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50 ans d’histoire

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L’appel de la nature

La série La faune de l’arrière-pays, qui regroupe des messages d’intérêt public de 60 secondes du gouvernement canadien, est devenue un symbole de la culture et du patrimoine naturel.

Par Katherine Balpataky

« Je me souviens d’avoir regardé cette série au début des années 70. J’étais déjà attiré par la biologie et les oiseaux, mais la série a réellement renforcé cet intérêt. Après avoir reçu une série complète de fiches de La faune de l’arrière-pays, j’ai été convaincu de vouloir devenir chercheur au SCF. Je pense que cette série a touché le cœur patriotique de bien des Canadiens. Il n’y a pas de meilleure façon d’attirer l’attention sur nos activités. »

Mark Mallory,
biologiste des oiseaux marins,
Service canadien de la faune

« Chaque fois que j’entends cette mélodie jouée à la flûte, je repense à ma jeunesse, lorsque toute la famille se rassemblait devant la télévision pour écouter Radio-Canada. Peu importe quelle était l’émission, nous attendions tous la pause commerciale dans l’espoir d’y voir une capsule de La faune de l’arrière-pays. »

T. Gregory Argall
Canadian Playwright, humoriste

« Je pense que ce genre de programmation est extrêmement important, surtout pour les jeunes qui font preuve d’une redoutable envie pour tout ce qui est cool. La plupart des publicités télévisées encouragent la consommation, le gaspillage et la destruction. Ce serait merveilleux si une nouvelle série pouvait raviver l’intérêt pour la nature. »

Robert Bateman,
artiste

La plupart des Canadiens qui avaient une télévision dans les années 60 et 70 reconnaîtront l’envoûtante mélodie jouée à la flûte, marque de commerce de la série. Grâce à d’excellentes séquences filmées et à une narration simple, ces capsules de 60 secondes avaient été créées pour sensibiliser les Canadiens à la faune et à la flore de leur pays.

Aujourd’hui, 40 ans après son introduction, le Service canadien de la faune (SCF) et la Fédération canadienne de la faune (FCF) ont relancé la série sous le nouveau titre de Faune et flore du pays dans le but de rapprocher la prochaine génération de Canadiens de leur patrimoine naturel. Les capsules répètent la formule qui en avait assuré le succès, et répondent également aux besoins actuels de conservation et de protection des espèces indigènes et de leur habitat.

La faune de l’arrière-pays est une idée originale de W. Winston (Bill) Mair, à l’époque chef du Service canadien de la faune. En 1962, Mair demanda à Darrell Eagles, alors chef de l’information et des services éditoriaux du SCF, d’envisager la diffusion de capsules télévisées d’intérêt public pour sensibiliser la population à la faune.

Étant donné que les ministères fédéraux devaient s’adresser à l’Office national du film (ONF) pour la réalisation de films, Eagles communiqua avec Graham Crabtree, agent de liaison de l’ONF affecté au SCF. Au départ, Eagles savait que certains éléments allaient s’avérer primordiaux pour susciter un véritable intérêt envers la nature. « Je voulais que les capsules reflètent une atmosphère calme, relaxante et feutrée, évocatrice de la nature, explique Eagles. Je savais également qu’à chaque pause commerciale, de nombreux auditeurs se lèveraient pour se diriger vers la salle de bain ou le réfrigérateur. J’ai réalisé que si chaque capsule débutait par une séquence musicale particulière, les auditeurs ne manqueraient pas de l’associer à la série La faune de l’arrière-pays et de retourner aussitôt devant leur poste de télévision pour regarder une autre capsule. »

Eagles et Crabtree ont donc écouté d’innombrables enregistrements de thèmes musicaux et de voix de narrateurs. « Quand nous avons entendu cette flûte envoûtante qui évoquait l’appel matinal d’un huard sur un lac imprégné de brouillard, nous nous sommes aperçus que ce thème convenait parfaitement », se remémore Eagles.

