ un mois après la naissance; par la suite, les adultes régurgitent, c.-à-d. font revenir les aliments de leur estomac dans leur bouche, les aliments à demi digérés pour nourrir les petits.

Vers l’âge de trois semaines, les petits commencent à s’ébattre sous l’œil vigilant des adultes, d’abord dans la tanière et ensuite au dehors. Si un ennemi s’aventure trop près, l’adulte émet un aboiement spécial en guise d’avertissement et entraîne l’ennemi au loin.

Plus tard, les adultes apprennent aux petits à chasser. L’automne venu, les jeunes coyotes peuvent quitter leurs parents pour établir leur propre territoire. S’il y a suffisamment de nourriture, ils peuvent demeurer avec les adultes pour former des bandes ou des clans.

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Conservation

Le coyote compte de nombreux ennemis, dont le principal est l’être humain. Dans certaines régions, ce dernier est responsable de la mort de 90 p. 100 des coyotes âgés de cinq mois ou plus, que ce soit de façon délibérée (fusils, poison et pièges), ou accidentelle (véhicules automobiles et machines agricoles). Le coyote est la proie des loups, des ours noirs, des couguars et des aigles et pygargues. Le lynx du Canada peut tuer un coyote, mais il ne s’y risquera que si toutes les chances sont de son côté.

Les parasites et les maladies peuvent parfois causer la mort du coyote. Les épidémies de gale sarcoptique sont courantes; cette maladie est attribuable à une infestation d’acariens microscopiques et cause l’épaississement de la peau, une perte des poils et des démangeaisons. Parmi les autres parasites du coyote, on compte la filaire cruelle et le ver unciforme. Les coyotes peuvent aussi souffrir de la maladie de Carré, de l’hépatite canine, de la rage et de l’entérite à parvovirus.

Dès le début de la colonisation par les Européens, le coyote a été persécuté parce que les gens l’accusaient de s’attaquer au bétail. Il est étonnant que les populations de coyotes se soient épanouies en dépit des efforts déployés pour faire disparaître cet animal au cours de la première moitié du XXe siècle. De nombreux gouvernements ont offert des primes et financé d’importants programmes de lutte contre le coyote. Les fermiers ont souvent empoisonné à la strychnine les carcasses de bétail qu’ils laissaient dans les pâturages éloignés pour que les « loups des prairies » les trouvent. Divers pièges et dispositifs ont aussi été utilisés pour tuer les coyotes.
Bien que la prédation par les coyotes constitue encore, dans certains cas, un grave problème pour les producteurs de bétail, aujourd’hui, la plupart des gens constatent que le coyote n’est pas une menace inutile, comme on l’a déjà cru. L’utilisation du poison est maintenant régie par la loi; les primes sont devenues rares, car on a démontré qu’elles étaient généralement inefficaces; et la lutte contre les prédateurs est conçue en fonction de problèmes locaux. Cependant, une grande partie de la recherche sur le coyote vise encore à réduire la quantité de moutons tués par ce prédateur. En outre, il faut s’occuper des coyotes dans les régions urbaines, où ils se sentent de plus en plus chez eux. On a signalé des cas récents où des humains avaient été attaqués par ce canidé, et des enfants ont été grièvement blessés.

Même s’il cause parfois des problèmes, le coyote a une place qui lui revient dans la faune; de plus en plus de gens, y compris les agriculteurs, se rendent compte de son utilité comme charognard et comme prédateur des rongeurs. Toute évaluation de cet animal doit tenir compte de son importance économique et de son rôle dans la nature. Là où l’on trouve des humains et des animaux domestiques, il faudrait songer à une répression locale plutôt qu’à un bannissement de toute l’espèce.

 

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Ressources

Ressources imprimées

BANFIELD, A. W. F. Les mammifères du Canada, 2e éd., Musées nationaux du Canada, Québec, Presses de l’Université Laval, 1977.

BEAUDOIN, L., et M. QUINTIN. Guide des mammifères terrestres du Québec, de l’Ontario et des Maritimes, Waterloo (Québec), Éditions du Nomade, 1983.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 1977, 1986, 1990. Tous droits réservés.
No de catalogue CW69-4/57-1990F
ISBN 0-662-96385-7
Texte : D. Sénécal
Révision scientifique : A. Todd et L. Carbyn, 1990
Photo : Tom W. Hall