La quête d’éventuels narrateurs a exigé beaucoup de temps. « Ils avaient tous un son trop commercial », précise Eagles. C’est alors qu’il se souvint avoir entendu, lors d’une conférence sur la nature, la riche voix de baryton de John Livingston, alors directeur administratif de la Canadian Audubon Society. Son style posé convenait tout à fait à la série.

Après quelques mois, on diffusait les quatre premières capsules en noir et blanc portant sur le castor, l’orignal, le fou de Bassan et les plongeons. Un feuillet illustré de quatre pages était envoyé aux téléspectateurs qui désiraient de plus amples renseignements. Par la suite, la série a été réalisée en couleur et quelques années plus tard, l’ONF a octroyé la production des capsules à des sous-traitants du secteur privé.

À sa création, personne ne croyait que la série La faune de l’arrière-pays connaîtrait un tel succès. Cependant, des sondages menés au début des années 90 ont révélé que la série avait bénéficié de plus de 3,6 M$ en publicité gratuite. « Au moins un million de dépliants sont distribués chaque année », explique Maureen Kavanaugh, chef intérimaire de la division des documents scientifiques et techniques du SCF (maintenant une division d’Environnement Canada).

La série La faune a également eu une influence culturelle. Témoignant de sa grande popularité, elle a été parodiée à SCTV et, en 2002, dans le film Men With Brooms. On dit d’ailleurs que ces capsules ont contribué à créer le style de bon nombre de films canadiens. Selon André Loiselle, professeur agrégé d’études cinématographiques à l’université Carleton, « on constate que les principaux cinéastes canadiens qui ont défini notre cinéma depuis la fin des années 80 ont grandi en regardant les capsules des années 60 et 70. Ils associent maintenant le Canada à un certain style de documentaire sur la faune qui a été popularisé par les capsules. »

Qui peut oublier le thème musical de la série ? Touchant une corde sensible chez les amants de la nature, jeunes et vieux, cette mélodie fait maintenant partie de l’héritage culturel. « Sa marque de commerce résidait dans le cri du huard, qui évoque aujourd’hui chez les anciens spectateurs un sens du patriotisme beaucoup plus fort que l’hymne national », a écrit Douglas Coupland dans un article du New York Times intitulé 32 Thoughts About 32 Short Films.

Cependant, la télévision n’est plus ce qu’elle était. Pour chaque station publique il y a maintenant des douzaines de postes sur le câble, sans mentionner les postes numériques ou spécialisés. La télévision étant devenue un produit recherché, le SCF a reconnu qu’on devait repenser la série. En février 2003, le SCF et la FCF ont uni leurs efforts. Leur objectif était de renouveler la série, en conservant l’attrait original tout en transformant son image et sa trame sonore.

La nouvelle série comprend des capsules produites en anglais et en français. Mettant en vedette l’ours blanc, le monarque, les plongeons et la tortue luth, quatre capsules de 30 secondes sont comparables aux originales, tandis que quatre autres, qui comportent un narrateur et durent 60 secondes, sont destinées aux plus jeunes.

Un site Web offre à la fois l’information détaillée du SCF sur toute une variété d’espèces canadiennes et les ressources pédagogiques de la FCF. On y trouve des plans de cours destinés aux professeurs et portant sur des concepts de conservation comme la biodiversité ou le rétablissement des espèces en péril, des échanges sur des sujets tels les espèces envahissantes et les effets des pesticides sur les oiseaux ainsi que des dizaines d’idées pratiques sur la façon dont les individus peuvent faire la différence dans leur propre jardin et leur collectivité. « La valeur de ce matériel découle du fait qu’il a été rédigé par des éducateurs ou des scientifiques, ce qui lui confère une grande crédibilité », indique Sandy Baumgartner, directrice des programmes et des communications de la FCF.

Comme dans tout projet pédagogique touchant l’environnement, son véritable succès se mesurera par son impact sur la prochaine génération de naturalistes, d’éducateurs, de biologistes et de conservationnistes.

Si la nouvelle série Faune et flore du pays obtient le dixième du succès de l’originale, sa mélodie et la faune qu’elle représente continueront à faire partie de notre réalité.

Biosphère, Hiver 2004